Dans les hôpitaux slovaques, des prêtres à la rescousse du personnel

Publié le à Prešov (Slovaquie) (AFP)

Dans un hôpital aux fenêtres cassées de Presov, dans l'est pauvre de la Slovaquie, le père Martin aide le personnel médical débordé à lutter contre le Covid-19, dans un pays qui enregistre le taux de mortalité le plus élevé au monde.

Vêtu d'une combinaison de protection complète portant son nom griffonné au marqueur rouge, le prêtre aide à déplacer, nourrir et laver les patients. Il prie avec eux et tente à l'occasion de les faire rire.

Le père Martin Miskuf, 32 ans, fait partie des dizaines de prêtres catholiques qui se sont portés volontaires en janvier pour aider les soignants dans les régions particulièrement touchées par la pandémie dans l'est de la Slovaquie.

"Ils éclairent nos jours", déclare Eva, 66 ans, entre des bouffées d'oxygène qu'elle aspire d'un respirateur.

Dans le couloir de cet hôpital aux peintures écaillées, repose un corps enveloppé d'une couverture de secours.

Ce pays de l'UE de 5,4 millions d'habitants enregistre actuellement un taux de 24 décès dus au Covid-19 pour 100.000 habitants sur les 14 derniers jours, le plus élevé au monde devant le Portugal (22) et la République tchèque (18), selon un décompte de l'AFP.

Au total, 3.900 patients Covid sont actuellement hospitalisés, alors que le nombre total de décès est de 6.350.

Pendant ses huit heures de service chaque jour, le père Martin voit la mort au quotidien, mais pour celui qui croit en la résurrection, ce n'est pas la fin du voyage.

"Voir des gens mourir est difficile mais c'est aussi un encouragement dans ma foi", dit-il à l'AFP, "Pour moi, ces gens sont aussi des âmes humaines que le Seigneur attend".

- "Nous nous sentons plus utiles" -

Les églises étant fermées, 77 prêtres catholiques se sont portés volontaires en janvier pour aider dans les hôpitaux de l'est du pays, une région pauvre, où le PIB par habitant est trois fois inférieur à celui de la capitale Bratislava.

"En raison du confinement, nous n'avions aucun contact direct avec les gens et nous nous sentions donc inutiles", explique le père Jozef Kmec. Aujourd'hui, ce secrétaire personnel de l'archevêque local participe aux inscriptions dans un centre de vaccination voisin.

"L'initiative est née sur notre groupe Facebook début janvier et s'est rapidement répandue dans toute la région", raconte-t-il.

"Nous nous sentons plus utiles ici", confie-t-il. "Nos prêtres essaient de soulager le personnel médical qui n'a pas le temps de parler aux patients. Ils les rassurent. Et le personnel médical jure moins en présence des religieux", observe-t-il.

Pour Lenka Molcsanyiova, médecin travaillant au centre de vaccination, les prêtres sont une "vraie bénédiction".

"Certains de nos patients se tournent vers les prêtres pour une sorte d'aide psychologique, pour parler de leurs problèmes. Parfois c'est comme une confession pour eux", relève-t-elle.

"Ce sont nos anges", commente l'infirmière en chef Monika Kummerova.

– "Les journées passent plus rapidement" –

Daniela Semencikova, mère de quatre enfants de 37 ans, avait contracté le virus à l'hôpital local où elle s'était rendue lorsque sa fille s'était cassé le bras.

"Grâce à ces gentils jeunes gens, les journées passent plus rapidement", estime-t-elle. "Les prêtres nous remontent le moral, nous aident sur le plan spirituel, prient avec nous et nous offrent la Sainte Communion."

Ils gardent leur sens de l'humour malgré le contexte tragique.

Le père Martin sourit en se souvenant de la fois où une vieille dame a dit qu'elle en avait assez de boire de l'eau et a demandé un verre de rhum.

"Je lui ai dit que nous ne servions pas de rhum ici, mais je lui ai offert du "vin" à la place. Elle a avalé sans problème un verre d'eau en croyant que je lui avais donné du vin. C'était un mensonge miséricordieux", se souvient le jeune prêtre.

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