Brésil: 21 morts lors d'un raid policier dans une favela de Rio

Publié le à Rio de Janeiro (AFP)

Au moins 21 personnes ont été tuées mardi lors d'une nouvelle opération policière sanglante à Rio de Janeiro, un an après le raid le plus meurtrier de l'histoire de la ville, qui avait déjà fait 28 morts.

À la mi-journée, le bilan provisoire de la police s'élevait à 11 morts, mais il a pratiquement doublé en quelques heures, de nombreux cadavres ayant été transportés dans l'après-midi vers un hôpital tout proche, selon un photographe de l'AFP.

Les autorités sanitaires de l'Etat de Rio ont confirmé la présence de 20 corps à l'hôpital Getulio Vargas, qui a également reçu sept blessés.

Ce bilan ne prend pas en compte la mort d'une habitante de la favela de Vila Cruzeiro atteinte par une balle perdue l'ayant tuée sur le coup, selon la police, qui assure qu'au moins 11 victimes étaient des "suspects".

La police militaire, qui mène fréquemment ce genre d'opérations matinales dans les favelas de Rio contre les narcotrafiquants, assure avoir été accueillie par des tirs alors qu'elle entamait une opération destinée à "localiser et capturer des criminels cachés" à Vila Cruzeiro.

"C'était une opération prévue depuis des semaines, mais nous avons identifié des déplacements de criminels pendant la nuit et nous avons décidé d'intervenir", a expliqué le colonel Luiz Henrique Marinho Pires, qui a précisé que les suspects s'apprêtaient à fuir vers une autre favela.

Il a également révélé qu'un hélicoptère utilisé par les policiers lors de l'opération avait été atteint par plusieurs balles.

- Aucune arrestation -

L'opération, qui a débuté vers 4h00 du matin (7h00 GMT) visait mardi particulièrement le "Comando Vermelho" (commando rouge), l'une des principales factions criminelles du Brésil "responsable de plus de 80% des fusillades à Rio", a déclaré un porte-parole de la police à TV Globo.

Treize fusils d'assaut, quatre pistolets, vingt motos et dix voitures ont été saisis lors de l'opération, mais la police n'a pas fait état de la moindre arrestation.

La fusillade la plus intense a eu lieu à l'aube dans la partie haute de la favela, au sommet d'une colline où la forêt tropicale est barrée d'un chemin de terre.

Certains suspects auraient été abattus dans la forêt, ce qui expliquerait qu'un grand nombre de corps ont été retrouvés plus tard dans la journée.

En 2010, des images de dizaines d'individus armés fuyant par ce chemin de terre en pleine journée lors d'une opération policière de grande envergure avaient fait le tour du monde.

Vila Cruzeiro, favela située non loin de l'aéroport international de Rio, avait déjà été le théâtre d'un autre affrontement violent en février, quand huit personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre.

En mai 2021, une opération policière dans la favela de Jacarezinho, à environ 10 km de Vila Cruzeiro, avait fait 28 morts, dont un policier, le bilan le plus lourd de l'histoire de la ville.

- Pas de caméras sur les uniformes -

"Encore un massacre. Les écoles fermées, des milliers de personnes terrorisées. C'est la faillite de tous les plans de réduction (de la violence policière), la politique d'extermination suit son cours à Rio", a tweeté le conseiller municipal de gauche Tarcisio Motta.

Lors de ces opérations musclées de la police militaire de Rio, des habitants et militants associatifs dénoncent souvent des bavures ou des exécutions extrajudiciaires de suspects, des exactions la plupart du temps impunies.

"Ces opérations dans les favelas mettent en péril toute la population et empêchent le fonctionnement des services publics. Nous savons qu'elles ne seraient jamais tolérées dans des quartiers chics", explique à l'AFP Guilherme Pimentel, auditeur de la Défense publique, qui fournit une assistance juridique aux plus démunis.

La police brésilienne est l'une de celles qui tue le plus au monde, avec plus de 6.100 morts en 2021, soit 17 par jour en moyenne.

Les policiers de Rio étaient censés porter des caméras-piétons sur leurs uniformes à partir de ce mois de mai, mais l'utilisation de ce matériel a été reportée en raison de retards de livraison, selon la presse locale.

Au-delà de l'utilisation des caméras, les experts en sécurité préconisent l'abandon de la logique de confrontation permanente dans la lutte contre le trafic de drogue, pour s'attaquer plutôt aux ressources financières des factions criminelles.

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