Colombie: les pourparlers avec l'ELN enterrés après l'attentat de Bogota

Publié le à Bogota (AFP)

Le président colombien Ivan Duque a enterré vendredi le dialogue de paix avec l'ELN, en réactivant les mandats d'arrêts visant les négociateurs de la guérilla, au lendemain de l'attentat meurtrier de Bogota attribué à cette rébellion.

"Aujourd'hui, j'ai ordonné (...) la levée de la suspension des mandats d'arrêts des 10 membres de l'ELN qui font partie de la délégation de ce groupe à Cuba et j'ai révoqué la résolution créant les conditions de leur séjour dans ce pays", a déclaré M. Duque dans la soirée, en référence aux pourparlers délocalisés à La Havane, au point mort depuis août.

Ce président de droite exige de l'Armée de libération nationale (ELN) qu'elle libère ses otages, dont le nombre est évalué à 17, et cesse toutes ses activités criminelles avant de reprendre les pourparlers du cinquième processus de paix tenté avec la guérilla depuis le début des années 90.

Le gouvernement a attribué à cette rébellion, inspirée du révolutionnaire Ernesto Che Guevara, l'attentat qui a fait 20 morts et 68 blessés jeudi dans l'école de la police nationale de Bogota, la principale du pays. L'attaque n'a pas été revendiquée.

Le Haut commissaire pour la paix, Miguel Ceballos, avait affirmé dans la matinée que "l'ELN n'a aucune volonté de paix".

Selon le ministre de la Défense, Guillermo Botero, cet "acte terroriste" contre l'Ecole d'officiers Général Francisco de Paula Santander, située dans le sud de la capitale, a été commis par un expert en explosifs de l'ELN, José Aldemar Rojas Rodriguez, 56 ans, mort aussi dans l'attentat.

Le Parquet a dénoncé le fait que des guérilleros de l'ELN se réfugiaient au Venezuela voisin, avec lequel Bogota a rompu ses relations. M. Duque a plusieurs fois accusé son homologue Nicolas Maduro d'être à la tête d'une "dictature".

- Pas de preuve d'attentat suicide -

Il a reçu vendredi le soutien du président brésilien Jair Bolsonaro, autre fer de lance de la pression menée par les Etats-Unis sur Caracas, et qui a appelé le Venezuela à "ne pas donner abri, protection à ces terroristes de l'ELN".

Bogota a toutefois déclaré ne pas avoir de preuves de responsabilités vénézuéliennes dans l'attentat, condamné par de nombreux pays et le Conseil de sécurité de l'ONU.

Diosdado Cabello, personnalité du régime vénézuélien, a nié l'implication de Caracas et condamné l'attaque. "Les laquais de l'impérialisme montrent du doigt le Venezuela. Nous n'avons rien à voir dans cette guerre", a-t-il affirmé.

Selon M. Botero, l'auteur de l'attentat, de nationalité colombienne, était membre depuis plus de 25 ans de la rébellion et se rendait régulièrement "au Venezuela pour former au maniement des explosifs des membres de l'ELN présents dans ce pays".

Connu sous le nom de guerre de "Mocho Kiko" (Le Manchot, car il avait perdu la main droite dans une explosion), il appartenait au front Domingo Lain, opérant dans l'Arauca, département frontalier.

Le ministre a désigné les rebelles de l'ELN comme les cerveaux de l'attaque, ajoutant qu'elle "était planifiée depuis plus de dix mois".

Les autorités se sont refusées à parler d'un attentat suicide, qui serait une première en Colombie. "Jusqu'à présent, il n'y a (...) aucun élément qui nous permette de conclure que cette personne s'est suicidée", a déclaré M. Botero.

L'auteur de l'attaque a fait irruption jeudi matin dans l'enceinte de l'école de police, la principale du pays, au volant d'une camionnette grise Nissan Patrol, chargée de 80 kilos de pentolite.

Repéré par un chien formé à la détection des explosifs, ont raconté des policiers, il a forcé l'entrée et son véhicule est allé percuter le bâtiment du dortoir des filles.

- Mort du processus de paix -

M. Duque a décrété un deuil national de trois jours à la suite de cette attaque, la plus meurtrière depuis 2003 dans la capitale d'un pays peinant à sortir de plus d'un demi-siècle de conflit armé. Il a appelé les Colombiens à participer à une marche contre le terrorisme prévue dimanche.

Des experts avaient averti vendredi que l'attentat porterait un coup fatal aux négociations entamées en 2017 avec son prédécesseur Juan Manuel Santos (2010-2018), mais que M. Duque a laissées en suspens depuis son arrivée au pouvoir en août.

"Le processus de paix avec l'ELN est mort (...) La guerre va continuer", a affirmé à l'AFP l'analyste Ariel Avila, de la Fondation Paix et Réconciliation.

Avec environ 1.800 combattants, l'ELN est considérée comme la dernière guérilla du pays, depuis le désarmement des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et leur transformation en parti politique à la suite de l'accord de paix de 2016.

En février 2003, un autre attentat à la voiture piégée, organisé par les Farc, avait fait 36 morts et des dizaines de blessés au Nogal, un club huppé du nord de Bogota.

Bien que l'intensité du conflit ait diminué depuis l'accord de 2016, la Colombie reste affectée par une guerre fratricide, qui, au fil des décennies, a impliqué guérillas, paramilitaires et forces de sécurité, faisant plus de huit millions de victimes - morts, disparus et déplacés.

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