Birmanie: un mort et une vingtaine de disparus après un glissement de terrain dans une mine

Publié le à Rangoun (AFP)

Les secours s'activaient mercredi dans le Nord de la Birmanie après un glissement de terrain qui a fait au moins un mort et une vingtaine de disparus dans une mine de jade, une industrie très lucrative mais peu réglementée où les conditions de travail sont très dangereuses.

Les secouristes ont d'abord estimé à 70 à 100 personnes le nombre des disparus "dans un glissement de terrain qui s'est produit autour de 4 heures du matin" dans une mine de jade d'Hpakant, dans l'Etat Kachin, bilan revu ensuite à la baisse autour de 20 personnes.

"Nous avons envoyé 25 blessés à l'hôpital tandis que nous avons trouvé un mort", a déclaré Ko Nyi, un des secouristes, à l'AFP.

Environ 200 personnes participent aux recherches, certains à bord de bateaux, pour tenter de repêcher des corps sur un lac, a-t-il ajouté.

Les opérations vont continuer jusqu'à 17H00 (09H30 GMT) a précisé Ko Jack, de l'organisation des secouristes birmans.

Selon un militant local, des centaines de mineurs clandestins sont retournés à Hpakant pendant la saison des pluies pour prospecter dans les dangereuses mines à ciel ouvert, malgré l'interdiction de creuser imposée par la junte jusqu'en mars 2022.

"Ils creusent la nuit et le matin, ils déversent la terre et la roche" sur le flanc de la colline, a déclaré le militant, ajoutant que c'était sans doute le poids supplémentaire ainsi accumulé qui était à l'origine de l'accident.

La pression accrue a fait glisser le sol vers le lac, a également déclaré Ko Nyi.

Les photos publiées par les services d'incendie birmans montrent des dizaines de personnes alignées sur les rives du lac et des sauveteurs sortant de l'eau un objet non identifié.

Les services d'incendie, qui ont déclaré que des pompiers de Hpakant et de la ville voisine de Lone Khin participaient aux opérations de sauvetage, n'étaient pas joignables pour un commentaire.

L'accès aux mines situées dans le nord isolé du pays est fortement limité par l'armée et l'accès à Internet est instable.

Selon le journal local Kachin News, plus de 20 mineurs avaient été tués dans le glissement de terrain.

En Birmanie, des dizaines de mineurs meurent chaque année en travaillant dans des conditions dangereuses dans des carrières de jade, une industrie opaque et peu réglementée.

Les glissements de terrain sont fréquents dans cette région pauvre et difficile d'accès, aux allures de paysage lunaire tant elle a été altérée par les grands groupes miniers, au mépris de l'environnement.

A la suite d'un moratoire en 2016, beaucoup de grandes mines ont fermé et ne sont plus surveillées, permettant le retour de nombreux mineurs indépendants. Issus de communautés ethniques défavorisées, ces derniers opèrent quasi clandestinement dans des sites laissés à l'abandon par les pelleteuses.

De fortes pluies de mousson ont provoqué en 2020 la pire catastrophe de cette nature, avec 300 mineurs ensevelis après un glissement de terrain dans le massif d'Hpakant, le coeur de cette industrie, près de la frontière chinoise.

- Opaque et peu réglementé -

Le commerce de jade génère plus de 30 milliards de dollars par an, près de la moitié du Produit intérieur brut du pays.

Une très faible partie de cette manne financière finit dans les caisses de l'état birman, la plupart du jade de qualité étant passé en contrebande en Chine où la demande pour cette pierre, censée symboliser la prospérité, semble insatiable.

Ce commerce draine en revanche des fortunes pour les militaires qui contrôlent l'accès à la région de Hpakant depuis le début des années 1990 et détiennent de nombreuses concessions minières.

Autre acteur incontournable: l'Armée de l'indépendance Kachin (KIA), une faction rebelle en lutte depuis des décennies avec les militaires pour le contrôle des mines et des revenus qu'elles génèrent.

Tout le monde perçoit des pots-de-vin et le jade finance de nombreux conflits entre militaires et groupes ethniques dans la région et même au-delà.

Le coup d'Etat de février a anéanti toute chance d'aboutir à une réforme du secteur initiée sous Aung San Suu Kyi, a indiqué l'organisme de surveillance Global Witness dans un rapport publié en 2021.

"La catastrophe d'aujourd'hui est un rappel obsédant que les vies passent trop souvent après le profit dans les mines de jade de Hpakant", a déclaré à l'AFP Hanna Hindstrom, chargée de campagne Birmanie à Global Witness. "Une fois de plus, les mineurs paient le prix ultime."

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