Colombie: Hernandez en son fief, entre scandales et plébiscite

Publié le à Bucaramanga (Colombie) (AFP)

Dans ce quartier pauvre de Bucaramanga, dans le nord de la Colombie, on s'en souvient comme si c'était hier: en 2015, le candidat à la mairie Rodolfo Hernandez, un ingénieur millionnaire, promettait des logements gratuits pour tous s'il était élu. Aujourd'hui, il concourt pour le second tour de la présidentielle du 19 juin.

En 2015, l'opération avait réussi pour le candidat Hernandez, qui avait remporté la mairie, notamment grâce à ces lettres promettant des logements gratuits.

"Tout le monde était content de ses lettres et les a gardées. J'en ai encore une", se souvient Paulina Figueroa, femme au foyer à El Pablon.

Quatre ans plus tard cependant, l'édile quittait ses fonctions sans avoir construit aucune des maisons promises.

C'était "une promesse de plus non tenue par un politicien de pacotille!", fustige Jaime Nuñez, qui avait alors convaincu une cinquantaine d'autres personnes de voter pour "l'ingénieur".

Aujourd'hui, il vit "à l'étroit et en location".

Paulina, elle, paie 150 dollars par mois, soit la moitié de ses revenus mensuels, pour un prêt contracté pour acheter une masure à El Pablon.

"Rodolfo n'a fait que mentir, et maintenant il va devenir président?", critique-t-elle.

"Preuves" en main, le sergent retraité Saul Ortiz dénonce, lui, l'"escroquerie" dont ont été victimes une centaine de familles de militaires qui ont acheté des maisons à l'entreprise de construction d'Hernandez.

En 1995, ils ont commencé à payer, mais l'entreprise a fini par demander 50% de plus que le prix initial. "La majorité des propriétaires ont perdu" leur maison car ils ne pouvaient pas payer, accuse M. Ortiz.

Les maisons ont aussi été construites trop près de la rivière. "Le quartier a été complètement inondé, il y avait des tonnes de boue, les gens ont tout perdu et n'ont pas été dédommagés".

Un mur est actuellement en construction pour protéger le quartier, des travaux pris en charge par l'Etat pour 760.000 dollars.

M. Hernandez "n'est pas celui qu'il prétend être (...). Il n'est qu'un autre membre corrompu de cette classe politique qui a plongé la Colombie dans la pauvreté", s'agace le sergent.

- "Bonne personne" -

L'ex-maire de 77 ans, qui à la surprise générale affrontera le sénateur de gauche Gustavo Petro au second tour de la présidentielle le 19 juin, n'en reste pas moins populaire dans son fief, où il a recueilli 64% des voix le 29 mai.

Son sourire s'affiche dans toutes les rues de la ville de 500.000 habitants où son entreprise familiale, HG Constructora, a débuté son activité dans les années 1970. Elle pèse désormais 100 millions de dollars, selon son dirigeant, et a construit 18.000 logements dans le pays et en Equateur.

Dans sa ville, on le loue pour son audace politique comme pour avoir assaini les finances publiques. On se souvient qu'il donnait son salaire de maire à des oeuvres sociales, on se rappelle de ses interventions quotidiennes sur Facebook pour rendre compte de sa gestion.

"C'est une personne qui a très bien fait les choses, même si les conseillers municipaux lui ont fait la guerre", assure Abel, chauffeur de taxi de 47 ans qui a voté pour lui.

"C'est une personne qui sait comment faire avancer une entreprise, cela me suffit. Depuis qu'il est enfant, on lui a appris à travailler, c'est ce que nous voulons pour le pays", tranche-t-il.

"Rodolfo s'est opposé à une classe politique corrompue qui asservissait pratiquement la ville (...) C'est pour cela que les gens l'aiment", explique l'ingénieur Félix Jaimes, son conseiller pendant son mandat (2016-2019).

C'est précisément en représailles à sa lutte contre la bureaucratie que les vieilles élites du conseil municipal ont bloqué son projet de 20.000 logements gratuits promis pendant sa campagne, assure le conseiller.

Pourfendeur de la corruption, le candidat est lui-même dans le collimateur de la justice pour "intérêt indu" en faveur de tiers dans un contrat lorsqu'il était maire.

L'un de ses trois fils est mis en cause dans cette affaire pour avoir reçu 200.000 dollars pour intercéder en faveur d'une entreprise intéressée par la gestion des ordures de la ville.

Cecilia Suarez, 97 ans, la mère du candidat, balaie les accusations.

"Laissez les dire ce qu'ils veulent", dit-elle dans l'arrière-cour de sa maison.

D'origine paysanne, elle a appris à son fils à "être honorable avec les gens", surtout les plus pauvres. "Je lui ai appris à ne pas être un politicien mais une bonne personne", dit-elle à l'AFP.

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