Brésil: Daniel Silveira, le nouveau héros du bolsonarisme

Publié le à Brasilia (AFP)

L'extrême droite brésilienne a un nouveau héros: Daniel Silveira, député tout en muscles et ultra-provocateur que le président Jair Bolsonaro a gracié après une condamnation de la Cour suprême pour des propos antidémocratiques.

Dimanche, cet ancien policier de 39 ans a été acclamé comme une rock star lors d'une manifestation pro-Bolsonaro le long de la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro.

Le même jour, lors d'une autre manifestation à Niteroi, en banlieue de Rio, il était flanqué d'un sosie brésilien de Jacob Anthony Chansley, le complotiste aux cornes de bison qui avait envahi le Capitole à Washington en janvier 2021.

Le parlementaire, lui, était vêtu d'un simple jean et d'un t-shirt moulant mettant en valeur ses épais biceps. Crâne rasé et regard sombre, il peut intimider avec sa mine patibulaire.

Ses menaces envers les juges de la Cour suprême, à qui il souhaitait de "se faire tabasser dans la rue" dans une vidéo, lui ont valu il y a deux semaines une peine de huit ans de prison ferme.

Mais Jair Bolsonaro lui a accordé sa grâce présidentielle le lendemain, au nom de la liberté d'expression.

- "Importance symbolique" -

En matière de provocations, Daniel Silveira n'en était pas à son coup d'essai.

En 2018, lors d'un meeting de campagne, il avait été filmé en train de briser une plaque en hommage à Marielle Franco, conseillère municipale de gauche assassinée quelques mois plus tôt.

Ça ne l'a pas empêché de se faire élire au Parlement, surfant sur la vague antisystème qui a permis à Jair Bolsonaro de remporter la présidentielle.

Dans l'hémicycle, il troque ses t-shirts pour des costumes cintrés, avec néanmoins un détail qui attire l'oeil: une broche avec deux pistolets sur le revers de sa veste.

À Brasilia, Daniel Silveira, parlementaire de droite novice, avait peu d'influence et n'avait pas vraiment ses entrées au palais présidentiel de Planalto.

"L'importance de Silveira est surtout symbolique", explique à l'AFP André Cesar, analyste politique du cabinet de consultants Hold.

Daniel Silveira avait pris une autre dimension en février 2021, avec la publication d'une vidéo truffée d'insultes contre la Cour suprême, notamment le juge Alexandre de Moraes, une des cibles préférées des bolsonaristes.

Morceau choisi: "Il faudrait que le peuple entre dans la Cour suprême, prenne Moraes par le cou et enfonce son crâne d'oeuf dans une poubelle".

Peu après la mise en ligne de cette vidéo, le juge Moraes avait ordonné l'arrestation du député, qui a ensuite été assigné à résidence, puis remis en liberté en l'attente de son jugement.

Mais Daniel Silveira avait encore fait parler de lui en mars dernier, en se barricadant dans son bureau du Parlement pour éviter la pose d'un bracelet électronique.

En tant que policier, il était déjà loin d'être l'agent modèle: en six ans de carrière, il a accumulé selon la presse brésilienne plus de 60 sanctions pour insubordination ou mauvaise conduite.

Malgré ce lourd passif, ce natif de Petropolis, ville montagneuse située à 60 km de Rio, a été érigé par les bolsonaristes au rang de martyr de la liberté d'expression.

- "Coup de marketing" -

"Auparavant, on libérait des délinquants et personne ne se plaignait. Moi, je libère des innocents", a lancé le chef de l'Etat pour justifier sa grâce présidentielle.

Lors d'une cérémonie au palais de Planalto, Daniel Silveira a posé tout sourire, brandissant comme un trophée la copie du décret de grâce.

En prenant cette décision controversée, le président d'extrême droite a engagé un nouveau bras de fer avec la Cour suprême, qui a ouvert plusieurs enquêtes contre lui, notamment pour dissémination de fausses informations.

La haute cour ne s'est toujours pas prononcée sur le cas Silveira depuis que le député a été gracié, en dépit des nombreux recours présentés par l'opposition.

Pour André César, cette grâce est avant tout "un coup de marketing" pour remobiliser les partisans les plus extrémistes de Jair Bolsonaro, à cinq mois de la présidentielle.

Avec ses multiples provocations, le président est passé maître dans l'art de "détourner l'attention des vrais problèmes du pays, comme le Covid il y a quelques mois et la situation économique calamiteuse aujourd'hui", renchérit Paulo Calmon, politologue de l'Université de Brasilia.

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