Coronavirus: l'Europe en pleine débâcle économique, l'Allemagne déconfine un peu plus

Publié le à Bruxelles (AFP)

Jour après jour, l'Europe toujours divisée prend la mesure du désastre économique provoqué par le nouveau coronavirus, aspirant à déconfiner au plus vite ses populations cloîtrées, avec l'Allemagne en tête de pont qui se prépare à rouvrir lieux de culte et musées.

Fort de son succès dans la lutte contre la pandémie, qui permet "d'assouplir progressivement" les restrictions, le gouvernement allemand a préparé un catalogue de nouvelles mesures vers la levée du confinement, qui doivent être adoptées dans l'après-midi lors d'une réunion entre la chancelière Angela Merkel et les présidents des régions.

- Tous au zoo -

Sous condition de garantir les habituelles "mesures barrières" et de distanciation, églises et mosquées vont pouvoir rouvrir leurs portes, de même que les musées, salles d'expositions, zoos et mémoriaux. Et, selon des médias allemands, il est aussi question d'autoriser la réouverture des aires de jeux pour enfants. Cafés et restaurants restent néanmoins fermés, au moins jusqu'au 6 mai.

C'est une nouvelle étape vers la normalisation en Allemagne, l'un des meilleurs élèves européens dans la gestion de la pandémie. Elle comptait jeudi matin 159.119 cas officiellement déclarés, et 6.288 décès, soit un taux de létalité de 4%, inférieur à la plupart des autres grands pays.

A ce jour, la maladie Covid-19 a fait au moins 227.482 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles.

Si les Etats-Unis sont aujourd'hui le pays le plus touché tant en nombre de morts que de cas (60.999 décès), l'Europe a payé le plus lourd tribut à la maladie, avec 27.682 morts en Italie, 26.097 au Royaume-Uni, 24.543 en Espagne et 24.087 en France.

Cloîtré pour certains depuis la mi-mars, les pays européens ont entamé ou se préparent à un déconfinement prudent et progressif, impatient de revenir à une relative normalité comme de relancer l'activité économique. Même si l'horizon d'un contrôle global de la pandémie apparaît encore lointain.

Jeudi, une litanie de chiffres est venue confirmer les plus sombres prévisions économiques : la France a annoncé un effondrement de 5,8% de son PIB au premier trimestre, l'Espagne de 5,2%, l'Italie de 4,7%, et l'Allemagne un bond de 13,2% du nombre des chômeurs. A l'échelle de la zone euro, l'activité a chuté de 3,8%, selon l'institut Eurostat.

Mercredi, les Etats-Unis avaient déjà annoncé un recul de leur PIB de 4,8% en rythme annuel au premier trimestre, après dix années de croissance ininterrompue. Autre mauvaise nouvelle : le pays a enregistré 3,8 millions de nouveaux inscrits au chômage, selon les derniers chiffres du département du Travail. Au total, plus de 30 millions d'Américains se sont inscrits au chômage depuis la mi-mars.

- "Mer de corps" -

Face à l'incapacité des 27 à s'entendre sur un plan de relance concertée, la Banque centrale européenne (BCE) a une nouvelle fois joué les pompiers de service en se disant jeudi "prête" à renforcer ses rachats de dette.

Son programme d'urgence pour faire face à la pandémie du coronavirus, via des rachats massifs de dette, "pourrait être prolongé" au-delà de la fin 2020, a annoncé la présidente de l'institution, Christine Lagarde. Ce dispositif de 750 milliards d'euros, lancé en mars pour amortir le choc, "sera poursuivi jusqu'à ce que (la BCE) estime que la crise du coronavirus est passée", a-t-elle expliqué.

En Italie, le Premier ministre Giuseppe Conte a indiqué que la récession pourrait dépasser 10% cette année dans son pays.

Pour autant, un déconfinement précipité pourrait avoir pour conséquence une deuxième vague de contagions, a déploré M. Conte, qui a tancé jeudi les présidents de région trop pressés. "Nous ne pouvons pas gâcher les efforts faits jusqu'ici avec des initiatives hâtives durant cette phase délicate. Passer de +Fermons tout+ à +Rouvrons tout+ risquerait de compromettre de manière irréversible ces efforts".

En Calabre notamment, la pointe méridionale de la botte italienne, les autorités locales ont autorisé jeudi la réouverture des bars, restaurants et gîtes ruraux, aors que le confinement est supposé ne commencer à être vraiment levé au niveau national qu'à partir du 4 mai.

A New York, ville la plus touchée au monde, le gouverneur Andrew Cuomo s'est alarmé des images de métros envahis de sans-abri. "Ce qui se passe dans ces wagons est dégoûtant", a-t-il déploré, appelant à trouver des solutions de logement.

Dans cette même métropole, si la pandémie régresse, les pompes funèbres continuent de crouler sous les cadavres. Cadavres à même le sol, personnels traumatisés... les scènes sont parfois cauchemardesques dans les remorques frigorifiques blanches servant de morgue temporaire : "c'est une mer de corps", confie une employée de funérarium.

- Coke à domicile -

Longtemps épargnée, la Russie a annoncé jeudi avoir passé la barre des 1.000 morts et doit faire face à une résurgence de l'alcoolisme. "Tout le monde n'arrive pas à résister pendant le confinement", témoigne Tatiana, 50 ans, à Moscou.

Dans un monde avide de pouvoir compter sur un remède efficace, les Instituts de santé américains (NIH) ont fait souffler un vent d'espoir en annonçant que le médicament expérimental remdesivir de Gilead avait accéléré le rétablissement de malades, à défaut de faire baisser la mortalité.

Il existe actuellement une centaine de projets de vaccins anti-Covid-19 dont une dizaine en phase d'essais cliniques, selon la London School of Hygiene & Tropical Medicine.

Des signes d'éclaircie apparaissent en Asie, où la Corée du Sud (un temps deuxième foyer mondial de la maladie) n'a enregistré aucun nouveau cas pour la première fois depuis le début de la pandémie. Hong Kong n'a enregistré aucune nouvelle contamination depuis cinq jours et Taïwan depuis quatre jours.

Vivement mise en cause par Washington qui lui reproche de n'avoir pas réagi de façon appropriée face à la pandémie, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) devait pour sa part réunir jeudi pour la troisième fois son comité d'urgence.

Elle a prévenu que la pandémie ne pourrait pas être totalement maîtrisée tant qu'aucun remède ou vaccin ne seraient trouvés. Elle a aussi rappelé qu'il n'y a "aucune preuve" à ce stade que la présence d'anticorps prémunisse contre une nouvelle infection au Covid-19, douchant les espoirs de pays comme les Pays-Bas ou le Chili misant sur une immunité collective.

Pendant la pandémie, les affaires continuent néanmoins pour certains.

Interpol a lancé l'alerte jeudi sur un nouveau mode opératoire des trafiquants qui utilisent des services de livraison à domicile de pizza et autres denrées pour transporter cocaïne, marijuana, kétamine et ecstasy dans un nombre croissant de pays soumis au confinement : c'est le cas notamment en Espagne, Irlande, Malaisie, et Royaume-Uni.

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