Belgique: Philippe succede à son père dans un contexte délicat

Publié le à Bruxelles (AFP)

En montant sur le trône le 21 juillet, le futur roi des Belges, Philippe, n'aura que quelques mois pour s'affirmer avant les élections législatives du printemps 2014 qui pourraient plonger le royaume dans une nouvelle crise politique.

Le monde politique belge, à l'exception notable des nationalistes flamands, ne cachait pas mercredi qu'il aurait préféré qu'Albert II poursuive sa mission quelques années encore.

"J'aurais préféré qu'il reste après les élections pour mener les contacts en vue de la formation du prochain gouvernement car il a un réel talent pour démêler les crises politiques", a commenté le sénateur libéral francophone Armand de Decker.

Mais, à 79 ans, "le roi est fatigué, surtout après la longue crise qui a suivi la formation du gouvernement actuel, durant lesquels il a dû jouer un rôle de médiateur", a expliqué le politologue Pierre Vercauteren.

Même si certains ont des doutes sur les capacités de son fils et successeur désigné, le prince Philippe, à assumer la mission royale avec le même brio, "le risque pour la stabilité du pays aurait été bien plus grand si le roi Albert II devait décéder en pleine période de formation du prochain gouvernement", selon M. Vercauteren.

Car si le roi n'exerce pas en Belgique de véritables pouvoirs, il reçoit l'ensemble des responsables politiques pendant les semaines, et souvent même les mois traditionnellement nécessaires à la formation d'un gouvernement, qui doit obligatoirement comprendre des francophones et des néerlandophones.

Les prochaines législatives, fixées au 25 mai 2014, s'annoncent particulièrement à risque pour l'avenir du pays, peut-être même plus que celles de juin 2010, qui avaient plongé le royaume dans la plus longue crise politique de son histoire.

Fort des 28% des voix obtenus il y a trois ans, le parti indépendantiste Nouvelle alliance flamande (N-VA), dirigé par le bourgmestre (maire) d'Anvers, Bart De Wever, avait alors réussi à empêcher la formation d'un gouvernement pendant des mois.

Il avait fallu attendre 541 jours après le scrutin pour que le socialiste francophone Elio Di Rupo parvienne, avec l'aide d'Albert II, à enfin former une coalition large mais... excluant la N-VA.

Bart De Wever et ses troupes n'ont depuis lors cessé de critiquer les six partis de la coalition. Ils ont en particulier accusé les formations flamandes membres du gouvernement de céder au programme "socialiste" et "taxateur" du Premier ministre, qui a le double défaut à leurs yeux d'être francophone et de gauche, alors que la majorité de la Flandre penche à droite.

Cette tactique a jusqu'ici réussi aux indépendantistes flamands, crédités de 30 à 35% des intentions de vote côté néerlandophone.

Elan d'affection et critiques attendues

La N-VA, qui a reproché à Albert II d'avoir tout fait pour l'empêcher d'accéder au pouvoir, a en outre prévenu qu'elle ne s'associerait à un futur gouvernement fédéral seulement si de très nombreux pouvoirs supplémentaires étaient transférés vers la Flandre, où vivent 60% des 11 millions de Belges.

En cas de large victoire de la N-VA, le lendemain du scrutin risque de s'apparenter à un casse-tête, nécessitant un roi en pleine possession de ses moyens.

Maintenant qu'Albert II a annoncé qu'il céderait le relais dès le 21, il restera une petite année au roi Philippe pour séduire la Flandre, qui l'aime peu, et, après les élections, démontrer qu'il a les même qualités que son père pour fédérer Flamands, Wallons et Bruxellois.

Le futur souverain devrait dans un premier temps bénéficier d'un élan d'affection pour la monarchie. Il doit néanmoins s'attendre à des attaques renouvelées de la part des nationalistes flamands, qui souhaitent limiter l'action du roi à un rôle purement protocolaire qui lui ferait perdre petit à petit son statut de symbole de l'unité de la Belgique.

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