Benalla: le Sénat saisit la justice des cas de proches de Macron, la majorité fulmine

Publié le à Paris (AFP)

Nouveau coup de tonnerre dans l'affaire Benalla: le Sénat à majorité de droite a choisi jeudi de saisir la justice non seulement du cas de l'ancien collaborateur de l'Elysée, mais aussi de ceux de trois hauts responsables de la présidence, décision considérée comme une déclaration de guerre par la majorité présidentielle.

"Je ne suis en guerre contre personne. Pas contre l'Elysée et personne d'autre", a assuré le président du Sénat Gérard Larcher à l'AFP. "Le sujet est d'une autre nature. C'est simplement l'application du droit, rien que le droit, tout le droit", a affirmé M. Larcher.

Mais la décision du bureau du Sénat a fait bondir la majorité. Fait rarissime, le Premier ministre Edouard Philippe a boudé la traditionnelle séance des questions au gouvernement, jeudi après-midi au Sénat. Et le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a dénoncé un acte "politiquement bas et moralement très grave", fustigeant "un tribunal politique".

Quant au président LREM de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, il a décidé de boycotter une conférence commune avec M. Larcher prévue vendredi à Lille. L'Elysée n'avait toujours pas réagi jeudi après-midi.

Les cas d'Alexandre Benalla, de son acolyte Vincent Crase et de Patrick Strzoda, directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, sont transmis pour suspicion de faux témoignage devant la commission d'enquête sénatoriale, un délit passible de cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Le bureau du Sénat a également décidé de transmettre au parquet les déclarations sous serment d'autres collaborateurs d'Emmanuel Macron, son bras droit, le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, et le général Lionel Lavergne, chef du groupe de sécurité de la présidence. A partir des "incohérences" et "contradictions" relevées par la commission d'enquête présidée par Philippe Bas (LR), qui a rendu le 20 février un rapport d'enquête accablant, il reviendra au parquet de voir quelles suites donner, a précisé à l'AFP un membre du bureau.

- "Procès politique" -

Le délégué général de La République en marche, Stanislas Guerini, a rapidement dénoncé l'instruction d'"un procès politique contre l'Elysée" par les sénateurs, dont "l'intention cachée" est selon lui d'"attaquer le président de la République".

Le chef de file des sénateurs LREM, François Patriat, a, lui, fustigé "une volonté manifeste d'une alliance des socialistes et des Républicains de mettre à mal l'exécutif et de se venger d'une défaite électorale qu'ils n'ont jamais acceptée".

"Il n'y a aucune déclaration de guerre; ce n'est pas nous qui avons demandé aux collaborateurs de l'Elysée de mentir, nous en étions même très gênés", a répondu le sénateur Les Républicains François Grosdidier, membre de la commission d'enquête, sur BFMTV.

"Nous ne sommes pas la justice et nous ne sommes pas dans une question politique" mais "dans le cadre de la Constitution qui confère au Parlement un pouvoir de contrôle du gouvernement", a argumenté le corapporteur PS Jean-Pierre Sueur.

Si ces signalements à la justice ne valent pas condamnation, le Sénat frappe fort, dans un contexte de défiance de l'opinion publique vis-à-vis des politiques, et d'un rapport de force entre l'Elysée et la chambre haute, dominée par l'opposition, sur l'avenir des institutions.

- "Pas à la botte du pouvoir" -

"C'est une victoire pour la démocratie", a réagi la sénatrice écologiste Esther Benbassa. "Le Sénat ne s'est pas couché", a commenté Eric Bocquet (CRCE, à majorité communiste).

"Savoir que le Sénat n'est pas à la botte du pouvoir devrait plutôt rassurer nos concitoyens", s'est félicité sur RTL le chef de file des sénateurs PS, Patrick Kanner.

De son côté le chef de file des députés LR Christian Jacob a jugé qu'il allait "devenir compliqué" que les collaborateurs du président visés "puissent rester à leur poste".

Le bureau du Sénat s'est prononcé par trois votes à main levée.

Hervé Marseille, le président du groupe centriste au Sénat a estimé que la chambre haute était allée "un peu trop loin". "Un certain nombre de mises en responsabilité étaient superfétatoires", a-t-il réagi devant la presse.

Télescopage de l'actualité, Alexandre Benalla a écopé mercredi soir de nouvelles mises en examen concernant d'autres faits de violences en marge du défilé parisien du 1er-Mai et pour l'épisode du selfie le montrant avec une arme.

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