Comment Pékin attise le mouvement de contestation à Hong Kong

Publié le à Hong Kong (AFP)

Les manifestants pro-démocratie hongkongais entendent relancer leur mouvement, suspendu en raison des mesures contre le coronavirus, et leur colère a été ravivée par une série d'initiatives de Pékin.

De petits rassemblements ont à nouveau eu lieu ces derniers jours. Vendredi, pour la fête du Travail, les manifestants appellent à une vaste démonstration de force.

L'ex-colonie britannique (sept millions d'habitants) a connu de juin à décembre 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des manifestations monstres, accompagnées d'affrontements entre radicaux et policiers, pour dénoncer l'influence de Pékin. Une influence que les dirigeants chinois ont cherché à étendre durant la crise du coronavirus.

Voici comment les dernières initiatives de la Chine ont attisé le mouvement pro-démocratie:

- Nouveaux patrons -

Pékin a nommé en janvier deux hauts responsables pour s'occuper de Hong Kong, Luo Huining comme directeur du Bureau de liaison -- la représentation du gouvernement central chinois à Hong Kong -- et Xia Baolong comme directeur du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao.

Une décision interprétée par les analystes comme un message clair de Pékin pour montrer sa détermination à renforcer son contrôle sur la ville.

Aucun des deux hommes n'a de liens avec Hong Kong où l'on parle cantonais mais ils ont tous deux géré des provinces à problèmes, M. Luo en pourfendant la corruption et M. Xia en réprimant les églises non autorisées dans le Zhejiang.

Depuis leur prise de fonction, ils n'ont laissé entrevoir aucune volonté de réduire la fracture idéologique à Hong Kong. Au contraire, M. Luo a réclamé une nouvelle loi sur la sécurité et leurs bureaux ont fait pression pour influencer davantage la gestion de Hong Kong.

- Loi anti-subversion -

L'échec du pouvoir hongkongais à faire adopter une loi anti-subversion est depuis longtemps source de frustration pour Pékin.

L'article 23 de la "Loi fondamentale" qui sert de Constitution au territoire semi-autonome prévoit que Hong Kong se dote d'une loi interdisant "la trahison, la sécession, la sédition (et) la subversion".

Mais le texte n'a jamais été appliqué, la population y voyant une menace pour ses libertés. La dernière tentative de mise en oeuvre, en 2003, avait échoué face à des manifestations monstres.

M. Luo a affirmé que la ville a besoin au plus vite de cette loi pour lutter contre les manifestations violentes. Les politiciens locaux pro-Pékin ont commencé à faire campagne pour le texte.

- Obstruction parlementaire -

Les tensions ont grimpé avec des communiqués des bureaux de M. Luo et M. Xia début avril, s'en prenant à des députés pro-démocratie accusés d'obstruction au travail parlementaire du Conseil législatif (le Parlement hongkongais) et les menaçant de poursuites en suggérant qu'ils ont trahi leur serment.

Démettre des députés serait un pari risqué. A court terme, cela pourrait affaiblir l'opposition avant des législatives prévues en septembre. Mais cela risque d'alimenter la colère des électeurs.

- Tournant juridique -

L'article 22 de la "Loi fondamentale", qui doit garantir une semi-autonomie jusqu'à 2047, stipule qu'aucun département du gouvernement central ne peut "s'immiscer" dans les domaines relevant de la région administrative spéciale (RAS), en particulier ses pouvoirs législatif et judiciaire.

Les communiqués sur les députés ont été perçus comme une atteinte à cette disposition. Face aux critiques, le Bureau de liaison s'est dit non concerné par l'article 22. Des manifestations ont alors repris.

L'administration de Carrie Lam, cheffe de l'exécutif, s'est rangée du côté du Bureau de liaison.

- Vague d'arrestations -

Début avril, 15 personnalités pro-démocratie ont été arrêtées pour leur implication dans les manifestations de 2019.

Il ne s'agissait pas de militants radicaux mais de modérés, d'anciens parlementaires, des universitaires.

En janvier, Mme Lam, s'était engagée à "écouter l'opinion publique" et atténuer les divisions.

Mais les poursuites continuent à l'encontre des 7.800 personnes arrêtées l'an dernier, les autorités ayant rejeté les appels à une amnistie.

- Et après? -

Jusqu'à présent, les nouvelles manifestations restent de faible ampleur. Mais le mouvement pourrait s'intensifier avec l'assouplissement des mesures de distanciation sociale.

Le premier anniversaire des manifestations approche, en juin, avant les législatives de septembre.

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