Coronavirus: vers une sortie prudente du confinement en Europe

Publié le à Londres (AFP)

En ordre dispersé et parfois dans la polémique, les Européens ont amorcé un déconfinement qui s'annonce complexe, au rythme d'une épidémie planétaire du nouveau coronavirus encore loin d'être jugulée.

La pandémie a fait à ce jour au moins 206.670 morts pour près de trois millions de personnes contaminées dans le monde, selon une compilation sur la base des chiffres officiels.

Alors qu'elle marque le pas dans les quatre pays européens les plus touchés, notamment au Royaume-Uni, le Premier ministre britannique Boris Johnson, lui-même victime du virus et de retour aux affaires lundi, a appelé ses concitoyens à la patience.

- "Agresseur inattendu et invisible" -

"Si ce virus était un assaillant, un agresseur inattendu et invisible, et je peux vous dire de ma propre expérience que c'en est un, ce serait le moment où nous avons commencé à le maîtriser au sol. (...) Mais c'est aussi un moment de risque maximum", a-t-il expliqué.

Si donc la courbe de l'épidémie "commence à s'inverser", les Britanniques doivent continuer à respecter les mesures de confinement, a-t-il plaidé, promettant des décisions "dans les jours à venir", tout en refusant "de gâcher les efforts et les sacrifices du peuple britannique et de risquer une deuxième épidémie majeure".

Ailleurs sur le Vieux continent, à la faveur de l'embellie observée ces derniers jours, conséquence des sévères restrictions de mouvement imposées depuis plus d'un mois, plusieurs pays se préparent à lever progressivement ou ont déjà allégé le confinement.

La Norvège a rouvert lundi des écoles. Une semaine après les "barnehager" qui font office de crèches et de maternelles, c'est au tour des enfants de six à dix ans de retrouver les bancs de l'école, dans des classes réduites à 15 élèves.

- "Alt blir bra" -

A l'école Levre de Baerum, dans la banlieue résidentielle d'Oslo, des fleurs peintes au sol à l'entrée du bâtiment marquent la distance à respecter. Sur un dessin d'enfant représentant un arc-en-ciel, l'inscription "Alt blir bra" en majuscules: "tout ira bien" en norvégien.

Les Suisses pourront quant à eux retourner chez le coiffeur ou les fleuristes, avec la réouverture de certains commerces lundi. En Allemagne et en Autriche également, une grande partie des commerces ont rouvert ces derniers jours, avec de stricts mots d'ordre de "distanciation sociale" et de ports du masque dans les espaces publics.

Louée jusqu'ici pour l'efficacité de sa réponse très ferme à l'épidémie, la chancelière allemande Angela Merkel voit le consensus de l'opinion se craqueler et les critiques monter sur la lenteur d'un déconfinement trop progressif selon certains.

En Espagne, après six semaines cloîtrés chez eux, les enfants peuvent depuis dimanche recommencer à jouer dans la rue, avec un certain nombre de restrictions. Le confinement a été prolongé jusqu'au 9 mai inclus et le gouvernement présentera mardi son plan d'assouplissement.

Le Premier ministre français, Edouard Philippe, dévoilera lui aussi mardi sa stratégie en vue du déconfinement, qui doit débuter le 11 mai, avec notamment une réouverture progressive mais controversée des écoles.

- Les Parisiens vont-ils craquer? -

Sous un doux soleil printanier, de plus en plus de Parisiens sont néanmoins tentés de sortir dans les rues vidées de leur habituel chaos automobile. Il ne faut pas que "les gens craquent", s'inquiètent les autorités.

L'Italie doit détailler en début de semaine les mesures qu'elle envisage à compter du 4 mai. Les écoles resteront cependant fermées jusqu'en septembre mais les entreprises stratégiques de la troisième économie européenne ont été autorisées à rouvrir.

Lundi matin, une centaine d'ouvriers et de cadres de l'usine Fiat-Chrysler de Mirafiori, dans la banlieue de Turin, ont ainsi franchi le portail d'entrée. Ils ont passé un scanner thermique avant de recevoir les équipements de protection: masques, gants, lunettes.

En Europe, le bilan humain reste très lourd: 26.644 décès en Italie, 23.521 en Espagne, 22.856 en France, 20.732 au Royaume-Uni. En proportion de la population, c'est en Belgique que la mortalité est la plus élevée.

En Chine, où était apparu le Covid-19 à la fin de l'année dernière, collégiens et lycéens ont fait lundi une rentrée ultra-sécurisée - avec masques et prises de température - dans les métropoles de Pékin et Shanghai.

"Je suis contente, ça fait trop longtemps que je n'ai pas vu mes camarades de classe", sourit Hang Huan, 18 ans, devant le lycée Chenjinglun, dans l'est de la capitale chinoise.

Toutes les écoles chinoises étaient fermées depuis la fin janvier. Le pays a depuis lors jugulé l'épidémie, avec un bilan officiel de 4.633 morts (que certains jugent largement sous-estimé), mais les autorités redoutent à présent une seconde vague avec des cas dits "importés", en majorité des Chinois de retour au pays.

- Rohingyas à la dérive -

De loin le pays aujourd'hui le plus touché, les Etats-Unis ont enregistré 54.841 décès au total.

Contesté dans certains Etats, le confinement bénéficie d'un large soutien à New York: les électeurs de cet Etat à l'épicentre de l'épidémie soutiennent à une écrasante majorité - 87% - la décision de leur gouverneur de maintenir le confinement jusqu'au 15 mai au moins, selon un sondage paru lundi.

Des chercheurs d'Harvard ont estimé lundi que, contrairement à ce qu'affirme la Maison Blanche, le pays est loin d'avoir la capacité de dépistage nécessaire pour entamer le déconfinement d'ici au 1er mai.

Sur les marchés, le cours du baril de pétrole américain plongeait de nouveau lundi, pénalisé notamment par des infrastructures de stockage proches de la saturation et sur fond de dissensions persistantes entre pays producteurs.

En Asie, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Michelle Bachelet a exhorté le Bangladesh à laisser entrer deux bateaux errant en mer avec plusieurs centaines de réfugiés rohingyas, mettant en garde contre une "tragédie humaine aux proportions terribles".

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