Des travailleurs agricoles indiens sous étroite surveillance au sud de Rome

Publié le à Sabaudia (Italie) (AFP)

A une centaine de kilomètres au sud de Rome, une petite communauté de travailleurs agricoles indiens touchée par un foyer de coronavirus -dont on ne connaît pas encore le type de variant- est désormais étroitement contrôlée par la police italienne.

Sadik Mohammed, un résident de ce quartier qui vient d'être classé à haut risque, doit comme tout le monde brandir son certificat de déplacement pour passer le barrage. "La police examine ce document et le contrat de travail, et après on peut passer", indique-t-il, soulagé, à l'AFP.

Le président de la communauté, Dillon, qui arbore un turban bleu roi, confirme que les habitants ne sont pas totalement cantonnés dans leurs habitations. "Vous pouvez uniquement sortir pour des raisons valables de travail, ou si vous devez acheter de la nourriture. Ce n'est pas parce qu'il y a une zone rouge qu'on ne mange pas, l'estomac réclame quoiqu'il en soit son dû!" plaisante-t-il.

Sabaudia est une station balnéaire construite pour les Romains dans les années 30 sous le régime fasciste, après l'asséchement des marécages. La commune abrite, bien à l'écart de son centre dans le quartier "Bella Farnia", une communauté essentiellement d'origine Sikh, qui s'entasse dans des maisonnettes blanches et beiges un peu décrépies, à l’origine destinées à des vacanciers.

Samedi, ses allées y étaient presque désertes. Quelques habitants installés se saluaient à distance depuis leurs terrasses, d'autres transportaient sur leur vélo des bonbonnes de gaz achetées chez le dépanneur indien.

Jeudi, une campagne de dépistage sur 550 personnes a décelé 86 cas positifs à Bella Farnia, immédiatement isolés dans des structures d'hébergement. Les autorités italiennes ont classé dès le lendemain le quartier en "zone rouge" (risque maximum), avec surveillance de ses points d'entrée, car certains résidents ont pu revenir récemment de leur pays d'origine en proie à une épidémie exponentielle.

- Variant indien -

Les analyses de laboratoire détermineront si le variant indien est présent dans le quartier. Deux cas de variant indien - encore très rare en Italie- ont été détectés la semaine dernière dans la région de Venise.

Un nouveau dépistage va être organisé précise Dillon. "Il y aura certainement d'autres cas positifs, je ne peux pas dire que nous seront tous négatifs, mais c'est comme cela partout dans le monde", minimise-t-il, tout en approuvant la mesure. "C'est bon pour la sécurité des citoyens et de notre communauté toute entière qu'ils aient fait ces dépistages", estime-t-il.

Environ 11.000 Indiens vivent officiellement dans différents endroits de cette province agricole et touristique de Latina.

Mais durant les périodes de récoltes d'autres compatriotes arrivent avec des visas de touristes pour devenir ensuite une population "d'invisibles", qui ont peur de se présenter pour faire des tests Covid, relevait samedi le quotidien de la région de Rome, Il Messagero.

En 2008, rappelle le journal, une enquête avait en outre révélé que 48 unités d'habitation du quartier indien avaient été rachetées, suite à une faillite, par une société basée en Calabre.

Comme souvent en Italie la mafia est soupçonnée de vouloir tirer de l'argent des travailleurs agricoles aux conditions de vie précaires.

L'Italie est en alerte. Près de 10% des passagers et membres d'équipage d'un avion de 223 personnes arrivé mercredi soir à Rome en provenance d'Inde ont été testés positifs au Covid-19. Selon des témoignages recueillis par des médecins à l'aéroport, certains voyageurs ont indiqué avoir payé 20 dollars pour obtenir un faux test négatif au coronavirus, rapportait samedi Il Messagero.

L'entrée en Italie des personnes vivant en Inde, au Bangladesh et au Sri Lanka a été interdite depuis dimanche dernier. Mais toutes celles résidant en Italie peuvent rentrer à condition de faire un test Covid au départ et à l'arrivée, puis observer une quarantaine à leur retour.

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