Bélarus: Tikhanovskaïa appelle les Européens à rejeter les résultats de la présidentielle

Publié le à Minsk (AFP)

La figure de proue de l'opposition bélarusse, Svetlana Tikhanovskaïa, a appelé mercredi les Européens à rejeter les résultats de la présidentielle "frauduleuse" du 9 août, avant un sommet de l'UE devant étendre les sanctions contre le régime d'Alexandre Loukachenko.

Déclaré vainqueur avec plus de 80% des voix, M. Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, fait face à une pression croissante tant au Bélarus, où se déroulent des manifestations quotidiennes et un mouvement de grève touchant des industries vitales à l'économie du pays, qu'à l'étranger.

Les protestations ont fait un troisième mort mercredi, un manifestant de 43 ans, qui avait été blessé par balle selon ses proches et les médias à la tête. Il avait participé le 11 août à un rassemblement à Brest lors duquel la police avait reconnu avoir tiré à balles réelles.

S'adressant au Conseil de l'Europe depuis la Lituanie où elle est réfugiée depuis le 11 août, Svetlana Tikhanovskaïa a exhorté à rejeter un scrutin "ni équitable ni transparent" et dont les résultats "ont été falsifiés".

"Les gens, qui sont allés défendre leur vote dans les rues de leurs villes partout au Bélarus, ont été brutalement battus, emprisonnés et torturés par le régime qui s'accroche désespérément au pouvoir", a-t-elle souligné en anglais, estimant que M. Loukachenko a "perdu toute légitimité".

Professeure d'anglais de formation, novice en politique, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, a bouleversé la campagne présidentielle en rassemblant des foules inédites à ses meetings et en obtenant les soutiens d'autres opposants. Elle revendique la victoire et dénonce des fraudes.

Elle avait remplacé au pied levé son mari Sergueï, vidéo-blogueur en vue arrêté en mai après avoir fait acte de candidature contre Alexandre Loukachenko. Accusé notamment de "troubles à l'ordre public", il encourt plusieurs années de prison.

La situation au Bélarus fait l'objet d'un sommet extraordinaire de l'UE, qui s'est ouvert mercredi avec à la clé une possible extension à d'autres responsables bélarusses des sanctions déjà prises la semaine dernière après la répression des manifestations.

Les dirigeants européens ont exhorté mardi Vladimir Poutine à faire pression sur Alexandre Loukachenko, dont il est un allié essentiel, afin de favoriser un dialogue avec l'opposition. Le président français Emmanuel Macron a appelé à "l'apaisement et au dialogue", tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a souligné que Minsk devait "renoncer à la violence".

Le président russe a jusqu'à présent apporté un soutien prudent à son voisin, mettant en garde contre toute "tentative d'ingérence étrangère" au Bélarus. L'attitude de la Russie, plus proche partenaire politique, économique et militaire de Minsk, sera cruciale quant à l'issue de la crise.

- "Transition pacifique du pouvoir" -

L'opposition manifeste chaque jour depuis l'élection du 9 août et a organisé le weekend dernier la plus grande action de protestation de l'histoire du pays avec 100.000 participants, appelant aussi à un mouvement de grève qui a touché plusieurs secteurs clés de l'industrie bélarusse.

De nombreux rapports faisaient toutefois état de menaces ou de pressions sur les ouvriers des usines concernées, faisant baisser le nombre de grévistes par rapport au début du mouvement lundi.

Mercredi matin, des dizaines de manifestants se sont rassemblés pour soutenir les grévistes des mines de potasse de Soligorsk, au sud de Minsk, tandis que la police a arrêté plusieurs protestataires devant l'emblématique usine de tracteurs MTZ de la capitale.

Les forces de l'ordre ont également bloqué l'entrée du théâtre académique d'Etat dont le directeur, qui a rejoint les protestataires, a été limogé.

M. Loukachenko a remercié mercredi les travailleurs n'ayant pas rejoint la grève, tout en accusant les Occidentaux de financer l'opposition et de "pointer du doigt" le Bélarus pour "détourner l'attention des problèmes qui existent" dans leurs propres pays.

Après l'élection du 9 août, quatre soirées de manifestations avaient été matées par la force par la police, faisant au moins trois morts et des dizaines de blessés, tandis que plus de 6.700 personnes étaient arrêtées. Les personnes interpellées ont rapporté des passages à tabac et tortures.

L'opposition a formé un "Conseil de coordination" destiné à "faciliter la transition pacifique du pouvoir par le dialogue". Selon Mme Tikhanovskaïa, il "appellera immédiatement à de nouvelles élections présidentielles équitables et démocratiques sous supervision internationale".

Alexandre Loukachenko a de son côté rejeté ce "conseil de coordination" et dénoncé une "tentative de s'emparer du pouvoir". Il a menacé de "refroidir certaines têtes brûlées".

Devant se réunir pour la première fois mercredi, cette instance doit notamment comprendre la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch ou encore Ales Bialiatski, directeur de la principale organisation bélarusse de défense des droits humains, Viasna.

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