Bélarus: l'inamovible Loukachenko face à une opposante surprise

Publié le à Minsk (AFP)

Alexandre Loukachenko, qui dirige d'une main de fer le Bélarus, fait face dimanche à une opposante surprise au cours d'une élection présidentielle inédite pour ce pays, tant les foules se sont mobilisées pour cette jeune femme novice en politique, défiant la répression.

Dans les jours précédents le vote, qui se déroule de 08h00 à 20h00 (de 05h00 GMT à 15h00 GMT) dimanche, le pouvoir bélarusse a redoublé d'efforts pour enrayer l'essor de Svetlana Tikhanovskaïa, arrêtant samedi la cheffe de son QG de campagne, et dénonçant depuis fin juillet un complot d'opposants et mercenaires russes pour mettre le pays à feu et à sang.

Mais sa concurrente, une enseignante d'anglais de formation âgée de 37 ans, a tenu bon bien qu'elle ait "peur tous les jours", a-t-elle confié à l'AFP vendredi.

"Merci de votre soutien et de votre confiance (...) réveillons-nous dans un nouveau pays", a-t-elle encore lancé à ses partisans dans une vidéo postée samedi, condamnant les arrestations des derniers jours et appelant à la vigilance face aux fraudes.

- "Fraudes éhontées" -

Dans son entretien vendredi avec l'AFP, elle a salué le "réveil" des Bélarusses, après 26 ans du régime autoritaire d'Alexandre Loukachenko.

Mais elle a dit aussi ne pas avoir d'illusions quant au résultat car des "fraudes éhontées" ont déjà été perpétrées selon elle au moment du vote anticipé de mardi à samedi (environ un tiers des électeurs a déjà voté). D'autant que le nombre des observateurs indépendants a été réduit au minimum.

Face à ces "informations inquiétantes", la France, l'Allemagne et la Pologne ont appelé à un scrutin "libre et équitable".

Les résultats doivent être annoncés dans la nuit ou lundi.

Des manifestations de détracteurs du pouvoir ne sont pas à exclure, si l'opposition juge le scrutin falsifié. M. Loukachenko a quant à lui clairement laissé entendre qu'il n'hésiterait pas à les disperser.

A Minsk, des électeurs favorables à l'opposition étaient donc partagés entre espoir et peur des représailles.

"J'ai des appréhensions", a déclaré Nelli, photographe de 40 ans, "Nous allons peut-être devoir défendre sérieusement notre position et nos voix, qui seront bien sûr confisquées".

L'opposition a prévu d'organiser son propre comptage des votes, appelant les électeurs à envoyer des photos de leurs bulletins et à porter un bracelet blanc dans les bureaux en signe de reconnaissance.

Avant l'émergence surprise de Mme Tikhanovskaïa, M. Loukachenko, un ex-directeur de sovkhoze de 65 ans, a éliminé ses principaux concurrents au printemps et au début de l'été: deux d'entre eux sont incarcérés, un troisième s'est exilé.

Trois autres candidats sont en lice, mais aucun n'a su mobiliser.

Svetlana Tikhanovskaïa se présente, elle, comme une "femme ordinaire, une mère et une épouse" qui a remplacé au pied levé son mari, Sergueï Tikhanovski, un blogueur incarcéré en mai alors qu'il faisait campagne.

Qualifiée de "pauvre nana" par M. Loukachenko, elle a su mobiliser alors même que le Bélarus n'a jamais pu voir émerger d'opposition unie et structurée.

- 33 mercenaires -

Pour cela, elle s'est alliée à deux autres femmes: Veronika Tsepkalo, la compagne d'un opposant en exil, et Maria Kolesnikova, la directrice de campagne de Viktor Babaryko, un ancien banquier emprisonné alors qu'il souhaitait se présenter.

En cas de victoire, elle a promis de ne rester au pouvoir que le temps de libérer "les prisonniers politiques", organiser une réforme constitutionnelle et de nouvelles élections.

Le vote de dimanche se déroule aussi dans une atmosphère de défiance envers Moscou, dont Alexandre Loukachenko est à la fois le plus proche et le plus turbulent allié.

Jamais en 26 ans les tensions n'ont été si concrètes: pour M. Loukachenko, les "marionnettistes" du Kremlin ont l'intention de faire du Bélarus un vassal.

Fin juillet, 33 Russes, des mercenaires présumés de l'opaque groupe militaire privé Wagner, réputé proche du pouvoir russe, ont été arrêtés, accusés de préparer un "massacre" à Minsk.

Moscou a rejeté ces allégations, dénonçant un "spectacle" électoral.

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