Biden refuse que la "violence politique devienne la norme", un an après l'assaut du Capitole

Publié le à Washington (AFP)

L'Amérique ne peut accepter que "la violence politique devienne la norme", avertit jeudi Joe Biden, un an après l'assaut du Capitole, ce sombre anniversaire, loin d'être un moment d'union nationale, promettant de creuser encore les fractures du pays.

"Nous devons décider aujourd'hui quelle nation nous allons être. Allons-nous être une nation qui accepte que la violence politique devienne la norme? (...) Allons-nous être une nation qui ne vit pas dans la lumière de la vérité mais à l'ombre du mensonge?", s'interroge Joe Biden, selon un extrait du discours que le président américain doit prononcer.

"Nous ne pouvons pas nous permettre de devenir ce genre de nation", lance-t-il, un an après que des milliers de partisans de Donald Trump ont tenté d'empêcher la certification de son élection par le Congrès américain.

"Je vais au Capitole ce matin pour parler de cette insurrection, de l'état de la démocratie américaine et du chemin à suivre désormais", a tweeté jeudi le démocrate de 79 ans, qui prendra la parole à 14h00 GMT dans le "hall des statues", en compagnie de la vice-présidente Kamala Harris.

- La "responsabilité" de Trump -

C'est dans ce même cadre imposant qu'il y a un an, les Etats-Unis et le monde, stupéfaits, ont vu parader des partisans de l'ancien président américain, tandis qu'au-dehors, d'autres émeutiers s'en prenaient aux forces de l'ordre.

Mais avant même que le 46ème président des Etats-Unis ne prenne la parole, ses adversaires républicains ont fait voler en éclats toute tentative de faire de cette journée de jeudi un moment d'unité nationale.

Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, qui ne sera pas présent aux cérémonies à Washington, a publié un communiqué accusant les démocrates d'"exploiter" cet anniversaire "pour promouvoir des objectifs politiques partisans qui existaient bien avant".

Donald Trump a lui a renoncé à s'exprimer jeudi, sans doute conscient que la conférence de presse qu'il voulait donner depuis sa luxueuse résidence de Floride serait une provocation de trop.

Mais l'ancien président républicain n'a en rien modéré son verbe. Il a encore qualifié mardi de "crime du siècle" la fraude qui a, selon lui et sans qu'il n'en apporte la moindre preuve, entaché l'élection de Joe Biden.

Lequel a longtemps choisi de traiter par le mépris son prédécesseur, en refusant par exemple de le nommer en public.

Mais cette fois, le président américain veut pointer en public la "responsabilité particulière" de Donald Trump dans le déchaînement de violence du 6 janvier 2021, a fait savoir la Maison Blanche.

Le président veut-il imprimer un tournant plus grave à un mandat qui donne l'impression de s'embourber?

La nouvelle vague de la pandémie de Covid-19, l'inflation, le souvenir du retrait chaotique d'Afghanistan, le blocage de réformes majeures au Congrès: autant d'éléments qui sapent jour après jour sa cote de confiance.

- 55% -

Plus inquiétant encore: selon un sondage tout récent, seuls 55% des Américains estimeraient qu'il a été élu à la régulière.

Car les discours de Donald Trump ont fait leur chemin dans les esprits: le milliardaire américain continue de clamer, sans preuve, qu'il est le vrai vainqueur de l'élection.

Et l'ancien homme d'affaires conserve un ascendant immense sur le parti républicain.

Rares sont ceux qui comme Karl Rove, ancien conseiller de George W. Bush et pendant des décennies l'un des grands stratèges du parti républicain, condamnent sans ambiguïtés l'assaut contre le Capitole.

"Il ne peut y avoir (...) d'absolution pour ceux qui ont planifié, encouragé et aidé à cette tentative de renverser le pays", écrit-il dans le Wall Street Journal.

Mais ces prises de position rarissimes chez les républicains risquent bien d'être étouffées par les partisans les plus tonitruants de Donald Trump.

Par exemple l'élue à la Chambre des représentants Marjorie Taylor Greene, tenante de positions ultra-conservatrices sur le droit à l'avortement ou les armes à feu. Elle a annoncé une conférence de presse à Washington pour, promet-elle, "exposer la vérité à propos du 6 janvier 2021".

A cette nation profondément divisée, qui donne parfois l'impression de vivre dans des réalités irréconciliables, Joe Biden veut pourtant proposer une marche à suivre pour renforcer la démocratie.

Le président tente en particulier de relancer des textes de loi sur l'accès des minorités au droit de vote.

Mais Joe Biden fait face à des Etats conservateurs qui multiplient les législations compliquant l'accès des Afro-Américains aux urnes, à une Cour suprême portant la marque conservatrice de son prédécesseur, et à un Congrès que les démocrates ne contrôlent que d'un cheveu, et qu'ils pourraient perdre aux élections législatives de l'automne prochain.

La marge de manoeuvre du président pour sauver l'"âme" de l'Amérique, comme il l'a promis pendant sa campagne, semble bien limitée.

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