Bélarus: les chaînes humaines se multiplient contre la répression

Publié le à Minsk (AFP)

Des chaînes humaines et marches pacifiques se multipliaient jeudi au Bélarus pour protester contre la répression violente de la contestation ayant suivi la réélection controversée du président Alexandre Loukachenko.

La diplomatie russe, par la voie de sa porte-parole Maria Zakharova, a dénoncé des tentatives étrangères de "déstabiliser" le pays, alors que plusieurs capitales occidentales ont condamné les violences.

A Minsk, des milliers de personnes ont formé ces chaînes en de multiples endroits, soutenus par les klaxons d'automobilistes, portant fleurs ou ballons blancs, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Cette forme de mobilisation, lancée la veille par des dizaines de femmes vêtues de blanc, n'a pas jusqu'ici déclenché de répression violente comme celle visant les manifestations nocturnes.

"On est contre la violence, les explosions, on est pour des élections honnêtes", explique Nastia, 26 ans, artiste dans le secteur numérique, participant à un rassemblement du centre de Minsk.

"Loukachenko dit que ce sont des chômeurs qui manifestent, mais c'est faux !", lance Maria, 35 ans, une vendeuse disant manifester "pendant sa pause déjeuner". Elle exige le droit de protester pacifiquement, alors que quelque 6.700 personnes ont été arrêtées depuis dimanche.

- Voix volées -

Des personnels médicaux se sont rassemblés devant leurs établissements. Des artistes de la Philharmonie de Minsk ont eux entonné des chants patriotiques devant leur bâtiment, tenant des lettres formant les mots "nos voix ont été volées".

Selon des médias d'opposition et russes, des actions similaires ont eu lieu dans de nombreuses villes du pays, ainsi que dans d'importantes usines, comme BelAZ (camions), Maz (voiture), Grodno Azot (chimie) et Grodnozhilstroy (BTP).

Ces protestations interviennent après quatre nuits de répression des manifestations contre la réélection dimanche, jugée frauduleuse par les contestataires, de l'homme à poigne du Bélarus, au pouvoir depuis 26 ans, et crédité de 80% des voix.

Pour ses partisans, c'est une novice en politique, Svetlana Tikhanovskaïa, qui a gagné, après une campagne ayant suscité une ferveur inédite dans l'ex-république soviétique.

La mobilisation intervient alors que la police jugeait que la contestation faiblissait, tout en dénonçant un niveau élevé "d'agressivité".

Une centaine de policiers ont été blessés, dont 28 hospitalisés. Aucun bilan détaillé n'a été publié concernant les manifestants, contre lesquels des balles en caoutchouc, matraques et grenades assourdissantes sont utilisés sans retenue.

Mercredi, les autorités bélarusses ont aussi confirmé la mort d'un homme en détention, un décès qui s'ajoute à celui d'un manifestant lundi. Elles ont aussi reconnu l'usage de balles réelles mardi à Brest, faisant un blessé.

Sous les ovations de personnes criant "Merci !", le chef de la délégation de l'Union européenne et plusieurs ambassadeurs étrangers se sont rendus jeudi à Minsk sur le lieu du décès d'un manifestant.

Les Etats-Unis et l'UE ont dénoncé les fraudes électorales et la répression, les Européens menaçant Minsk de sanctions.

Des célébrités ont aussi multiplié les critiques à l'égard des autorités.

La quadruple championne olympique de biathlon, Darya Domracheva s'est adressée sur Instagram aux "dirigeants des forces anti-émeutes: ARRÊTEZ LA VIOLENCE!".

Plusieurs journalistes et présentateurs de médias d'Etat ont aussi annoncé ces derniers jours leurs démissions.

- 55 détenus, 10 m2 -

Des militaires et policiers bélarusses à la retraite ou en activité ont anonymement dénoncé la répression, publiant des vidéos où ils jettent galons et insignes à la poubelle.

Selon des témoignages, plusieurs dizaines de manifestants ont été relâchés dans la nuit, sans que les autorités précisent le nombre de personnes toujours détenues.

Libérée après deux jours de détention, Kristina Vitouchko raconte sur Facebook avoir été détenue dans une cellule de 10 m2: "On nous a fourré à 55 là-dedans, on ne nous a pas nourris".

L'opposante Svetlana Tikhanovskaïa ne s'est pas exprimée depuis sa vidéo mardi annonçant son départ précipité pour la Lituanie. Selon ses partisans, elle a subi des menaces des forces de sécurité lundi.

Alexandre Loukachenko, 65 ans, n'a jamais laissé aucune opposition s'ancrer. La précédente vague de contestation, en 2010, avait été sévèrement réprimée.

Mme Tikhanovskaïa, novice en politique, a mobilisé en quelques semaines des dizaines de milliers de personnes. Elle avait remplacé son mari Sergueï, un vidéo-blogueur en vue, après son arrestation en mai.

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