Contre l'extrême droite, de multiples cortèges et la gauche dans sa diversité

Publié le à Paris (AFP)

Jean-Luc Mélenchon enfariné mais globalement une ambiance bon enfant: militants politiques et syndicaux, activistes écolos et associatifs ont défilé samedi dans de nombreuses villes pour dénoncer "les attaques contre les libertés" qui se multiplient selon eux à la faveur de la montée de l'extrême droite et de lois "liberticides".

Ils étaient 9.000 à Paris selon la police, mais 70.000 selon les organisateurs, lesquels ont compté au total en France 150.000 manifestants.

Peu après 14H00 au démarrage place de Clichy en direction de la République, Jean-Luc Mélenchon a reçu de la farine sur le visage. En dénonçant un acte "lâche" qui "aurait pu être pire", le leader de La France insoumise a fait état d'"une grande tension" et d'"un seuil qui a été franchi" quelques jours après que le chef de l'Etat eut reçu une gifle lors d'un déplacement dans la Drôme.

Devant les journalistes, l'auteur présumé - qui n'avait pas été interpellé en milieu d'après-midi - s'est présenté comme un "souverainiste".

La "Marche des libertés" est une sorte de grand rattrapage pour les milieux militants de tous secteurs après un an et demi de crise sanitaire qui a compliqué l'organisation de manifestations. Le sujet des libertés s'est imposé de lui-même aux dires des initiateurs de l'appel, le député Insoumis Eric Coquerel et le porte-parole de Générations Thomas Portes.

Car ils savaient que la bonne forme de l'extrême droite dans le pays, selon eux aussi électorale que culturelle, est actuellement un thème majeur de colère pour les gauches, surtout en l'absence pour l'heure d'une alternative forte de ce côté-ci de l'échiquier politique à Marine Le Pen et Emmanuel Macron en vue de l'élection présidentielle de 2022.

Mais selon Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement national, "la France Insoumise cherche à allumer un contre-feu" avec cette initiative, après des propos polémiques de son patron Jean-Luc Mélenchon liant terrorisme et présidentielle.

CGT, FSU, le Syndicat de la magistrature ou encore l'UNEF côté syndical, la Ligue des droits de l'homme, la Cimade, Oxfam ou encore Attac du côté des ONG, Youth for climate et France nature environnement pour les défenseurs du climat, tous les partis de gauche: plus de 100 organisations étaient représentées.

- hochet Le Pen -

"C'est le point de départ, j'espère, d'une mobilisation pas seulement contre les organisations d'extrême-droite mais contre les idées d'extrême droite", a expliqué l'ex-candidat à la présidentielle Benoît Hamon qui estime que ces idées "se sont largement diffusées dans la classe politique".

L'un des leaders de la CGT, Pascal Debay, a appelé "à démystifier l'argumentation (de l'extrême droite et du RN)". "A nous de montrer aux salariés que le vote d'extrême droite c'est une impasse", a-t-il ajouté, non loin d'une représentation d'Emmanuel Macron en papier mâché tenant un hochet à l'effigie de Marine Le Pen.

Dans le cortège d'abord clairsemé, le patron d'EELV Julien Bayou a fait valoir que "l'enjeu était de marquer symboliquement le coup".

La "Marche" a lieu dans plus de 140 villes. A Nantes, près de 900 personnes selon la préfecture ont défilé, dont une centaine de l'ultra-gauche a eu quelques altercations avec la police.

Entre 500 et 1.000 personnes se sont réunies à Strasbourg, également environ un millier à Toulouse, 1.200 à Rennes.

Dans la ville rose, un enseignant en histoire-géographie, Gauthier, militant FSU de 54 ans, s'inquiète "des piques, des provocations" de ses élèves, et estime que "les idées d’extrême droite progressent dangereusement".

A Avignon, ce sont 270 personnes, selon la police, qui ont manifesté, dont le patron du PS Olivier Faure. "Il y a une banalisation du discours du RN qui est aujourd'hui aux portes de notre région" PACA mais "un sursaut est encore possible, a déclaré l'écologiste Jean-Pierre Cervantes, chef de file de la liste d'union de la gauche en Vaucluse pour les régionales des 20 et 27 juin.

A Marseille, quelque 1.500 manifestants chantent à tue-tête: "Nous, on est là, même si Le Pen ne le veut pas, pour un monde meilleur pour les travailleurs", derrière une banderole de la CGT affirmant l'engagement "de rester unis pour dissoudre le capitalisme qui conduit au fascisme".

Accusations d'"islamogauchisme", polémique sur les réunions non-mixtes, manifestation des policiers, intentions de vote pour le RN élevées... puis, plus récemment, une vidéo simulant un meurtre d'électeur insoumis et gifle à Emmanuel Macron: l'atmosphère du pays nécessitait une réaction aux yeux de nombreux militants.

La mobilisation ne pourra cependant pas faire oublier les divisions qui minent la gauche, même sur les sujets de laïcité, des libertés et de sécurité, chose inconcevable il y a plusieurs années.

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