"Dieu Merci": à Lagos, les lieux de culte autorisés à rouvrir

Publié le à Lagos (AFP)

Après plus de cinq mois de silence avec la pandémie de Covid-19, les traditionnels chants des muezzins et les retentissants "Amen" des églises évangéliques s'élèvent à nouveau au-dessus de Lagos, tentaculaire mégalopole du Nigeria.

Depuis vendredi, les lieux de culte sont autorisés à rouvrir, une bénédiction pour les Lagossiens, qui se divisent à parts pratiquement égales entre chrétiens et musulmans mais partagent la même ferveur religieuse.

"Je remercie Dieu d'avoir su toucher le cœur de nos dirigeants pour les convaincre de rouvrir les églises", s'est réjoui dimanche matin un fidèle à la sortie de la messe.

La semaine dernière, le gouverneur de l'Etat de Lagos, Babajide Sanwo-Olu, a annoncé l'assouplissement de certaines mesures de confinement mises en place en mars pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus.

Capitale économique de 20 millions d'habitants, Lagos est l'épicentre de l'épidémie au Nigeria, qui a fait près d'un millier de morts début août selon les chiffres officiels.

Les aéroports internationaux et les écoles restent eux fermés, le couvre-feu nocturne est maintenu et les rassemblements familiaux restreints à 50 personnes.

- "Bienvenue!" -

Le long de la voie rapide qui traverse l'immense quartier de Lekki, certaines églises pour la plupart évangéliques ont aussitôt accroché des affiches géantes pour accueillir les fidèles: "Bienvenue! Nous sommes heureux de vous retrouver!"

Les "mega-churches", immenses églises de la taille de stades ou de cathédrales pouvant rassembler des dizaines de milliers de personnes, n'ont elles pas eu le temps de se mettre aux normes et envisagent une réouverture progressive dans les semaines à venir.

Pasteur célèbre pour des guérisons miraculeuses, TB Joshua attend lui "l'appel de Dieu" pour reprendre du service. "C'est le travail de Dieu. Et Lui-seul décide de son temps", a-t-il estimé sur Twitter après l'annonce du gouverneur.

Pour les plus petites congrégations, dimanche était pourtant un grand jour. A Word Assembly, église d'à peine un millier de fidèles, on se pressait en tenues soignées pour s'assoir sur des chaises distantes d'1,50m.

"Je suis tellement heureuse", confie Laura Ekhaesomhi à l'AFP. "Ne plus regarder la messe comme si c'était un film, mais en voyant le chœur qui chante, ça fait vraiment quelque chose".

Ici comme dans la plupart des lieux de culte du pays, des services religieux en ligne ont été mis en place pendant les longs mois de confinement. "Mais ce n'est pas la même chose", explique Chief Matthew Otone. "Quand je suis à l'Eglise, j'ai l'impression de pouvoir sentir la présence de Dieu, et le paradis descendre sur moi".

Dans son sermon, le pasteur Isi Iyere a rappelé les gestes barrière et prié pour que "le Seigneur soit un bouclier" face à la pandémie. "Dieu merci, nous pouvons nous retrouver enfin. Le diable a échoué dans sa mission", a-t-il proféré.

- Figures d'autorité -

Vendredi déjà, les musulmans s'étaient pressés dans les mosquées de Lagos, après des mois de prières à domicile ou sur des tapis installés à même les trottoirs.

A la grande mosquée de Zawiyat Sofwat El-Islam, dans le nord de la ville, les responsables peinaient à contrôler les foules, refusant l'accès aux personnes de plus de 65 ans et aux enfants. "C'est pour vous que nous faisons ça. Seuls les vivants peuvent continuer à servir Dieu", expliquait une encadrante derrière son masque.

Dans ce pays où une grande partie de la population nie l'existence du virus ou sont peu informés sur ses modes de transmission, de nombreux observateurs ont répété l'importance des responsables religieux, figures d'autorité, dans la lutte contre la pandémie.

Beaucoup restent convaincus que les prières aideront le pays à sortir de cette terrible crise sanitaire et économique.

"Nous avons déjà eu affaire à la fièvre Lassa et à Ebola", explique l'Imam Ahmad Saheed dans son sermon. "Prions Allah et supplions-le maintenant d'éradiquer le coronavirus de la surface de la Terre".

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