Cachemire indien: neuf morts dans une fusillade entre armée et insurgés

Publié le à Srinagar (Inde) (AFP)

Neuf personnes sont mortes lundi au Cachemire indien dans une opération militaire contre des insurgés, en riposte à l'attentat qui a tué 41 paramilitaires dans la région la semaine dernière et exacerbé les tensions indo-pakistanaises.

Les forces indiennes ont déclenché une chasse à l'homme pour retrouver les rebelles soupçonnés d'avoir fomenté l'attentat suicide de jeudi contre des paramilitaires qui rentraient de congés. Cette attaque est la plus meurtrière depuis le début de l'insurrection séparatiste contre New Delhi, fin 1989, dans cette région himalayenne à majorité musulmane, disputée avec le Pakistan.

Tôt lundi, les forces de sécurité ont mené un raid contre une cache rebelle présumée dans le district de Pulwama où s'est produit l'attentat, à une trentaine de kilomètres au sud de Srinagar, la grande ville de la vallée du Cachemire.

Quatre soldats, un policier, trois rebelles du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JeM) - basé au Pakistan et qui a revendiqué l'attentat - ainsi qu'un civil sont morts dans l'échange de feu entre armée et insurgés qui a suivi, d'après des sources policières et militaires.

Six responsables militaires et un policier ont été blessés dans ces combats qui ont duré plusieurs heures, a indiqué un responsable de la police à l'AFP.

Selon des médias locaux, l'un des rebelles tués est Abdul Rashid Gazi, un Pakistanais dont le rôle dans l'attaque de jeudi intéresse les enquêteurs.

L'Inde accuse de longue date le Pakistan de soutenir en sous-main les infiltrations et la rébellion armée, ce qu'Islamabad a toujours démenti. Les deux nations ont rappelé leur ambassadeur respectif pour "consultations".

"La cruelle attaque terroriste de Pulwama montre que le temps de la discussion est fini", a déclaré le Premier ministre indien Narendra Modi.

L'attentat à la voiture piégée, qui a frappé un convoi transportant quelque 2.500 paramilitaires de la Central Reserve Police Force (CRPF), a soulevé une vague de colère à travers l'Inde. Rassemblements et commentateurs de télévision ont appelé à la vengeance.

Dimanche, des manifestants à New Delhi ont brûlé des effigies de responsables pakistanais et de JeM. Des agressions de Cachemiris se sont produites dans plusieurs villes de cette nation de 1,25 milliard d'habitants.

De nombreux magasins sont restés fermés lundi en Inde en signe de protestation contre l'attentat. Des stades de cricket ont retiré les portraits d'Imran Khan, vedette du cricket aujourd'hui Premier ministre du Pakistan.

- 'MBS' en visite -

La ville de Jammu, située dans la partie sud du Cachemire, zone à majorité hindoue alors que la vallée de Srinagar est à majorité musulmane, a connu lundi son quatrième jour de couvre-feu.

Suite à l'attentat, des groupes y avaient attaqué et incendié des propriétés de musulmans cachemiris. Des milliers d'habitants de la ville ont trouvé refuge dans des poches à prédominance musulmane.

Région de l'Himalaya revendiquée par l'Inde et le Pakistan depuis la fin de la colonisation britannique en 1947, le Cachemire est divisé de facto entre ces frères ennemis d'Asie du Sud. Les forces indiennes dans la partie sous contrôle de New Delhi sont estimées à un demi-million d'hommes, ce qui en fait l'une des zones les plus militarisées du monde.

Cet attentat intervient à un moment délicat pour le gouvernement Modi, qui briguera un second mandat à l'occasion des élections législatives attendues pour avril-mai.

Les observateurs escomptent toutefois que l'Inde retiendra sa réplique dans l'immédiat, pour ne pas interférer avec la venue dans la région du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, attendu pour une visite d'Etat en Inde mardi et mercredi.

New Delhi comme Islamabad sont soucieux de maintenir de bonnes relations avec l'Arabie saoudite, l'un des principaux producteurs mondiaux de pétrole.

En 2016, en représailles à l'attaque meurtrière d'une base militaire indienne par un commando islamiste, le Premier ministre indien avait ordonné une série de raids commandos le long de la ligne de cessez-le-feu au Cachemire.

Ces "frappes chirurgicales" avaient été volontairement rendues publiques et sont mises en avant par le gouvernement nationaliste hindou pour présenter Narendra Modi en homme fort de l'Inde. Elles ont même fait l'objet d'un film sorti récemment.

"Quelles que soient les représailles de l'Inde, ce sera symbolique. Cela n'aura pas vraiment d'impact", a estimé Ajay Sahni, directeur exécutif de l'Institute for Conflict Management de New Delhi.

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