Barrage du Tarn: le jeune manifestant victime d'une explosion indéterminée

Publié le à Albi (AFP)

Rémi Fraisse, le manifestant de 21 ans mort sur le site du barrage contesté de Sivens (Tarn), a été victime d'une explosion mais de nouvelles analyses doivent déterminer si celle-ci a pu être causée par une grenade lancée par les gendarmes.

"La plaie importante située en haut du dos de Rémi Fraisse a été causée, selon toute vraisemblance, par une explosion", a dit devant la presse le procureur Claude Dérens, rendant compte des résultats d'autopsie.

Des analyses, dont les résultats pourraient être connus mardi, doivent à présent établir si "une grenade, lancée depuis la zone où les gendarmes étaient retranchés" a pu être "à l'origine" de cette explosion, a dit le magistrat.

Dans la nuit de samedi à dimanche, à Lisle-sur-Tarn, les affrontements sur le site du projet de barrage avaient été violents: aux jets de cocktails Molotov et de pierres, les gendarmes avaient répondu par des gaz lacrymogènes et au moins une grenade assourdissante.

La déclaration du procureur, qui n'a accepté aucune question de la presse, n'a pas paru de nature à apaiser les esprits d'une partie des 1.000 manifestants qui ont défilé lundi dans les rues d'Albi.

A 14H00, ils ont d'abord scandé dans le calme "Rémi, Rémi, on ne t'oublie pas". Certains étaient en pleurs, d'autres brandissaient des panneaux où était inscrit "Rémi, ni oubli, ni pardon, État assassin".

Puis, aux abords du palais, de premiers heurts ont éclaté entre les manifestants les plus virulents, pour certains cagoulés et jetant des pavés, et les forces de l'ordre.

Les affrontements ont vidé le centre d'Albi de ses passants et les terrasses de leurs clients. Vers 17H30, les policiers faisaient encore face à plusieurs dizaines de manifestants qu'ils tentaient de disperser par des salves de gaz lacrymogènes.

Un premier rassemblement en mémoire du jeune homme, dimanche soir à Gaillac (Tarn), avait déjà donné lieu à des affrontements et des dégradations.

Le corps de Rémi Fraisse, étudiant à Toulouse, avait été découvert dimanche, à deux heures du matin. Alors qu'ils étaient "attaqués" par une centaine d'opposants très déterminés, les gendarmes avaient éclairé la zone et aperçu le manifestant à terre, selon la gendarmerie.

Des gendarmes étaient alors sortis de l'enclos grillagé où ils étaient retranchés pour récupérer le corps du jeune homme inanimé et lui prodiguer les premiers secours, en vain.

- 'A mains nues '-

Interrogé par iTélé, le père de Rémi, Jean-Pierre Fraisse, a souligné que le jeune homme ne faisait pas partie des radicaux du mouvement et était allé sur le site "un peu en touriste", "avec sa copine".

"Il y avait eu une manifestation très pacifique l'après-midi, puis il était resté le soir. Et là, il s'est excité", a rapporté M. Fraisse. Selon lui, Rémi "est allé à mains nues, apparemment, au milieu de tout ça, alors que les gens sont normalement casqués (...) même les manifestants".

Ce décès marque un tournant tragique dans ce mouvement de contestation.

Depuis le début du défrichement sur le site de plus de 34 hectares, le 1er septembre, les opposants ont mené toutes sortes d'opérations de guérilla militante pour tenter d'empêcher la destruction d'un réservoir de biodiversité de 13 hectares de "zones humides".

Pour eux, ce projet vise à satisfaire des besoins en irrigation surévalués et ne bénéficiera qu'à un faible nombre d'agriculteurs.

- 'Inutile et coûteux' -

Les experts mandatés par le gouvernement ont également critiqué un projet surdimensionné, au coût d'investissement (8,4 millions d'euros) élevé. "Continuer sans rien changer est une erreur", a déclaré l'un d'eux, Nicolas Forray, lundi, devant la presse.

Depuis des mois, le Conseil général du Tarn, maître d'ouvrage, défend ce projet de barrage-réservoir d'1,5 million de m3 d'eau stockée, reconnu d'"utilité publique" et "d'intérêt général".

Mais son président socialiste, Thierry Carcenac, a laissé entendre lundi que le projet était suspendu depuis le drame, par souci de "retenue" et de "décence".

"J'accepte les préconisations du rapport des experts" portant "sur une nouvelle répartition de l'eau, une amélioration des mesures environnementales et des conditions de tarification", a dit M. Carcenac, tout en précisant que l'assemblée départementale devrait en discuter.

Plusieurs responsables politiques se sont déjà prononcés pour l'abandon pur et simple du projet, à l'instar du député européen José Bové (Europe Écologie-Les Verts, EELV), de l'ancienne ministre de l'Écologie, Delphine Batho (PS), et de la députée écologiste, Cécile Duflot.

Jugeant le projet "surdimensionné, inutile et trop coûteux", Mme Duflot a également réclamé une "enquête claire et précise sur les agissements des force de l?ordre" à Lisle-sur-Tarn.

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