"Ça suffit !": à l'appel des partis, la France mobilisée contre l'antisémitisme

Publié le à Paris (AFP)

Edouard Philippe en tête, plus de la moitié du gouvernement et de nombreux représentants de la classe politique participeront mardi à des rassemblements en France contre la hausse des actes antisémites, dont celui ayant visé l'académicien Alain Finkielkraut en marge du mouvement des "gilets jaunes".

Ces manifestations, dont la principale se tiendra place de la République à Paris à 19H00, sont la suite d'un appel signé par une vingtaine de partis, à l'initiative du premier secrétaire du PS Olivier Faure. Le Rassemblement national de Marine Le Pen, qui n'a pas été invité par M. Faure, a annoncé lundi qu'il organiserait un hommage de son côté.

Face à une recrudescence des actes antisémites en 2018, M. Faure a souhaité que les partis eux-mêmes s'emparent du flambeau de la lutte contre l'antisémitisme, plutôt que les représentants de la communauté juive. Au total, 541 actes antisémites ont été recensés en 2018, un chiffre en hausse de 74% sur un an mais qui reste inférieur au dernier pic de 2014 (851) et de 2004 (974).

"Tout est né du fait que je ne voulais pas que ce soit une affaire de juifs, mais une affaire de Français", explique à l'AFP le député de Seine-et-Marne.

Le grand rabbin Haïm Korsia, avec qui M. Faure a discuté avant de lancer son appel, approuve la démarche. "C'est un sursaut républicain", salue-t-il. "Ca fait des années qu'on demande que la société civile se saisisse de l'antisémitisme, donc je ne peux qu'être content", commente à l'unisson le président du Consistoire Joël Mergui. Même s'il regrette que les participants ne disent pas également "non à l'antisionisme".

De nombreuses personnalités ont annoncé leur venue, dont l'ancien président François Hollande, l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve, le président de LR Laurent Wauquiez, celui de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, les responsables syndicaux Laurent Berger (CFDT) et Philippe Martinez (CGT).

- LFI présente mais pas le RN -

Le président de la République Emmanuel Macron, qui a vivement dénoncé les actes antisémites et qui s'exprimera mercredi soir au dîner du CRIF, ne participera cependant pas au rassemblement organisé à Paris, malgré l'appel en ce sens lancé par M. Faure.

Un doute a brièvement régné sur la participation de La France insoumise, qui ne faisait pas partie de la liste des premiers signataires de l'appel jeudi.

Contacté via Telegram, le chef de file des députés LFI Jean-Luc Mélenchon n'a d'abord pas répondu à l'appel de M. Faure. Auprès de l'AFP, il avait expliqué ne pas avoir reçu de "courrier".

Une version qui ne convainc pas M. Faure. "Je sais qu'ils ont eu le débat entre eux, ils ne l'ont pas tranché dans un premier temps", explique-t-il.

Pour le député PS, M. Mélenchon n'est "à l'évidence" pas antisémite. Mais "peut-être par souci tactique, par volonté de séduire des gens dont il peut penser qu'ils peuvent avoir des accointances avec l'antisémitisme, cela peut l'amener à commettre ces faux pas", a-t-il affirmé sur BFMTV lundi soir, dans une allusion aux "gilets jaunes".

Le mouvement protéiforme a de nouveau été accusé samedi d'avoir dans ses rangs des personnes antisémites, après les insultes proférées samedi à l'encontre du philosophe Alain Finkielkraut, en marge d'une manifestation à Paris.

Plusieurs "gilets jaunes", Maxime Nicolle et Jérôme Rodrigues notamment, ont rappelé qu'ils étaient "contre le racisme" et "l'antisémitisme". Un groupe de "gilets jaunes" a aussi annoncé sa venue place de la République, celui des "Gilets jaunes citoyens" emmenés par Thierry Paul Valette.

Le Rassemblement national, lui, n'en sera pas. Dans un communiqué, le parti de Marine Le Pen explique qu'il "n'entend pas défiler aux côtés de formations et de dirigeants politiques qui, soit n'ont rien fait depuis trente ans contre l'implantation des réseaux islamistes dans les quartiers, soit les ont encouragés, soit même entretiennent à leur égard un double langage irresponsable et criminel".

"Le choix fait d'exclure l'extrême droite est lié à leur histoire, à leur présent aussi. Je ne me vois pas signer avec Marine Le Pen, alors même qu'elle soutient Jair Bolsonaro, Matteo Salvini, Viktor Orban, Sebastian Kurz", s'est défendu M. Faure auprès de l'AFP.

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