Dépréciation au Liban: la livre bat un nouveau record historique

Publié le à Beyrouth (AFP)

La livre libanaise a atteint mardi un plus bas historique sur le marché noir où elle frôle les 15.000 livres pour un dollar, poursuivant sa chute libre dans le sillage d'un effondrement économique aggravé par l'inertie des responsables.

Trois changeurs, interrogés par l'AFP sous couvert de l'anonymat, ont assuré que le taux de change se situe entre 14.800 et 14.900 livres pour un dollar.

Dans un quartier de Beyrouth, un habitant a indiqué à l'AFP avoir changé au taux de 15.000 livres pour un dollar.

Depuis le début de la crise à l'automne 2019, la monnaie nationale a perdu 90% de sa valeur face au billet vert, alors que le taux officiel est toujours fixé à 1.507 livres pour un dollar.

Après avoir oscillé durant des semaines autour de 8.500 livres pour un dollar, la situation s'est nettement détériorée début mars, le billet vert franchissant le seuil symbolique des 10.000 livres avant que la monnaie locale ne poursuive une chute accélérée.

L'effondrement monétaire inédit par son ampleur dans l'histoire du pays a suscité une nouvelle vague de colère.

Des protestataires ont encore bloqué, mardi après-midi, des routes, incendiant des pneus et des bennes à ordures.

La dépréciation provoque des records d'inflation et face à cette volatilité extrême, des commerces ont temporairement fermé leurs portes ces derniers jours, dans l'attente d'une stabilisation. "Fermé à cause du dollar élevé", pouvait-on lire sur la façade d'une épicerie à Beyrouth.

L'inflation annuelle a déjà dépassé les 140% fin 2020, selon des statistiques officielles.

"Le pays s'effondre autour de nous et nous ne pouvons rien faire", a déploré sur Twitter Maha Yahya, directrice du Centre Carnegie à Beyrouth, fustigeant des politiciens qui "tiennent en otage" le pays.

Malgré l'urgence, les politiques, accusés d'incompétence et de corruption, restent imperturbables après avoir survécu à un mouvement de contestation inédit fin 2019.

Et plus de sept mois après l'explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth -imputée à la négligence des autorités-, le pays attend toujours la formation d'un nouveau gouvernement, les partis bien trop absorbés par leurs marchandages interminables pour s'occuper des pressions locales et internationales.

Outre la dégringolade monétaire, le pays connaît une explosion du chômage et une paupérisation à grande échelle. Plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon l'ONU, tandis que les banques continuent d'imposer des restrictions draconiennes aux épargnants.

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