Birmanie: au moins 18 manifestants tués, loi martiale dans deux banlieues de Rangoun

Publié le à Rangoun (AFP)

Au moins 18 personnes ont été tuées dimanche en Birmanie dans des manifestations contre le coup d'Etat militaire, l'un des bilans journaliers les plus lourds depuis la prise du pouvoir par la junte, qui a déclaré la loi martiale dans deux communes de l'agglomération de Rangoun dans la soirée.

A Hlaing Tharyar, dans la banlieue de la capitale économique Rangoun, des policiers et des soldats ont affronté des manifestants armés de bâtons et de couteaux. Cachés derrière des barricades de fortune, ceux-ci ont fui après que les forces de sécurité ont ouvert le feu.

Les manifestants, utilisant des poubelles découpées comme boucliers, ont réussi à récupérer des blessés, mais une médecin a déclaré que tous n'avaient pas pu être secourus.

"Je peux confirmer que 15 personnes sont mortes", a-t-elle déclaré à l'AFP, ajoutant qu'elle avait traité une cinquantaine de blessés et qu'elle s'attendait à ce que le nombre de morts augmente.

Selon le groupe de surveillance de l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), qui vérifie les arrestations et les décès depuis le coup d'État, le bilan serait plus élevé.

Tout au long de la journée, des coups de feu ont été entendus en continu par les habitants, qui se cachaient dans leurs maisons alors que de la fumée s'élevait au-dessus des rues, tandis que des camions militaires ont été vus circulant dans les rues de Hlaing Tharyar.

Un officier de police a posté une vidéo sur TikTok quelques heures avant ces affrontements, indiquant en voix off qu'ils allaient apporter des armes lourdes.

"Je n'aurai aucune pitié pour Hlaing Tharyar et ils se défendront sérieusement aussi car il y a toutes sortes de personnages là-bas", a-t-il déclaré.

La vidéo, qui a été vérifiée par des factcheckers de l'AFP, a été retirée quelques heures plus tard.

- Loi martiale -

Suite à ces affrontements, la télévision d'Etat a annoncé que la junte au pouvoir avait décrété la loi martiale dimanche soir dans deux communes de l'agglomération de Rangoun, Hlaing Tharyar et Shwepyitha.

La junte donne "le pouvoir administratif et judiciaire de la loi martiale au commandant régional de Rangoun afin qu'il l'exerce (dans ces communes (...) afin d'assurer la sécurité, de maintenir l'Etat de droit et la tranquillité plus efficacement", a déclaré un présentateur du journal télévisé.

Dimanche soir, les médias d'État n'ont pas développé davantage sur les violences à Hlaing Tharyar, zone industrielle où sont implantées des entreprises textile, mais ont indiqué que cinq usines avaient été détruites.

"L'ambassade de Chine (...) a rapidement exhorté la police locale à garantir la sécurité des entreprises et du personnel chinois avec une gestion efficace", a souligné l'ambassade de Chine en Birmanie, indiquant que des usines chinoises avaient été brûlées, et condamnant les actions des "destructeurs" dans un communiqué publié sur sa page Facebook.

Les informations du soir ont par ailleurs confirmé un décès dans le quartier de Tamwe, à Rangoun, indiquant que des centaines de manifestants avaient tenté d'incendier un poste de police, amenant les autorités à ouvrir le feu pour les disperser.

Des scènes de violences similaires se sont déroulées tout au long de la journée dans d'autres régions du pays.

A Hpakant (nord) dans l'Etat de Kachin, ville connue pour ses mines de jade, un homme a été tué par balle, selon un médecin et un média locaux. A Mandalay, la deuxième ville du pays, une femme a été tuée d'un tir dans la tête.

L'émissaire de l'ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a "vigoureusement" dénoncé dimanche "le bain de sang" en cours dans ce pays.

"La communauté internationale, et notamment les acteurs régionaux, doivent s'unir en solidarité avec le peuple birman et ses aspirations démocratiques", a-t-elle ajouté.

La diplomate a précisé avoir reçu "personnellement de la part de contacts en Birmanie des comptes-rendus bouleversants sur des meurtres, des violences contre les manifestants, et la torture de prisonniers pendant le week-end".

- "Moment le plus sombre" -

Ces violences interviennent alors qu'un vibrant appel à la résistance contre cette "dictature injuste" a été lancé samedi soir par un dirigeant de l'opposition.

"Il faut que le soulèvement l'emporte", a déclaré Mahn Win Khaing Than, dans une vidéo publiée sur la page Facebook du CPRH, le Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw --l'Assemblée de l'Union, organe législatif birman--, un Parlement fantôme constitué par d'ex-députés élus passés à la clandestinité pour la plupart.

"C'est le moment le plus sombre de la nation et la lumière de l'aube est proche", poursuit M. Than, un ancien président du Parlement qui a été désigné par le CRPH la semaine dernière comme vice-président par intérim et dirige à ce titre le gouvernement d'union, selon le comité.

Mahn Win Khaing Than est un haut responsable de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, dont le gouvernement civil a été renversé par les militaires le 1er février.

Dans un communiqué publié dimanche, le CPRH a souligné que les manifestants avaient "le plein droit de se défendre" en vertu du code pénal du pays contre les forces de sécurité qui "nuisent et causent des violences".

Depuis la prise du pouvoir par une junte militaire, des manifestations se poursuivent quotidiennement pour réclamer le retour de la démocratie et la libération d'Aung San Suu Kyi. Elles sont durement réprimées par les forces de l'ordre.

La répression a fait plus de 80 morts, estime un groupe local qui comptabilise les victimes.

La junte a averti que la formation du CRPH s'apparentait à une "haute trahison", passible d'une peine maximale de 22 ans de prison.

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