Chine: la journaliste australienne Cheng Lei face à ses juges

Publié le à Pékin (AFP)

Elle risque la perpétuité. Cheng Lei, une journaliste australienne, a comparu jeudi devant la justice chinoise pour "divulgation de secrets d'Etat à l'étranger", un sort inattendu pour cette ex-présentatrice d'un organe de propagande de Pékin.

Après 18 mois de détention, dont les sept premiers au secret, le sort de cette mère de deux enfants se conjugue avec l'évolution des relations entre Pékin et Canberra, tombées au plus bas ces dernières années.

Son procès pour "activités criminelles mettant en danger la sécurité nationale" s'est déroulé à huis clos devant le tribunal intermédiaire populaire numéro deux de Pékin, qui n'a pas communiqué sur l'audience.

"Le verdict a été reporté à plus tard", a fait savoir depuis Canberra la ministre australienne des Affaires étrangères, Marise Payne.

A l'heure prévue du début de l'audience, l'ambassadeur d'Australie, Graham Fletcher, a dénoncé à la porte du tribunal un procès "tenu en secret".

"On nous a refusé l'accès à l'audience. C'est profondément préoccupant, insatisfaisant et très regrettable", a-t-il lancé. "On ne saurait avoir confiance dans la validité d'un processus judiciaire tenu en secret".

M. Fletcher a expliqué que les autorités avaient invoqué la "sécurité nationale" pour lui interdire l'accès au tribunal. "Mais nos accords consulaires stipulent que nous devons pouvoir assister à n'importe quel type de procès", a-t-il protesté.

Il a indiqué n'avoir aucune information sur les charges qui pèsent contre Mme Cheng.

"Cela est en partie à l'origine de notre inquiétude: rien ne nous permet de comprendre pourquoi elle est en détention", a souligné l'ambassadeur.

Des critiques balayées par Pékin: l'Australie "doit respecter la souveraineté judiciaire de la Chine et ne pas s'ingérer dans le fonctionnement des organes judiciaires chinois", a déclaré devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

- "Obéir aux ordres" -

Née en Chine en 1975, Cheng Lei a émigré en Australie dans son enfance avant de retourner dans son pays de naissance et d'être embauchée par la télévision publique chinoise en 2012.

Son franc-parler a pu jouer contre elle, dans un pays où le Parti communiste au pouvoir ne tolère pas la contestation.

"Le point fort de l'éducation à l'australienne (...) c'est qu'elle ne se contente pas de vous apprendre à obéir aux ordres", déclarait-elle dans un portrait diffusé par sa chaîne où elle officiait en anglais.

Cette biographie et ses émissions ont, depuis son arrestation, disparu du site de la chaîne CGTN qui retransmet à l'étranger le point de vue de Pékin.

Visage connu de l'antenne, Mme Cheng y réalisait notamment des interviews de chefs d'entreprises du monde entier.

La détention de la journaliste avait marqué une nouvelle étape de la détérioration des relations entre la Chine et l'Australie, vue par Pékin comme un pion des Etats-Unis dans la région Asie-Pacifique.

Les liens se sont particulièrement tendus lorsque Canberra a réclamé une enquête internationale sur l'origine du coronavirus, détecté pour la première fois en Chine fin 2019.

L'arrestation de Cheng Lei avait provoqué le départ précipité et rocambolesque de Chine de deux journalistes australiens craignant à leur tour d'être arrêtés.

Bill Birtles, alors correspondant à Pékin de la chaîne de télévision australienne ABC, et Michael Smith, ex-correspondant à Shanghai de l'Australian Financial Review (AFR), s'étaient réfugiés plusieurs jours dans des locaux diplomatiques, avant de quitter la Chine accompagnés de diplomates de leur pays.

Quelques mois plus tard, une employée chinoise de l'agence financière Bloomberg, Haze Fan, avait à son tour été placée en détention, soupçonnée de "menace à la sécurité nationale". Elle n'a pas été relâchée et son employeur n'a pas d'information sur son sort.

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