Commerce: freinée par Paris, l'UE temporise face à Trump

Publié le à Bucarest (AFP)

Malgré la menace de taxes américaines sur les automobiles et la pression de Berlin, la France freine l'ouverture de négociations commerciales entre l'UE et les Etats-Unis, de crainte de réveiller les opposants au libre-échange.

Réunis vendredi à Bucarest, les ministres européens du Commerce ont discuté pour la première fois du sujet, avec l'objectif de parler d'une seule voix face à Donald Trump, dont la politique protectionniste depuis son arrivée au pouvoir ébranle le commerce mondial.

"Si nous ne trouvons pas un accord (commercial avec l'UE), nous imposerons des tarifs douaniers" sur les voitures, a encore menacé mercredi le président américain.

L'Allemagne, qui veut à tout prix échapper à des taxes sur un secteur vital pour son économie, espérait un signe fort des ministres vendredi.

Mais en dépit d'un "fort soutien" des Etats membres pour l'ouverture des discussions, selon la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström, Berlin et ses alliés, comme l'Autriche et la Suède, devront encore patienter.

La faute à quelques pays moins pressés, tout particulièrement la France, qui ne tient pas à voir ressurgir un sujet aussi sensible qu'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis en pleine crise des "gilets jaunes" et à trois mois des élections européennes.

Paris craint le spectre du très impopulaire TTIP, un large accord commercial négocié avec Washington à partir de 2013, mais "mis au frigo" trois ans plus tard, à l'origine d'un vaste mouvement européen contre le libre-échange.

- "Jukebox" -

Selon plusieurs sources, les Français réclament "un langage fort" contre ce texte, voire sa mort définitive, afin d'éviter "toute instrumentalisation" du sujet pendant la campagne.

Le TTIP est "caduc", a assuré Mme Malmström vendredi, refusant cependant de l'enterrer définitivement. "Ce que nous allons négocier, j'espère, avec les Etats-Unis, est tout à fait différent, beaucoup plus limité", a-t-elle insisté.

Selon Bruxelles, un accord tel qu'envisagé, portant uniquement sur les biens industriels, mais pas l'agriculture, entraînerait d'ici 2033 un accroissement des échanges de 53 milliards d'euros. Une goutte d'eau dans le commerce UE/Etats-Unis.

Mais les dernières menaces de Donald Trump n'ont pas facilité le dialogue, les Européens --le président français Emmanuel Macron en tête-- ayant répété qu'ils ne négocieraient pas "avec un pistolet sur la tempe".

"Ce n'est pas l'UE qui a remis 20 centimes dans le jukebox il y a quelques jours avec des déclarations", a relevé le secrétaire d'Etat français Jean-Baptiste Lemoyne.

Outre Paris, l'Espagne, la Belgique, l'Italie ou le Luxembourg semblent, à des degrés divers, les moins prompts à discuter.

Malgré ces dissonances, la Commission, qui conduira les discussions au nom des 28, espère obtenir un mandat de négociation dès le mois prochain.

"Le Parlement européen (dont le rôle n'est que consultatif, ndlr) pourrait voter début mars" sur le sujet et "les ministres devraient prendre une décision très rapidement après", a espéré Mme Malmström.

Pour elle, l'accord peut même être finalisé pendant son mandat, qui s'achève en octobre.

- Rétorsion -

L'idée d'un accord UE/Etats-Unis sur les biens industriels fait suite à une visite en juillet dernier du président de la Commission Jean-Claude Juncker à Washington, après l'imposition par Donald Trump de droits de douane punitifs sur l'acier et l'aluminium européen, et de premières menaces sur leurs voitures.

A la surprise générale, les deux dirigeants avaient conclu une trêve commerciale et s'étaient engagés à travailler sur le sujet.

Les discussions ont très peu avancé depuis juillet, entre des Américains concentrés sur un autre front commercial face à la Chine, et des Européens plutôt satisfaits du fragile équilibre avec Washington.

Mais la remise dimanche dernier à Donald Trump d'un rapport de son ministère du Commerce sur l'industrie automobile, au contenu toujours confidentiel, a remis l'UE sous pression.

La Commission a prévenu qu'elle riposterait de "manière rapide" à d'éventuelles taxes américaines. Elle a déjà préparé une liste de biens américains susceptibles d'être taxés en rétorsion, à hauteur de 20 milliards d'euros.

Selon une source proche du dossier, les produits chimiques, le charbon, les automobiles (comme General Motors, Ford ou Tesla) ou plus précisément des entreprises comme Caterpillar et Xerox font partie des cibles potentielles.

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