Birmanie: l'armée montre ses muscles, au moins dix-neuf morts

Publié le à Naypyidaw (Birmanie) (AFP)

Au moins dix-neuf personnes ont été tuées samedi dans la répression de nouvelles manifestations pro-démocratie en Birmanie, où l'armée s'est livrée à une démonstration de force, faisant défiler un impressionnant arsenal dans la capitale Naypyidaw.

L'Union européenne et la Grande-Bretagne ont condamné les "meurtres" commis par l'armée dans le pays, qui traverse une grave crise depuis que la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi a été évincée du pouvoir par un coup d'Etat militaire le 1er février.

Les militants pro-démocratie avaient appelé à une nouvelle série de manifestations samedi, jour où l'armée organise tous les ans un gigantesque défilé militaire devant le chef de l'armée désormais chef de la junte au pouvoir, le général Min Aung Hlaing.

Dans l'après-midi, alors que les manifestations se poursuivaient un peu partout dans le pays, l'AFP a pu vérifier qu'au moins 19 personnes avaient été tuées, les médias locaux faisant eux état d'un bilan beaucoup plus lourd.

La violence a éclaté dans toute la région de Mandalay (centre) lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants, tuant au moins neuf personnes dans quatre villes différentes, dont un médecin à Wundwin et une adolescente de 14 ans à Meiktila, selon les secouristes sur le terrain.

"Quatre hommes nous ont été amenés morts", a déclaré à l'AFP une secouriste de Mandalay, la deuxième ville de Birmanie, alors qu'elle tentait désespérément de soigner des dizaines de blessés.

A Myingyan, un manifestant qui a vu un homme tué après avoir reçu une balle dans le cou, a déclaré que le nombre de morts augmentera probablement. "Aujourd'hui, c'est comme un jour de révolution pour nous", a-t-il dit.

Dans l'est du pays, dans l'État de Shan, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur un rassemblement d'étudiants à Lashio. Un sauveteur a confirmé qu'au moins trois manifestants étaient morts - corroborant les informations des médias locaux - mais son équipe n'a pas été en mesure de retirer les corps.

A Nyaung-U près de Bagan, célèbre site classé par l'UNESCO, un guide touristique a été tué par balles alors qu'il participait à une manifestation.

- "Je suis fier de mon fils" -

A Rangoun, la capitale économique, des panaches de fumée se sont élevés au-dessus de la ville, devenue un point chaud ces dernières semaines.

Un rassemblement nocturne devant un poste de police dans le sud de la ville - où des manifestants ont appelé à la libération de leurs amis - est devenu violent selon une habitante.

Au moins six manifestants sont morts, dont un jeune homme de 20 ans selon des témoignages.

Un bébé jouant dans la rue dans une ville du nord de Rangoun a été touché à l'œil par une balle en caoutchouc lorsque la police a ouvert le feu sur des manifestants à proximité.

Elle a été transportée à l'hôpital par ses parents.

Près de la prison d'Insein, un rassemblement avant l'aube - où les manifestants portaient des casques de vélo et étaient protégés par des barricades de sacs de sable - a sombré dans le chaos lorsque les soldats ont commencé à tirer.

Au moins un d'entre eux a été tué - un policier de 21 ans, Chit Lin Thu, qui avait rejoint le mouvement anti-coup d'État.

"Il a reçu une balle dans la tête et il est mort chez lui", a déclaré à l'AFP son père Joseph.

"Je suis extrêmement triste pour lui, mais en même temps, je suis fier de mon fils".

A Meiktila (centre), deux manifestants ont trouvé la mort, "un homme de 35 ans et une fille de 14 ans", a déclaré à l'AFP Thura Lwin OO, un secouriste.

La brutalité de la répression a entraîné sur la scène internationale une série de condamnations et de sanctions touchant les avoirs de nombreux militaires puissants, dont leur chef, mais la pression diplomatique a eu jusqu'ici peu d'impact.

- "Déshonneur" -

"Cette 76e journée des forces armées restera gravée comme un jour de terreur et de déshonneur. Les meurtres de civils non armés, dont des enfants, sont des actes indéfendables", a annoncé l'ambassade de l'Union européenne à Rangoun sur Twitter et Facebook, tandis que l'ambassadeur de Grande-Bretagne a estimé dans un communiqué que "les meurtres extrajudiciaires en disent long sur les priorités de la junte militaire".

Aux premières heures du jour, des milliers de soldats, des chars, des missiles et des hélicoptères s'étaient succédé sur une immense esplanade de Naypyidaw où était réuni un parterre de généraux et leurs invités, parmi lesquels des délégations russe et chinoise.

Le général Min Aung Hlaing a de nouveau défendu l'organisation du coup d'Etat en raison de la fraude électorale présumée lors des élections de novembre, remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi, et a juré qu'un "transfert de responsabilité de l'État" se produirait après des élections.

"Le Tatmadaw (l'armée birmane, ndlr) recherche l'engagement de toute la nation", a-t-il déclaré dans un discours, ajoutant que les actes de "terrorisme qui peuvent nuire à la tranquillité et à la sécurité de l'Etat" sont inacceptables.

Selon un groupe de défense de prisonniers politiques, 320 personnes ont trouvé la mort dans les troubles depuis le putsch, et plus de 3.000 ont été arrêtées.

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