Des militants de Greenpeace arrêtés après une intrusion sur le chantier de l'EPR à Flamanville

Publié le à Flamanville (France) (AFP)

Sept militants de Greenpeace ont été arrêtés tôt jeudi après s'être introduits sur le chantier du réacteur EPR à Flamanville (Manche) pour dénoncer "l'irresponsabilité" des candidats pro-nucléaires à la présidentielle, en plein débat sur l'avenir de cette énergie en France.

"Localisés" sur le chantier de l'EPR "immédiatement après" leur intrusion vers 5h30 selon EDF, ils ont été interpellés puis libérés et "vont être convoqués cet après-midi pour être entendus par les gendarmes", a précisé à l'AFP Yves Le Clair, le procureur de la République de Cherbourg, en milieu de matinée.

Parmi eux figurait le directeur général de Greenpeace France Jean-François Julliard, selon le parquet.

"Les militants sont entrés dans la zone où se situent les bâtiments administratifs de la centrale de Flamanville pour y déployer une banderole", a précisé EDF, "à aucun moment ils n'ont atteint les installations industrielles".

Six autres activistes se sont par ailleurs enchaînés vers 5h30 à des trépieds de plusieurs mètres de haut et un camion placés devant les entrées du chantier, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Les militants ont laissé rentrer les ouvriers à pied mais ceux-ci sont repartis car EDF a fermé le chantier. "On applique des procédures de vérifications", a indiqué le service communication de géant du nucléaire sans pouvoir préciser quand l'activité allait reprendre.

"Tant d'argent a été dépensé dans cette technologie dangereuse" alors que des énergies "alternatives sont disponibles", a déclaré à l'AFP Daron, un militant anglais de 53 ans, frigorifié, avec un grand cadenas autour du cou qui l'enchaîne à l'un des trépieds.

"Ni énergie fossile ni nucléaire, pour la paix", "nucléaire, danger" pouvait-on lire sur des pancartes en anglais au-dessus et à côté de lui.

- "Candidats pro-nucléaires" -

Avec ces deux actions Greenpeace entend "dénoncer l'irresponsabilité d'Emmanuel Macron et des autres candidats pro-nucléaires qui veulent construire de nouveaux réacteurs EPR alors qu'on le voit avec la situation en Ukraine, le nucléaire est dangereux", a expliqué Nicolas Nace, chargé de la transition énergétique à Greenpeace France.

Derrière lui, la camionnette garée devant le chantier arborait des pancartes "Nucléaire: Macron irresponsable" ou "+ d'EPR + de fiascos".

L'ONG a indiqué qu'elle ciblait plus précisément, outre le président sortant, la candidate RN Marine Le Pen ainsi qu'Eric Zemmour (Reconquête!), Valérie Pécresse (LR) et le communiste Fabien Roussel.

EDF construit cet EPR, dont le chantier accumule retards et surcoûts, aux côtés des deux réacteurs en service de sa centrale de Flamanville.

Cette nouvelle action "symbolique" intervient alors que le président Emmanuel Macron a annoncé le 10 février un programme de construction de six réacteurs EPR en France d'ici à 2035, en plus de celui en construction en Normandie.

"L'EPR de Flamanville est la preuve que le mythe du nucléaire pas cher n'est pas vrai. La facture a été multipliée par six" en 15 ans, a ajouté M. Nace.

Lancé fin 2007, le chantier normand cumule 11 ans de retard et son coût est monté à 12,7 milliards d'euros selon EDF contre 3,3 milliards annoncé en 2006. La Cour des comptes a elle estimé la facture à 19 milliards en 2020.

La mise sur le réseau du premier kilowatt est annoncée par EDF pour 2023.

Greenpeace France a demandé en début d'année "un moratoire" sur les travaux, "afin de conduire une évaluation en toute indépendance de la viabilité des réacteurs nucléaires EPR".

Depuis la fin des années 90, Greenpeace s'introduit régulièrement sur les sites des centrales nucléaires pour dénoncer cette énergie. Cela lui vaut des condammnations en correctionnelle.

L'EPR de Flamanville est actuellement le seul en construction en France. Trois réacteurs EPR ont déjà été mis en service dans deux pays: deux en Chine en 2018 et 2019, à Taishan, et un en Finlande mi-mars.

Un incident avait conduit en juillet à l'arrêt de l'un de ces réacteurs EPR à Taishan.

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