Birmanie : trois manifestants tués, des dizaines de jeunes encerclés par les forces de sécurité à Rangoun

Publié le à Rangoun (AFP)

Trois manifestants opposés à la junte ont été tués lundi en Birmanie et des dizaines étaient encerclés depuis la tombée de la nuit par les forces de sécurité dans un quartier de Rangoun, suscitant les craintes de la communauté internationale.

"200 manifestants pacifiques - y compris des femmes - ont été encerclés par les forces de sécurité (...) et risquent d'être arrêtés ou maltraités", a déclaré sur Twitter lundi soir le bureau des droits de l'homme de l'ONU, se disant "vivement préoccupé par la situation".

Les contestataires sont acculés dans le quartier de Sanchaung où de nombreux rassemblements ont eu lieu ces derniers jours. Des détonations ont été entendues à plusieurs reprises, d'après des journalistes de l'AFP.

Des habitants de Rangoun sont descendus dans la rue, défiant le couvre feu, et ont scandé : "Libérez les étudiants de SanChaung !".

La représentation de l'Union européenne en Birmanie a exhorté les forces de sécurité à autoriser les manifestants à "quitter la zone et à rentrer chez eux en sécurité".

L'ambassade des Etats-Unis a lancé un appel similaire.

"Je viens juste de m'échapper de Sanchaung. De nombreux jeunes sont toujours bloqués par la police et l'armée", a raconté Maung Saungkha, l'une des têtes d'affiche de la contestation, appelant "à l'aide" la communauté internationale.

Plus tôt dans la journée, trois manifestants ont été tués et plusieurs blessés.

Des images diffusées de Myitkyina (centre) sur les réseaux sociaux ont montré des contestataires inanimés et couverts de sang, l'un d'entre eux gisant face contre terre, une partie du crâne arrachée.

Une religieuse catholique en habit blanc, s'est mise à genoux dans la rue, suppliant la police de ne pas tirer.

- Les médias ciblés -

Les médias sont de plus en plus ciblés. Les forces de sécurité ont effectué un raid contre l'agence de presse Myanmar Now, emportant des ordinateurs, des serveurs de données et une imprimante, a déclaré à l'AFP son rédacteur en chef Swe Win.

"Nous sommes la première salle de rédaction attaquée par le régime. Nous travaillons dans la peur, mais la descente dans notre bureau confirme que la junte n'aura aucune tolérance pour les reportages sur ses crimes", a-t-il dit.

La licence de publication de ce média a ensuite été révoquée sur ordre du ministère de l'Information qui a fait de même pour d'autres organes de presse indépendants (Mizzima, DVB, Khit Thit et 7 Day), a annoncé la chaîne de télévision d'Etat MRTV.

La mobilisation contre la junte s'est poursuivie ce lundi fonctionnaires, agriculteurs et salariés du privé étant descendus en nombre dans les rues, en réponse à l'appel des principaux syndicats à intensifier la grève générale pour paralyser le pays et faire pression sur les militaires.

Des usines de textile, un secteur en plein essor avant le coup d'Etat, des magasins et les banques sont restés fermés.

La junte a pour sa part mis en garde les fonctionnaires : ceux qui n'auront pas repris le travail à partir de lundi seront licenciés.

Les appels à la grève, lancés dès les premières heures qui ont suivi le putsch, ont déjà eu un impact important sur de nombreux secteurs économiques avec des bureaux ministériels vides et des banques dans l'incapacité de fonctionner.

De nombreuses Birmanes ont rejoint les défilés, agitant des longyis (vêtements traditionnels féminins) pour célébrer la journée internationale des femmes.

- Raids nocturnes -

Les forces de sécurité ont été déployées dimanche soir dans Rangoun et ont mené des opérations pour prendre le contrôle de plusieurs hôpitaux publics de la ville.

L'ONG Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits de l'homme) a condamné l'occupation de ces établissements, se disant "consternée par cette dernière vague de violences".

Les médias d'Etat ont confirmé la prise en main de ces hôpitaux par les militaires.

Samedi, des raids nocturnes avaient visé des responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, plusieurs avaient été arrêtés et un représentant local du mouvement, Khin Maung Latt, tué.

Les députés qui ne reconnaissent pas la légitimité du coup d'Etat et ont créé un comité pour représenter le gouvernement civil se rendent coupables de "haute trahison", un crime passible de la peine de mort ou de 22 ans de détention, a averti la junte.

Plus de 50 manifestants ont été tués depuis le putsch qui a renversé la lauréate du prix Nobel de la paix 1991, a fait savoir l'ONU la semaine dernière.

Les médias d'Etat nient toute implication de la police et de l'armée dans la mort de civils, assurant qu'elles ont "dû contenir des émeutes en accord avec la loi".

Sollicitée, la junte n'a pas répondu aux multiples requêtes de l'AFP.

Responsables locaux, journalistes, militants, artistes : des centaines de personnes ont été interpellées depuis le putsch.

Face a la détérioration de la situation, des Birmans fuient.

Une cinquantaine, dont huit policiers qui refusaient de prendre part à la répression, ont gagné l'Inde voisine, à la frontière de laquelle des dizaines d'autres se sont massés.

Les généraux font la sourde oreille face au concert de protestations de la communauté internationale, divisée sur la réponse à apporter.

Le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas réussi vendredi à se mettre d'accord sur une déclaration commune et des négociations doivent se poursuivre cette semaine.

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