Birmanie: la répression se poursuit après la condamnation des violences par l'ONU

Publié le à Rangoun (AFP)

La junte militaire poursuivait la répression jeudi en Birmanie contre les manifestations quotidiennes anti-coup d'Etat, malgré un accroissement de la pression internationale sur le régime après la condamnation des violences mercredi par le conseil de sécurité de l'ONU.

Les forces de sécurité ont mené des opérations dans la nuit de mercredi à jeudi dans le quartier de Sanchaung à Rangoun, la capitale économique du pays, effectuant notamment des descentes dans des appartements à la recherche d'armes.

"Ils ont utilisé des bombes assourdissantes dans chaque rue", a témoigné un habitant de ce quartier qui concentre des tensions depuis le début de la semaine. "Nous demandons à nos amis qui sont hors de chez eux de ne pas rentrer."

La junte, sous pression depuis la condamnation mercredi de la violence de la répression par le Conseil de sécurité de l'ONU, a lancé jeudi de nouvelles accusations de corruption contre l'ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi.

L'ancienne dirigeante, renversée par un coup d'Etat le 1er février et mise au secret depuis, est désormais soupçonnée d'avoir reçu pour 600.000 dollars de pots-de-vin et plus de 11 kilos d'or.

Dans sa déclaration adoptée à l'unanimité des 15 membres, donc également par la Chine et la Russie, des alliées traditionnelles des généraux birmans, l'organe exécutif des Nations unies s'en est pris mercredi de manière inédite à l'armée qu'il appelle à "faire preuve de la plus grande retenue".

- "Il est temps de dialoguer" -

Dénonçant les agissements violents des forces de sécurité "contre des manifestants pacifiques, incluant des femmes, des jeunes et des enfants", le Conseil demande aux parties de "chercher une solution pacifique" à la crise, dans ce texte rédigé par le Royaume-Uni.

Il réclame en outre "la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement", sans toutefois mentionner la possibilité de sanctions internationales.

"Il est maintenant temps de procéder à la désescalade" et "il est temps de dialoguer", a souligné l'ambassadeur chinois à l'ONU Zhang Jun dans un communiqué.

"Il est important que les membres du Conseil parlent d'une seule voix. Nous espérons que le message du Conseil sera de nature à améliorer la situation en Birmanie", a insisté le diplomate chinois.

"Critiquer les militaires, c'est une première pour la Chine", a relevé un diplomate européen sous couvert d'anonymat, surpris du virage chinois alors que Pékin a toujours qualifié la crise en Birmanie d'"affaire interne".

Les Etats-Unis sont également intervenus, en adoptant des sanctions contre deux enfants du dirigeant de la junte qui s'est emparé du pouvoir, Min Aung Hlaing.

Raids contre des habitations, des hôpitaux, des universités, arrestations en masse, tirs à balles réelles: la junte semble pourtant plus déterminée que jamais à vouloir éteindre le vent de fronde largement pacifique qui souffle sur la Birmanie.

L'organisation de défense des droits humains Amnesty International a dénoncé jeudi des "exécutions extrajudiciaires" et le recours à des armes de guerre.

L'organisation a expliqué dans un communiqué avoir analysé 55 vidéos, filmées entre le 28 février et le 8 mars par des membres du public et des médias locaux, montrant que "la force létale est utilisée de manière planifiée, préméditée et coordonnée" par l'armée birmane.

- "Balles réelles" -

Occupée sur plusieurs fronts, l'armée cherche aussi à concentrer son action sur les manifestations.

Le journal d'Etat The Mirror a ainsi annoncé jeudi que l'armée Arakan, en conflit avec la junte dans l'Etat de Rakhine (ouest), ne serait plus considérée comme une organisation terroriste par le pouvoir.

Ce groupe armé lutte pour une plus grande autonomie pour la population bouddhiste, dite Rakhine, dans l'Etat du même nom. Le conflit avec les militaires birmans a fait en près de deux ans des centaines de morts et contraint quelque 200.000 personnes à fuir leurs maisons.

"Les militaires de Tatmadaw (l'armée birmane) ont de nombreux ennemis, ils ne veulent pas opérer sur trop de fronts à la fois et le front le plus pressant à l'heure actuelle est contre la majorité ethnique des Birmans dans les grands centres urbains", a expliqué à l'AFP Hervé Lemahieu, expert auprès de l'institut Lowy en Australie.

A Rangoun, le quartier d'Okkalapa était sous le choc jeudi, au lendemain d'une opération des forces de l'ordre ayant conduit à 300 arrestations, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques.

"Une personne a été touchée par des tirs à balles réelles et se trouve dans un état critique", a indiqué cette association, qui dénombre au moins 60 civils tués et près de 2.000 personnes arrêtées depuis le 1er février.

Le passage en force des généraux, alléguant de vastes fraudes électorales aux législatives de novembre remportées massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a mis fin à une décennie de transition démocratique en Birmanie.

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