Burkina: vive tension à Ouagadougou où la police disperse des manifestants anti-pouvoir

Publié le à Ouagadougou (AFP)

La situation était très tendue samedi à Ouagadougou où les forces de sécurité burkinabè ont dispersé plusieurs centaines de manifestants réclamant le départ du président Marc Roch Christian Kaboré, accusé d'être "incapable" d'enrayer la violence jihadiste.

Les policiers anti-émeutes ont tiré du gaz lacrymogène pour empêcher les manifestants de se rassembler place de la Nation, dans le centre de la capitale burkinabè quadrillé par un important dispositif de sécurité et où tous les commerces étaient fermés, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, des jeunes en colère ont érigé des barricades de fortune et incendié des pneus pour empêcher gendarmes et policiers de venir disperser d'autres rassemblements.

Certains d'entre eux ont brûlé des pneus devant le siège du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), et s'en sont pris à des journalistes, dont une de l'AFP.

"Je suis allée au siège du MPP avec une consœur suite à des rumeurs disant que le siège avait été brûlé par des manifestants, la foule nous a foncé dessus, jeté des cailloux, ils ont voulu bloquer notre voiture en criant +la France, on veut pas de vous+", a raconté Olympia de Maismont, collaboratrice photo et video de l'AFP au Burkina Faso.

"On a réussi à s’échapper mais c’était à la seconde près", a-t-elle ajouté.

Ces rassemblements de manifestants qui dénoncent "l'incapacité" du président Roch Marc Christian Kaboré à faire face à la violence jihadiste qui ravage le Burkina depuis 2015, avaient été interdits par la mairie de Ouagadougou.

- "Gouvernement incompétent" -

L'un des manifestants, Fabrice Sawadogo, un jeune de 28 ans, a affirmé qu'"après sept ans d'incapacité face aux attaques terroristes qui nous endeuillent chaque jour, il est temps de demander le départ du régime". "Nous n'avons pas à négocier avec un gouvernement incompétent qui doit admettre qu'il a échoué", a-t-il affirmé.

Des manifestations ont également eu lieu dans d'autres villes du Burkina, en particulier à Bobo Dioulasso (ouest), la seconde du pays, où des manifestants ont également été dispersés par les forces de l'ordre à l'aide de gaz lacrymogène.

La Coalition du 27 novembre, regroupant trois organisations de la société civile, avait appelé "l’ensemble des Burkinabè à sortir massivement" samedi "dans une ambiance pacifique, pour dénoncer l’insécurité grandissante et exiger le départ du chef de l’Etat", Roch Marc Christian Kaboré.

La situation "très chaotique" au Burkina Faso est "marquée par une sécurité en lambeau", selon le porte-parole de la coalition, Moussa Konaté.

"Nous sommes dans un contexte d'insécurité que tout le monde dénonce. On ne devrait pas entreprendre des marches dont on ne voit véritablement pas la plateforme revendicative", avait rétorqué Benewende Sankara, ministre de l'Habitat, dénonçant au nom de la majorité présidentielle des "manifestations inopportunes".

- Internet mobile coupé -

D'autres mouvements de la société civile ont appelé à se démarquer de ces manifestations pour "ne pas être complices de ceux qui veulent jeter le chaos dans le pays".

Alors que la colère grandit au Burkina Faso, le gouvernement a "décidé de prolonger la suspension de l'internet mobile pour une durée de 96H à compter de mercredi", sur l'ensemble du territoire national, après une précédente interruption de quatre jours pour "raison de sécurité".

Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et à l'État islamique.

Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l'est du pays.

L'attaque le 14 novembre d'un détachement de gendarmerie à Inata (nord) qui avait auparavant appelé à l'aide - l'une des plus meutrières contre les forces de sécurité en six ans - a profondément choqué les Burkinabè: au moins 57 personnes, dont 53 gendarmes, ont été tuées par des jihadistes armés.

"Nous devons mettre fin aux dysfonctionnements inacceptables qui sapent le moral de nos troupes combattantes et entravent leur efficacité dans la lutte contre les groupes armés terroristes", a déclaré jeudi soir le président Kaboré, des paroles souvent répétées qui ne convainquent plus dans le pays.

Parfois mêlées à des affrontements intercommunautaires, les violences jihadistes ont fait depuis six ans environ 2.000 morts et contraint 1,4 million de personnes à fuir leur foyer.

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