Des terrains de sport à la rue, la colère antiraciste gronde aux Etats-Unis

Publié le à Kenosha (Etats-Unis) (AFP)

Les blessures infligées à l'Afro-Américain Jacob Blake par un policier blanc ont rallumé les braises de la colère antiraciste aux Etats-Unis, avec de nouvelles manifestations et une campagne de boycott du monde sportif, même si les basketteurs de la NBA semblent prêts à regagner les terrains.

Un calme précaire régnait jeudi à Kenosha, dans le nord des Etats-Unis, où des policiers fédéraux et des soldats de la Garde nationale ont été dépêchés après des violences qui ont fait deux morts et un blessé grave.

Un jeune de 17 ans, Kyle Rittenhouse, qui s'était joint à des groupes d'hommes en armes affichant leur volonté de "protéger" la ville, a été arrêté et inculpé pour ces meurtres. Il est soupçonné d'avoir ouvert le feu sur des manifestants avec un fusil d'assaut.

Pour rendre hommage à ces victimes, des centaines de personnes ont encore défié mercredi soir malgré le couvre-feu imposé par les autorités, sans laisser déborder leur colère contrairement aux trois nuits précédentes entachées par de nombreuses destructions.

"Tout le monde s'attend à ce qu'on ait la rage, qu'on devienne fous, mais on va continuer à manifester dans le calme", a déclaré à l'AFP un musicien se présentant sous son nom de scène, Big Homie Trail.

"L'atmosphère a radicalement changé", a confirmé jeudi le shérif du comté David Beth lors d'une conférence de presse. "Il n'y avait que quelques centaines de personnes qui ont marché pacifiquement", a-t-il ajouté.

La nuit a été plus chaotique à Oakland, en Californie, où un tribunal a été pris pour cible, ou à Minneapolis, dans le Minnesota, où une vingtaine de commerces ont été pillés et vandalisés alors que circulait une rumeur de nouvelle bavure policière.

La grande métropole du nord est à vif depuis la mort, le 25 mai, de George Floyd, un Afro-américain asphyxié par un policier blanc. Son calvaire, filmé par un témoin, a suscité la plus grande mobilisation antiraciste des dernières décennies aux Etats-Unis.

- "Organisation politique" -

Celle-ci s'était largement essoufflée ces dernières semaines, mais les plaies ont été rouvertes par l'affaire Jacob Blake. Ce père de famille de 29 ans a été touché, dimanche à Kenosha, de plusieurs balles dans le dos tirées à bout portant par un policier blanc. Selon son avocat, il restera paralysé.

L'auteur des tirs, l'agent Rusten Sheskey, a été mis à pied, mais n'a pas été arrêté ni inculpé. La justice fédérale a toutefois annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête en parallèle de celle menée par la justice locale.

Le drame a suscité une onde de choc et une mobilisation sans précédent des sportifs américains, enclenchée par l'équipe de basket-ball des Milwaukee Bucks.

Ses joueurs ont boycotté un match et contraint la NBA à reporter plusieurs autres rencontres mercredi et jeudi. Assez pour que le président Donald Trump accuse la NBA d'être une "organisation politique" et de moquer leurs "très mauvaises" audiences.

D'après les médias américains, les joueurs ont toutefois décidé de reprendre la compétition dès vendredi.

La joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka a quant à elle refusé un temps de disputer la demi-finale du tournoi de Cincinnati, dont les organisateurs ont reporté d'un jour tous les matches prévus jeudi. Des matches de football et de baseball ont également été reportés.

- "De l'huile sur le feu" -

Sans un mot pour Jacob Blake, Donald Trump a mis l'accent sur les violences commises en marge des manifestations et juré qu'il ne tolèrerait pas "l'anarchie dans les rues américaines".

Jeudi soir, il doit prononcer un discours depuis la Maison Blanche pour accepter la nomination de son parti comme candidat à la présidentielle du 3 novembre face au démocrate Joe Biden.

Ce dernier, que le président accuse de laxisme promettant le chaos s'il devait être élu, lui a renvoyé la balle. "Tout ce que fait le gouvernement c'est de jeter de l'huile sur le feu", a critiqué Joe Biden, en accusant Donald Trump de "vouloir détourner l'attention" de sa mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19.

Sa colistière, la sénatrice noire Kamala Harris, a enfoncé le clou, en appelant à ne pas confondre les manifestants pacifiques et ceux qui commettent des violences. "Et soyons clairs, nous ne laisserons pas les milices et les extrémistes faire dérailler le train de la justice", a-t-elle ajouté alors que le président a régulièrement soutenu le droit des Américains à l'auto-défense.

© 2020 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info