Des milliers de Corses dans la rue pour Yvan Colonna et contre l'"Etat français assassin"

Publié le à Corte (France) (AFP)

"Statu francesu assassinu!", hurle un homme en tête de cortège, aussitôt repris par la foule: derrière ce mot d'ordre "Etat français assassin", des milliers de personnes ont défilé dimanche à Corte (Haute-Corse), en soutien à Yvan Colonna, une manifestation émaillée d'incidents.

Sous une pluie fine et froide, les manifestants - 4.200 selon la préfecture, 15.000 selon les organisateurs nationalistes - ont défilé dans les rues étroites de Corte, l'ancienne capitale corse au XVIIIe siècle.

Des Corses sont venus de toute l'île en soutien à "Yvan", comme ils l'appellent. Le militant indépendantiste, incarcéré à Arles (Bouches-du-Rhône) pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, a été violemment agressé par un codétenu mercredi. Depuis, il est entre la vie et la mort, soigné dans un hôpital marseillais.

Anne Seta, 55 ans, n'est pas nationaliste, mais se dit régionaliste. Elle est venue d'Ajaccio, à une heure trente de route, car "ça touche déjà sur un plan humain (...), c'est important d'être là pour Yvan et la famille". "On lutte pour être entendu, on lutte contre des injustices, comme disait Hugo c'est le combat de l'ombre et de la lumière", poursuit-elle.

"Ca n'aurait pas dû arriver si on avait pu être entendu. On a l'impression d'une hypocrisie de l'Etat, du mépris aussi", insiste-t-elle. Le détenu, condamné à perpétuité, ainsi que deux autres membres du "commando Erignac", demandent depuis des années à purger leur peine en Corse, près des leurs, ce qui leur a toujours été refusé.

En passant dans les rues étroites du centre de Corte, le cortège, hurlant alternativement "Français de merde!" et "Yvan! Yvan! Yvan!", appelle les gens, qui observent la manifestation de leurs fenêtres, à les applaudir.

- affrontements et blessés -

Commencée dans le calme, la manifestation a été émaillée d'incidents à partir de 16H00. Des jeunes encagoulés ont lancé des projectiles par-dessus les barrières, "cocktails molotov, des boules de pétanque, des haltères, des bombes agricoles", selon la préfecture. En réponse, les forces de l'ordre répliquaient avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes.

Deux heures après le début des incidents, une centaine d'émeutiers continuait à affronter la police, tandis que la plupart des manifestants restaient sur le cours Paoli, en retrait. A leur passage, les protestataires, tout en noir et le poing levés, étaient applaudis par les manifestants. Ils se sont totalement dispersés vers 18H30.

Plusieurs poubelles ont été incendiées ainsi qu'une voiture immatriculée dans le Rhône, selon les journalistes de l'AFP sur place. Un drapeau français a été brûlé par des manifestants, a observé un photographe de l'AFP. Un délit passible de six mois d'emprisonnement.

Les pompiers ont dénombré 25 blessés parmi les manifestants, dont 15 ont été transportés à l'hôpital. "Il n'y a pas de cas grave, pas de pronostic vital engagé, ce sont essentiellement des sutures et des blessures par éclat", a indiqué à l'AFP Christophe Hebert, médecin chef du Sdis de Haute-Corse.

Les gendarmes ont fait état de quatre blessés dans leurs rangs, et ont interpellé quatre personnes, dont une "armée d'un couteau". Dans un communiqué, le préfet de Haute-Corse "condamne les violences commises et appelle à ce qu’elles cessent". Selon la préfecture, des manifestants ont menacé de faire exploser une bouteille de gaz à proximité du dispositif des gendarmes.

Le président de la collectivité de Corse Gilles Simeoni, qui a participé à la manifestation et même aidé un blessé, a préféré retenir "une mobilisation sans précédent (...). Tout le peuple corse a exprimé sa tristesse, son incompréhension, sa colère, et Paris serait bien avisé d'en tenir compte".

Selon lui, "le gouvernement et l'Etat depuis la tentative d'assassinat d'Yvan Colonna (...)auraient eu largement les moyens s'ils avaient eu cette volonté, de donner des signes d'apaisement".

En 1998, après l'assassinat du préfet Erignac, plus de 20.000 personnes étaient descendues dans la rue en Corse pour exprimer leur émotion.

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