Boris Johnson, du rêve du Brexit à ses réalités

Publié le à Manchester (Royaume-Uni) (AFP)

Il en rêvait, il l'a fait. Mais le Premier ministre britannique Boris Johnson se trouve à présent confronté aux réalités du Brexit, qu'il avait vanté comme le retour à un âge d'or pour le Royaume-Uni.

La sortie de l'Union européenne est venue aggraver l'un des effets de la pandémie de coronavirus: le manque de chauffeurs routiers, qui se traduit pour les Britanniques par des rayons de supermarchés clairsemés et des pompes vides dans certaines stations-service.

Face au manque de main-d'oeuvre dans de nombreux secteurs, le dirigeant conservateur de 57 ans assure que le Royaume-Uni se trouve dans une période de transition vers une économie dont "hauts salaires" et "hautes qualifications" sont les pierres angulaires.

Lors de son discours au congrès de son parti à Manchester mercredi, il est également attendu sur l'environnement, à moins d'un mois de la COP26 à Glasgow (Ecosse) et sur sa promesse de "nivellement" du pays au profit des régions plus défavorisées du nord.

Il promet aussi de "reconstruire en mieux" après la pandémie de Covid-19, maladie qui a failli lui coûter la vie au printemps 2020.

Alexander Boris de Pfeffel Johnson est né à New York le 19 juin 1964 dans une famille cosmopolite et férue de politique: son père Stanley fut député, son frère Jo, député et ministre et sa soeur Rachel, militante anti-Brexit.

Depuis tout petit, il veut être le "roi du monde", a confié Rachel à son biographe, Andrew Gimson.

- Citation inventée -

Aîné d'une fratrie de quatre, il suit le parcours fléché de l'élite britannique: Eton College puis l'université d'Oxford, où il étudie les lettres classiques.

Il se lance ensuite dans le journalisme au Times, qui le licencie au bout d'un an pour une citation inventée.

Le Daily Telegraph le repêche et l'envoie à Bruxelles, de 1989 à 1994. A coup d'outrances et d'approximations, il tourne les institutions européennes en ridicule.

Elu député en 2001, Boris Johnson ravit la mairie de Londres aux travaillistes en 2008. Il y reste huit ans et en profite pour se tailler une stature internationale, aidé par les jeux Olympiques de 2012.

En 2016, il choisit le camp du Brexit au dernier moment.

"Il pensait qu'il allait perdre et c'est pour cela qu'il a fait ce choix", a affirmé l'ex-Premier ministre conservateur David Cameron. "Il ne voulait pas renoncer à l'occasion d'être du côté romantique, patriotique et nationaliste du Brexit".

En 2016, pendant la campagne du référendum sur le Brexit, il promet au Royaume-Uni débarrassé des "entraves" de l'UE un avenir florissant, où il contrôlera son immigration et récupèrera les millions versés à Bruxelles pour les consacrer à son système de santé --un engagement basé sur un chiffre faux.

Le Brexit voté, Downing Street semble lui tendre les bras, mais il doit renoncer, trahi par son ami Michael Gove qui se met sur les rangs avant lui en le proclamant inapte. Il récolte les Affaires étrangères dans le gouvernement formé par Theresa May.

Il s'illustre par plusieurs gaffes et lance un très remarqué "Fuck business", lors d'une réunion de diplomates, en réponse aux angoisses de la City face à la perspective d'un Brexit sans accord.

- "Beaucoup de travail" -

Profitant de l'incapacité de Theresa May à faire adopter par les députés son accord de sortie de l'UE, il prend sa place en juillet 2019 et convoque des législatives anticipées.

Sous le simplissime slogan "Réalisons le Brexit", il décroche dans un pays lassé par les divisions et les atermoiements la plus large majorité conservatrice depuis Margaret Thatcher, dans les années 1980.

Sa vie sentimentale est elle aussi haute en couleur: après deux divorces et cinq enfants, il a épousé fin mai Carrie Symonds, une spécialiste en communication de 24 ans sa cadette, avec laquelle il a eu un fils en avril. Le couple attend un deuxième enfant.

"C'est beaucoup de travail", "mais j'adore ça", a-t-il récemment déclaré, "je change beaucoup de couches".

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