Covid-19: en colère, Marseille demande un report des mesures

Publié le à Marseille (AFP)

Fustigeant un "affront", la mairie de Marseille a réclamé jeudi de reporter la décision du gouvernement de fermer bars et restaurants pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, dont la recrudescence a contraint les hôpitaux de Paris au report d'une opération chirurgicale sur cinq.

"Une nouvelle fois, notre territoire est montré du doigt", a protesté jeudi le premier adjoint à la mairie de Marseille Benoît Payan, en s'exprimant au nom de la maire Michèle Rubirola, en convalescence après une opération.

Mercredi soir, le gouvernement a annoncé, sans concertation préalable avec les collectivités, la fermeture dès samedi à Aix-Marseille et en Guadeloupe des bars, des restaurants et des établissements recevant du public, à l'exception de ceux qui ont un protocole sanitaire strict comme les théâtres, les musées ou les cinémas.

Ces deux zones géographiques sont désormais en "alerte maximale", dernier niveau avant l'état d'urgence sanitaire, selon le nouveau classement des autorités.

Mais en région marseillaise, les élus ont clamé leur incompréhension en assurant, chiffres à l'appui, que la nouvelle vague épidémique avait atteint un plateau localement.

La mairie de gauche de Marseille demande donc "au gouvernement 10 jours avant la mise en oeuvre de nouvelles mesures". "Si au bout de ces 10 jours, l'épidémie reprend, on est prêts à assumer ces décisions", a ajouté M. Payan.

- "Moments insurrectionnels" -

Le président LR de région, Renaud Muselier, a quant à lui annoncé qu'il ne participerait pas à la réunion prévue en préfecture jeudi après-midi, ni aux suivantes, "puisque notre avis ne nous est plus demandé". Il a souligné au passage que la cible est "mauvaise", les clusters étant selon lui essentiellement les entreprises et les réunions privées.

"Concerter ne veut pas dire forcément tomber d'accord, à un moment le principe de responsabilité doit primer", a répondu le ministre de la Santé Olivier Véran jeudi matin, lors de son audition par la commission d'enquête du Sénat sur la crise sanitaire.

Mais la décision du gouvernement a aussi été vécue par le monde économique marseillais - cafetiers et restaurateurs en tête - comme "un reconfinement". Un appel à un rassemblement vendredi matin devant le tribunal de commerce de Marseille a été lancé.

"Marseille va vivre des moments insurrectionnels", s'est inquiété Bernard Marty, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) des Bouches-du-Rhône.

Mais la grogne n'est pas limitée à Marseille. Les bars et restaurants devront fermer à 22H00 à partir de lundi dans 11 métropoles, dont Paris, Lyon ou Nice, toutes en "zone d'alerte renforcée".

"Comment les gens vont manger ? Une entrée, un plat en 10 minutes ?! C'est de la foutaise, le virus ne circule pas plus au restaurant que dans les transports !", s'est insurgé Noël Ajoury, président de l'Umih sur la Côte d'Azur.

Dans les villes en "alerte renforcée", la jauge des rassemblements est aussi abaissée à 1.000 personnes (contre 5.000 auparavant), ce qui devrait affecter le tournoi de tennis de Roland Garros, qui débute dimanche. Les rassemblements de plus de 10 personnes dans l'espace public sont également interdits.

"Il va falloir arrêter de reproduire l'affrontement OM-PSG en permanence", a de son côté exhorté sur BFMTV le Pr Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris. Selon lui, ces "mesures de guerre" visent à éviter de se "retrouver à la situation de mars-avril".

- Plus de 13.000 nouveaux cas en 24 h -

Si la situation ne s'améliore pas, d'autres métropoles pourraient passer à des niveaux d'alerte supérieurs, a d'ailleurs prévenu mercredi Olivier Véran.

Soixante-neuf départements français sur 101 sont aujourdhui en zone d'alerte, en zone d'alerte renforcée ou en zone d'alerte maximale, les trois nouvelles déclinaisons pour les départements classés rouge.

Selon le dernier bilan national, 13.072 nouveaux cas de Covid-19 ont été enregistrés en 24 heures. 783 malades du virus ont été nouvellement admis à l'hôpital entre mardi et mercredi, dont 130 en réanimation.

En Île-de-France, l'Assistance-Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a prévenu qu'elle était contrainte de déprogrammer 20% des opérations chirurgicales dès ce week-end.

Le nombre de "patients Covid" hospitalisés à l'AP-HP est passé de 150 début septembre, à 330 mercredi, et devrait atteindre 600 à la fin du mois. La part de malades admis en réanimation suit la même courbe, a précisé le directeur adjoint, François Crémieux, lors d'une conférence téléphonique: "L'enjeu des 15 prochains jours sera de ne pas devoir passer à 50% d'opérations déprogrammées", selon lui.

Face au risque de débordement des hôpitaux, les autorités insistent sur les mesures barrières (masques, distances, lavage des mains) et la réduction des contacts avec d'autres personnes, en créant une sorte de "bulle sociale", selon M. Véran.

Des recommandations raillées par certains, comme le réalisateur Nicolas Bedos qui a lancé sur Twitter : "Vivez à fond, tombez malades, allez au restaurant".

"On ne peut pas imposer aux gens de prendre soin d’eux malgré eux, mais on peut imposer aux gens de prendre soin des autres malgré eux", lui a répondu le ministre de la Santé.

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