Corse: Jean Castex tente "l'apaisement", l'île attend davantage

Publié le à Ajaccio (AFP)

Après neuf jours de tensions en Corse à la suite de la violente agression d'Yvan Colonna en prison, le gouvernement a tenté "l'apaisement" vendredi en ouvrant la voie au rapprochement de deux autres membres du "commando Erignac". Un "premier pas" jugé encore insuffisant.

Vendredi soir, des rassemblements ont de nouveau eu lieu sur l'île et se sont pour la plupart déroulés dans le calme.

A Bastia, après un rassemblement devant la préfecture qui a eu lieu "sans incident ni heurts notables jusque vers 19h45", une cinquantaine d'individus restés sur place ont cependant "commencé à vouloir agresser de nouveau les forces de l'ordre (jets de cocktails molotov...) et détériorer des équipements publics", a indiqué la préfecture de Haute-Corse dans un communiqué.

Trois personnes "en possession de couteaux, fusées et frondes (...) ont été interpellées", a-t-elle précisé.

"Dans un esprit d'apaisement", le Premier ministre avait levé vendredi matin le statut de "détenu particulièrement signalé" de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, condamnés à la perpétuité, tout comme Yvan Colonna, pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Ce statut bloquait leur rapprochement en Corse, aucune prison de l'île ne pouvant accueillir ce type de détenus.

Cette décision s'applique "sans délai", avait précisé Matignon à l'AFP, ouvrant la perspective d'un rapprochement vers la prison de Borgo, près de Bastia, de ces deux détenus actuellement incarcérés à Poissy (Yvelines).

C'est "un sentiment de satisfaction", avait réagi vendredi auprès de l'AFP Gilles Simeoni, le président autonomiste du Conseil exécutif de Corse: "C'est seulement le droit qui s'applique, (...) j'ai envie de dire enfin".

Mais ce seul geste ne suffira pas à calmer "la situation explosive" que vit aujourd'hui la Corse, avait ajouté l'élu, ancien avocat d'Yvan Colonna, appelant à "d'autres gestes publics, forts et immédiats de la part du gouvernement", avec en premier lieu "une commission d'enquête parlementaire" sur l'agression d'Yvan Colonna ainsi que "le rapprochement immédiat de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi".

Pour Gilles Simeoni, l'apaisement dans l'île passera également par l'ouverture d'un "véritable dialogue" entre l'Etat et la Corse pour trouver "une solution politique globale".

Cette médiation sera menée par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui a indiqué sur Twitter avoir "entrepris aussitôt les premières consultations".

Alors que le mot d'ordre "Etat français assassin" est brandi depuis une semaine lors des manifestations dans l'île, le Premier ministre a qualifié vendredi de "propos totalement déplacés" les accusations laissant entendre que l'Etat aurait "prêté intentionnellement la main à l'agression très grave dont Yvan Colonna a été victime".

Jean Castex avait déjà levé mardi soir, "pour des raisons humaines", le statut DPS d'Yvan Colonna, dans le coma après son agression le 2 mars dans sa prison d'Arles par un codétenu emprisonné pour terrorisme. Mais ce geste avait été jugé par beaucoup comme une provocation. Mercredi soir, incendie du palais de justice et émeutes avaient secoué Ajaccio.

- Nouvelle grande manifestation dimanche -

Vendredi matin, deux heures après ces nouvelles annonces, quelques dizaines de manifestants "virulents et cagoulé ont essayé de pénétrer de force dans la caserne" de gendarmerie de Porto-Vecchio sans y parvenir, avait indiqué à l'AFP la gendarmerie et le procureur d'Ajaccio.

Du côté des deux détenus concernés, l'heure est maintenant à l'attente du retour dans l'île.

"C'est un premier pas mais ça ne suffit pas", a ainsi indiqué à l'AFP Simon Paulu Ferrandi, le fils d'Alain Ferrandi, ajoutant "attendre leur rapprochement effectif dans l'île" et même "leur libération, qui serait logique" au vu de leur dossier carcéral.

"Ce qui est malheureux c'est qu'il ait fallu un drame d'une telle ampleur et surtout de telles conséquences en Corse pour que finalement l'Etat français se décide à appliquer le droit", a regretté, toujours auprès de l'AFP, Me Eric Barbolosi, avocat de Pierre Alessandri: "Aujourd'hui en Corse, la rivière est en crue et cette décision, à mon sens, ne suffira pas à la faire rentrer dans son lit".

Une nouvelle grande manifestation reste prévue dimanche à Bastia, malgré les réticences de la famille Colonna qui a dit craindre "un nouveau drame" dans ce contexte de tensions.

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