Catherine Samba Panza, une battante et une femme de dialogue

Publié le à Bangui (AFP)

Catherine Samba Panza, maire de Bangui élue lundi présidente de transition, est - sous des dehors avenants - une femme de caractère mais aussi de dialogue, entrée en politique il y a dix ans déjà pour réconcilier des Centrafricains divisés par un coup d'Etat.

De par ses origines familiales, la première femme à occuper ce poste en Centrafrique incarne aussi la diversité de la population centrafricaine et la cohabitation, jusqu'à récemment sans problèmes majeurs, entre des communautés de religions et d'origines différentes.

Cette coexistence pacifique a volé en éclats ces derniers mois avec la spirale de violences intercommunautaires puis interreligieuses déclenchée par les exactions sans fin de combattants issus de la coalition rebelle Séléka ayant porté au pouvoir en mars 2013 Michel Djotodia.

Catherine Samba Panza est née le 26 juin 1954, au Tchad, de père camerounais et de mère centrafricaine. Après des études de droit, elle crée une société de courtage en assurances, dans un pays miné par la corruption et peu propice aux affaires. De là vient sans doute son "hostilité à la corruption", que soulignent ceux qui la côtoient.

Dans la capitale, on la décrit volontiers comme quelqu'un de "très rigoureux" qui ne "cède pas facilement aux injonctions du pouvoir", sous des apparences de femme douce, au visage rond et souriant.

"C'est quelqu'un qui vient du privé, qui bosse", commentait lundi une source occidentale dans la ville: "avec elle on aura vraiment une perspective de travail".

Militante des droits des femmes et des victimes

Parallèlement à son activité professionnelle, elle s'engage dans le militantisme, au sein de l'Association des femmes juristes de Centrafrique (AFJC). Elle s'y bat pour promouvoir la présence des femmes à des postes qualifiés et les droits des victimes des violences dans un pays où coups d'Etat, rébellions, mutineries s'enchaînent depuis l'indépendance de la France en 1960.

Ce parcours de militante l'entraîne dans l'arène politique en 2003. La Centrafrique est alors encore en pleine crise après le renversement du général André Kolingba par François Bozizé, lui-même renversé en mars par Michel Djotodia.

Pour calmer les esprits, M. Bozizé organise alors "un dialogue politique national". Catherine Samba Panza est nommée à la vice-présidence de cette variante d'une conférence nationale.

Elle s'y illustre aux yeux des Centrafricains en réussissant le tour de force à réconcilier l'ancien président David Dacko (renversé en 1981 par un coup d'Etat du général Kolingba) et le Premier ministre de l'époque Abel Goumba, ennemis politiques jurés depuis l'indépendance.

Ce succès inattendu lui vaut d'être propulsée sous les projecteurs. Elle en retire aussi une connaissance très fine des arcanes de la classe politique de son pays et de ses incessants retournements d'alliances.

Observatrice attentive et informée des années Bozizé, elle est dans la foulée de son renversement nommée maire de la capitale par décret du nouveau président Michel Djotodia.

Ou selon le titre exact, et comme ses prédécesseurs "présidente de la délégation spéciale de la ville de Bangui", avec pouvoirs de maire. Puisque depuis l'abolition du régime du parti unique, au tout début des années 90, il n'y a plus eu d'élections municipales en Centrafrique.

Mariée, mère de trois enfants, elle assiste - révulsée - au fil des mois, à la descente aux enfers de son pays qui bascule dans le chaos et les tueries de masse.

Depuis la mairie, elle pousse milices chrétiennes anti-balaka et ex-rebelles Séléka au dialogue, demandant aux deux camps de désigner des représentants. Ses démarches lui ont permis en décembre, au plus fort des tueries, d'obtenir la libération d'au moins cinq civils musulmans, retenus captifs par des anti-balaka et menacés de mort.

A peine élue, ses premiers mots ont d'ailleurs été lundi un appel "vibrant" aux deux camps à déposer les armes.

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