Colombie: sept morts lors d'émeutes après une bavure policière

Publié le à Bogota (AFP)

Sept personnes ont été tuées à Bogota et des centaines d'autres blessées durant les violentes émeutes qui ont éclaté en Colombie après la mort d'un homme victime d'une bavure policière.

Ces troubles sont survenus mercredi dans plusieurs quartiers de la capitale, ainsi que dans d'autres grandes villes, comme Medellin (nord-ouest), Cali (ouest) ou Barranquilla (nord).

Au moins trois personnes, dont un mineur de 17 ans, sont mortes après avoir été touchées par des tirs, a précisé la police jeudi en conférence de presse.

Selon le gouvernement, 56 postes de police ont été "vandalisés" et 70 personnes interpellées pour "violence contre les forces de l'ordre".

"Nous sommes face à des actes de violence massifs", a dénoncé le ministre de la Défense, Carlos Holmes Trujillo.

Sur Twitter, la maire d'opposition (centre gauche) de Bogota, Claudia Lopez, a fait état de 362 blessés dans la capitale : 248 civils et 114 policiers. Selon elle, six personnes ont été mortellement touchées par balles.

"Il existe des preuves solides d'une utilisation indiscriminée des armes à feu par les policiers (...) Quel type de formation reçoivent-ils pour avoir cette réponse absolument disproportionnée à une manifestation ?", a-t-elle déclaré.

Parmi les blessés, Frankpierre Charry, 23 ans, s'est retrouvé pris au milieu des heurts dans le sud de la capitale. Il est désormais hospitalisé entre la vie et la mort.

"Il allait à un pâté de maisons, il s'est retrouvé en face de deux policiers qui se cachaient et qui lui ont tiré dessus", a raconté à l'AFP sa mère Blanca Clavijo.

"Les médecins disent qu'il a reçu une balle dans le dos, à très courte distance, qui a touché son estomac et endommagé ses intestins, son côlon", relate-t-elle, désespérée.

Dans des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, on peut voir des gens terrifiés qui fuient au milieu de coups de feu. Un homme crie : "il a été touché ! Il a été touché !" tandis qu'un autre, ensanglanté, allongé sur le sol, est traîné par les manifestants.

- "S'il vous plaît, arrêtez" -

La colère a éclaté après la diffusion sur les réseaux sociaux de la violente interpellation par la police, dans la nuit de mardi à mercredi, d'un homme décédé quelques heures plus tard.

La séquence de près de deux minutes montre deux policiers casqués mettre au sol un avocat de 46 ans, Javier Ordoñez, puis lui administrer à plusieurs reprises de longues décharges avec leurs pistolets à impulsions électriques.

"S'il vous plaît, arrêtez", entend-on répéter à plusieurs reprises l'homme au sol. Les témoins de la scène interpellent également les policiers: "Arrêtez s'il vous plaît, on vous filme" avec un téléphone portable.

Selon le chef de la police de Bogota, le colonel Necton Borja, la victime "a été soumise à une arme non létale" avant d'être transportée au poste de police où elle a présenté des "complications médicales".

Transporté à l'hôpital, Javier Ordoñez, père de deux enfants, est décédé peu après.

L'enquête et l'autopsie en cours devront permettre de déterminer si la victime a été frappée au poste de police, comme le dénonce sa famille.

Selon la police, les agents avaient été dépêchés après un désordre causé par des "personnes alcoolisées" et Javier Ordoñez a essayé "de frapper les policiers".

Les deux agents ont été suspendus, a annoncé le ministre de la Défense.

Le président conservateur Ivan Duque avait déploré dès mercredi soir "les abus (...) commis par des membres de la force publique", demandant que des "sanctions appropriées soient adoptées".

Mercredi après-midi, des centaines de personnes s'étaient rassemblées pour protester devant le poste de police où la victime avait été emmenée avant de mourir.

La police a tenté de disperser la foule avec des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes, mais les protestations se sont étendues à d'autres quartiers de Bogota.

La police colombienne a par le passé été impliquée dans plusieurs scandales de violences.

En novembre 2019, Dilan Cruz, un jeune homme de 18 ans qui participait à une manifestation antigouvernementale, avait été mortellement blessé à la tête par un policier. En août 2011, un artiste de rue, Diego Becerra, a été abattu alors qu'il peignait des graffitis à Bogota.

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