Birmanie: les manifestants anti-coup d'Etat bravent les menaces de représailles

Publié le à Rangoun (AFP)

Aux cris de "libérez Aung San Suu Kyi!", les manifestants sont à nouveau descendus mardi dans les rues de Rangoun pour protester contre le coup d'Etat militaire du 1er février en Birmanie, bravant les menaces de représailles des généraux.

Dans le quartier de San Chaung de la capitale économique birmane, de nombreux enseignants défilaient dans la rue principale, effectuant le fameux salut à trois doigts en signe de résistance contre les putschistes, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Ils bravaient l'interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes imposée la veille dans les principales villes du pays par les militaires, qui ont invoqué des "fraudes" lors des législatives de novembre pour justifier leur coup d'Etat.

L'armée a pourtant brandi la menace de représailles à l'encontre des manifestants. "Des actions doivent être prises (...) contre les infractions qui troublent, empêchent et détruisent la stabilité de l'Etat", a fait savoir la télévision d'Etat.

"Leurs mises en garde ne nous inquiètent pas, c'est pourquoi nous sortons aujourd'hui. Nous ne pouvons pas accepter leur excuse de fraude électorale. Nous ne voulons pas d'une dictature militaire", a déclaré à l'AFP Thein Winun, l'un des enseignants qui manifestaient à San Chaung.

- Loi martiale -

Ailleurs dans Rangoun, d'autres manifestants se sont rassemblés devant le siège de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, habillés de rouge -la couleur de la LND- et brandissant des portraits de leur dirigeante, arrêtée après son renversement par l'armée.

A Naypyidaw, la capitale, les forces de sécurité ont fait usage de canons à eau contre un petit groupe de manifestants pro-démocratie qui refusaient de se disperser devant un barrage des forces de l'ordre, selon des images transmises en direct à la télévision.

Les militaires ont décrété lundi la loi martiale dans plusieurs quartiers de Rangoun, la capitale économique birmane, de Mandalay (centre), deuxième ville du pays, ainsi que dans d'autres endroits. Outre l'interdiction des rassemblements, un couvre-feu y est imposé de 20H00 à 04H00.

Cette décision a fait suite au rassemblement de milliers de manifestants pro-démocratie samedi et dimanche à travers la Birmanie.

Ce vent de contestation est inédit en Birmanie depuis le soulèvement populaire de 2007, "la révolution de safran" menée par les moines et violemment réprimée par l'armée.

Le risque de répression est réel. "Nous savons tous de quoi l'armée est capable: d'atrocités massives, de meurtres de civils, de disparitions forcées, de torture et d'arrestations arbitraires", a souligné Tom Villarin du groupement des parlementaires de l'Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) pour les droits humains.

Depuis le 1er février, plus de 150 personnes - députés, responsables locaux, activistes - ont été interpellées et sont toujours en détention, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques, basée à Rangoun.

Le commandant en chef de l'armée, Min Aung Hlaing, s'est exprimé pour la première fois lundi soir sur la chaîne de l'armée Myawaddy TV.

Il s'est engagé à "la tenue d'élections libres et justes" à la fin de l'état d'urgence d'un an, et promis un régime militaire "différent" des précédents.

La Birmanie a vécu près de 50 ans sous le joug de l'armée depuis son indépendance en 1948. Le putsch du 1er février a mis fin à une brève parenthèse démocratique d'une décennie.

La LND a remporté massivement les législatives de novembre et des observateurs internationaux n'ont pas constaté de problèmes majeurs lors de ce scrutin.

En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d'Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution très favorable aux militaires.

Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité dans la crise des musulmans rohingyas, la prix Nobel de la paix, en résidence surveillée pendant 15 ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays.

L'ex-dirigeante serait "en bonne santé", assignée à résidence à Naypyidaw, d'après son parti.

Le coup d'Etat a été condamné par les Etats-Unis, l'Union européenne, le Royaume-Uni et de nombreux autres pays.

La Nouvelle-Zélande a annoncé mardi la suspension de ses contacts militaires et politiques de haut niveau avec la Birmanie, devenant le premier pays au monde à décider d'un isolement de la junte.

"Après des années de dur travail pour bâtir une démocratie en Birmanie, je pense que tout Néo-Zélandais doit se sentir catastrophé de voir ce que les militaires ont fait ces derniers jours", a déclaré à la presse la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern.

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