Birmanie: l'armée montre ses muscles, au moins vingt-quatre morts

Publié le à Naypyidaw (Birmanie) (AFP)

Au moins vingt-quatre personnes ont été tuées samedi, selon un décompte de l'AFP, dans la répression de nouvelles manifestations pro-démocratie en Birmanie, où l'armée s'est livrée à une démonstration de force, faisant défiler un impressionnant arsenal dans la capitale Naypyidaw.

Les Etats-Unis, l'Union européenne et la Grande-Bretagne ont condamné les "meurtres" commis par l'armée dans le pays, qui traverse une grave crise depuis que la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi a été évincée du pouvoir par un coup d'Etat militaire le 1er février.

Les militants pro-démocratie avaient appelé à une nouvelle série de manifestations samedi, jour où l'armée organise tous les ans un gigantesque défilé militaire devant le chef de l'armée, désormais chef de la junte au pouvoir, le général Min Aung Hlaing.

Dans l'après-midi, alors que les manifestations se poursuivaient un peu partout dans le pays, l'AFP a pu vérifier qu'au moins 24 personnes avaient été tuées, les médias locaux faisant eux état d'un bilan beaucoup plus lourd.

La violence a éclaté dans toute la région de Mandalay (centre) lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants, tuant au moins neuf personnes dans quatre villes différentes, dont un médecin à Wundwin et une adolescente de 14 ans à Meiktila, selon les secouristes sur le terrain.

"Quatre hommes nous ont été amenés morts", a déclaré à l'AFP une secouriste de Mandalay, la deuxième ville de Birmanie, qui tentait de soigner des dizaines de blessés.

A Myingyan, un manifestant qui a vu un homme tué après avoir reçu une balle dans le cou, a déclaré que le nombre de morts augmenterait probablement. "Aujourd'hui, c'est comme un jour de révolution pour nous", a-t-il déclaré.

Dans deux villes de la région de Sagaing, cinq personnes ont été tuées, dont un adolescent de 13 ans pris dans une fusillade, selon un habitant de Shwebo. "Il était juste assis devant sa maison", a-t-il assuré.

- "Je suis fier de mon fils" -

Dans le nord-est du pays, dans l'État de Shan, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur un rassemblement d'étudiants à Lashio, faisant au moins trois morts, selon un secouriste corroborant les informations des médias locaux.

A Nyaung-U près de Bagan, célèbre site classé par l'UNESCO, un guide touristique a été tué par balles alors qu'il participait à une manifestation.

A Rangoun, des panaches de fumée s'élevaient au-dessus de la capitale économique. Au moins cinq personnes ont été tués dans la nuit de vendredi à samedi par la police qui a ouvert le feu sur des manifestants qui réclamaient la libération de leurs amis, devant un poste de police dans le sud de Rangoun, selon des témoignages.

Un bébé jouant dans la rue dans une ville du nord de Rangoun a été touché à l'œil par une balle en caoutchouc lorsque la police a ouvert le feu sur des manifestants à proximité. Il a été transportée à l'hôpital par ses parents.

Près de la prison d'Insein, un rassemblement avant l'aube a sombré dans le chaos lorsque les soldats ont commencé à tirer. Une personne au moins a été tuée, un policier de 21 ans, Chit Lin Thu, qui avait rejoint le mouvement anti-coup d'État.

"Il a reçu une balle dans la tête et il est mort chez lui", a déclaré à l'AFP son père Joseph. "Je suis extrêmement triste pour lui, mais en même temps, je suis fier de mon fils".

A Meiktila (centre), deux manifestantsont trouvé la mort, "un homme de 35 ans et une fille de 14 ans", a déclaré à l'AFP un secouriste.

La brutalité de la répression a entraîné sur la scène internationale une série de condamnations et de sanctions touchant les avoirs de nombreux militaires puissants, dont leur chef, mais la pression diplomatique a eu jusqu'ici peu d'impact.

- "Déshonneur" -

"Les forces armées tuent des civils non armés, y compris des enfants, les personnes qu'elle a justement juré de protéger", a condamné l'ambassade des Etats-Unis à Rangoun dans un communiqué publié sur sa page Facebook.

"Cette 76e journée des forces armées restera gravée comme un jour de terreur et de déshonneur. Les meurtres de civils non armés, dont des enfants, sont des actes indéfendables", a réagi l'ambassade de l'UE à Rangoun sur Twitter et Facebook.

L'ambassadeur de Grande-Bretagne a estimé dans un communiqué que "les meurtres extrajudiciaires en disent long sur les priorités de la junte militaire".

Pour la traditionnelle Journée des forces armées qui commémore la résistance contre l'occupation japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale, des milliers de soldats, des chars, des missiles et des hélicoptères se sont succédé sur une immense esplanade de Naypyidaw, devant un parterre de généraux des délégations russe et chinoise.

Le général Min Aung Hlaing a de nouveau défendu le coup d'Etat, accusant d'irrégularité les élections de novembre, remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi, et a promis un "transfert de responsabilité de l'État" après des élections.

"Les actes de "terrorisme qui peuvent nuire à la tranquillité et à la sécurité de l'Etat" sont inacceptables", a-t-il déclaré dans un discours.

Selon un groupe de défense de prisonniers politiques, 330 personnes ont trouvé la mort dans les troubles depuis le putsch.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info