Deux heures de sommet Biden-Poutine pour éviter une escalade en Ukraine

Publié le à Washington (AFP)

Joe Biden et Vladimir Poutine ont eu mardi un échange à haut risque de deux heures, avec pour principal enjeu la crainte d'escalade militaire en Ukraine.

Les agences de presse russes ont annoncé la fin de la conversation, puis la Maison Blanche a fait savoir que l'entretien s'était achevé à exactement 17h08 GMT, sans donner d'indication sur le contenu dans l'immédiat.

La discussion entre les présidents américain et russe avait débuté à 15h07 GMT précises, selon Washington, par un échange de politesses diffusé par la télévision russe.

"C'est bon de vous revoir", a déclaré Joe Biden.

"Je vous salue, monsieur le président", a dit Vladimir Poutine, souriant, assis à une longue table, face à un écran sur lequel apparaissait son homologue. Le président russe se trouvait dans sa résidence de Sotchi, station balnéaire au bord de la mer Noire.

Le président américain a participé à la conversation depuis la "Situation Room" de la Maison Blanche, une salle ultra-sécurisée d'où l'exécutif américain pilote les interventions militaires sensibles, et fermée aux journalistes.

Son conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan répondra aux questions de la presse à 19H00 GMT.

Les Etats-Unis, accusés de faire cavalier seul lors du retrait d'Afghanistan et de mener certains dossiers internationaux sans trop d'égards pour leurs alliés, insistent lourdement sur leur étroite coordination avec les Européens et les Ukrainiens.

Joe Biden téléphonera ainsi mardi au président français Emmanuel Macron, à la chancelière allemande Angela Merkel, et aux Premiers ministres italien Mario Draghi et britannique Boris Johnson après son échange avec Vladimir Poutine.

Il avait déjà parlé à ces mêmes alliés lundi et convenu de rester "en contact étroit".

Joe Biden doit également, dans les jours qui viennent, rendre compte de la conversation au président ukrainien Volodymyr Zelensky, avait annoncé l'exécutif américain lundi.

- "Stable" et "prévisible" -

L'espoir du président américain d'établir une relation "stable" et "prévisible" avec la Russie, exprimé en juin lors d'un sommet en personne entre les deux hommes à Genève, semble avoir vécu, au moins pour le moment.

Washington, l'Otan et Kiev accusent Moscou de masser des troupes à la frontière avec l'Ukraine en vue d'attaquer le pays. Le scénario rappelle 2014 et l'annexion russe de la péninsule de Crimée, puis le déclenchement dans l'est ukrainien d'un conflit armé qui a fait plus de 13.000 morts.

Le Kremlin dément tout projet d'invasion. Et Moscou reproche à Washington de négliger ses propres préoccupations: l'activité accrue des pays de l'Otan en mer Noire, la volonté ukrainienne de rejoindre l'alliance atlantique et l'ambition de Kiev de s'armer auprès de l'Occident.

"La Russie n'a jamais eu l'intention d'attaquer qui que ce soit mais nous avons des lignes rouges", a assuré lundi Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

Beaucoup d'observateurs, en Europe et aux Etats-Unis, pensent que Vladimir Poutine bluffe avec le déploiement de forces aux frontières de l'Ukraine, mais peu écartent complètement l'hypothèse d'une attaque.

Si Moscou devait passer à l'acte, un haut responsable de la Maison Blanche a prévenu que les Etats-Unis "répondraient favorablement" à une demande de présence militaire américaine accrue en Europe de l'Est et soutiendraient davantage l'armée ukrainienne.

Washington brandit aussi la menace de sanctions économiques contre le régime russe. Et assure qu'elles seraient plus douloureuses que celles qui se sont empilées sans grand effet sur la Russie depuis 2014.

"Nous savons bien que la partie américaine a une addiction aux sanctions", a ironisé mardi le porte-parole du Kremlin.

L'Union européenne est elle aussi prête à adopter des sanctions supplémentaires contre la Russie, a prévenu mardi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

La tenue de ce sommet virtuel Biden-Poutine est déjà un succès pour la Russie, qui se veut une puissance géopolitique incontournable et arrache ainsi au moins temporairement le président américain à sa grande priorité stratégique, la rivalité avec la Chine.

Cela faisait quelques semaines que le Kremlin réclamait un face-à-face entre les deux présidents.

Au-delà de l'Ukraine, la stabilité stratégique et le contrôle des armements nucléaires, les piratages informatiques et la cybersécurité, ou encore le nucléaire iranien figuraient sur la liste des sujets susceptibles d'être débattus mardi.

"Il est clair que lorsque deux présidents vont vers le dialogue, c'est qu'ils veulent débattre des problèmes et ne visent pas l'impasse", avait relevé Dmitri Peskov. "Mais il ne faut pas s'attendre à des percées" immédiates, avait-il prévenu.

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