Covid-19: un tiers des Français entre à tâtons dans un drôle de confinement

Publié le à Paris (AFP)

Un confinement qui permet quand même de sortir, mais en remplissant une attestation peu compréhensible: un tiers des Français apprend à vivre à partir de samedi avec les nouvelles contraintes imposées par l'épidémie de Covid-19.

Vingt-et-un millions d'habitants, dont les douze millions de la région parisienne, sont soumis pour au moins quatre semaines à ces restrictions, bien plus légères que le premier confinement national d'il y a un an. Ils sont répartis sur seize départements (les huit d'Ile-de-France, les cinq des Hauts-de-France, la Seine-Maritime, l'Eure et les Alpes-Maritimes).

Les principales nouveautés sont la fermeture de nouveaux commerces et l'accent mis sur le fait qu'on se contamine davantage à l'intérieur que dehors.

Contrairement aux deux premiers confinements, on peut donc rester à l'extérieur aussi longtemps qu'on veut. Pour autant, l'attestation de sortie --spécificité française-- fait son grand retour.

Sur deux pages, elle recense quinze motifs de sortie, valables dans un rayon de 10 kilomètres autour du domicile pour certains (se promener, sortir son chien...) et 30 km pour d'autres (achats...). Seuls certains de ces motifs (consulter un médecin, sortir son chien...) sont acceptés entre 19h00 et 06h00 du matin, période de couvre-feu pour toute la France métropolitaine.

Sitôt parue sur le site du ministère de l'Intérieur, l'attestation a provoqué de nombreuses railleries sur les réseaux sociaux, où elle est vue comme le comble de la bureaucratie à la française.

- "Folie bureaucratique" -

"Je vous l'accorde, l'attestation est complexe", a concédé une porte-parole du ministère de l'Intérieur, Camille Chaize, sur BFMTV.

Dans un message envoyé samedi matin aux préfets, le ministre Gérald Darmanin a d'ailleurs demandé de faire ce week-end "des contrôles très pédagogiques (...) et de faire preuve de beaucoup de compréhension avant de verbaliser (en dernier ressort)". En revanche, l'application des règles devra "être beaucoup plus stricte à partir du couvre feu".

Dans le centre de Paris en matinée, l'ambiance ne différait pas radicalement d'un autre samedi froid et ensoleillé. "Je ne vois pas ce que ça change, à part l'attestation que je n'ai pas d'ailleurs. Je n'ai pas d'imprimante", a assuré à l'AFP Antoine, artiste de théâtre, après avoir fait ses courses.

Mais même si les promenades sont autorisées dans un rayon de 10 km, "les grands regroupements ne sont pas permis", a souligné Camille Chaize, en recommandant "une limite de 6 personnes en extérieur".

Par ailleurs, le gouvernement a précisé quels commerce resteraient ouverts dans les seize départements.

Fleuristes, chocolatiers (Pâques oblige), magasins de musique, coiffeurs ou cordonniers font partie de cet inventaire à la Prévert. Selon le gouvernement, cela porte à 90.000 le nombre de commerces désormais fermés.

"La folie bureaucratique va se remettre en place", a pesté sur Europe 1 le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

En vertu des nouvelles restrictions, il est désormais interdit de sortir des départements concernés, sauf pour "motif impérieux". Toutefois, l'attestation prévoit que des gens vivant à la limite d'un autre département puissent le faire, en respectant un rayon de 30 km.

Enfin, écoles et collèges restent ouverts, mais les lycées basculent en "demi-jauge".

- D'autres départements? -

"Ce qu'on veut, c'est freiner le virus sans nous enfermer", a déclaré vendredi le président Emmanuel Macron, en rejetant le terme "confinement".

Reste à savoir si cela suffira. Comme de nombreux épidémiologistes l'avaient prévu et malgré ce qu'espérait M. Macron, l'épidémie est repartie à des niveaux inquiétants, qui ont conduit le Premier ministre Jean Castex à parler de "troisième vague".

"D'autres départements ou régions vont probablement entrer dans ce type de dispositif dans les quinze jours ou trois semaines", a pronostiqué dans Nice-Matin un membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement, Olivier Guérin.

Les indicateurs n'ont pas été publiés vendredi à cause d'un incident technique, selon l'agence sanitaire Santé publique France. Mais la veille, le pays avait enregistré près de 35.000 nouveaux cas en 24 heures et comptait 4.250 patients en réa (un quart en Ile-de-France).

Pour sortir du tunnel, le gouvernement mise encore et toujours sur la vaccination. Près de 6 millions de personnes ont reçu au moins une injection, dont 2,4 leurs deux doses.

Après quatre jours de suspension, la Haute autorité de santé (HAS) a donné vendredi son feu vert à la reprise de la vaccination avec AstraZeneca, mais a recommandé de le réserver aux 55 ans et plus.

En effet, les graves (et rares) troubles de la coagulation pour lesquels on soupçonne un lien avec ce vaccin ont essentiellement été observés chez des moins de 55 ans en Europe, avec trois cas en France.

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