Droits des femmes: des milliers de personnes défilent pour les "premières de corvées"

Publié le à Paris (AFP)

"Quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête!": des dizaines de milliers de manifestants ont défilé lundi à Paris et dans plusieurs grandes villes de France, pour dénoncer la persistance des inégalités subies par les femmes, que la crise sanitaire et les confinements ont encore renforcées.

Écarts de salaires, discriminations, violences sexuelles et sexistes: les "premières de corvées" étaient appelées à se mettre en "grève féministe", comme le proclamait la banderole de tête du cortège parisien, qui a rassemblé dans une ambiance festive de 3.600 à 30.000 personnes, selon la police et les organisateurs.

Dans plusieurs cortèges, les banderoles usaient de l'humour pour exprimer la colère: "Rage against the machism" à Paris, "La femme ne sera pas l'avenir de l'homme: qu'il se démerde" à Toulouse (où la préfecture a compté environ 3.800 manifestants), "Laissez-nous jouir de nos droits", ou "chatte en colère" à Rennes, où les quelque 1.700 participants ont notamment rendu hommage aux dizaines de victimes de féminicides de l'année écoulée.

- "Les hommes ont un rôle à jouer" -

Les manifestants étaient également environ 1.600 à Nantes, 500 à Lille - dont de nombreuses étudiantes et lycéennes - et 350 à Strasbourg, où la banderole de tête proclamait "Egalité professionnelle femme-homme : le compte n'y est pas".

"Ce n'est pas que le combat des femmes. Les hommes ont leur rôle à jouer dans la prise de conscience des inégalités", commentait Samuel Maurer, un pompier de 30 ans croisé dans le cortège strasbourgeois.

A Marseille, dans une manifestation clairsemée de moins de 200 personnes, six féministes africaines étaient venues dire "Stop aux violences faites aux femmes". "Tout le monde sait que quand ça ne va pas dans le monde, c'est la situation des filles qui en pâtit", a observé la comédienne ivoirienne Naky Sy Savané. Pendant la crise du Covid, "les écoles ont été fermées et les excisions et les mariages forcés ont augmenté", a-t-elle ajouté.

"Le 8 mars est toujours l'occasion de rappeler la réalité en France: 250 viols ou tentatives de viol par jour, près de 32% des femmes harcelées sexuellement au travail et 16% de la population française qui a subi des violences sexuelles dans l'enfance", a souligné la militante féministe Caroline De Haas, du collectif #noustoutes.

Les manifestantes entendaient également dénoncer la persistance des inégalités dans le monde du travail: symboliquement, les femmes étaient appelées à s'arrêter à 15h40, heure théorique où elles cessent d'être rémunérées compte tenu de l'écart moyen de salaire avec les hommes, tous contrats confondus (environ 25%).

Dans un rare communiqué commun, sept des huit grandes organisations syndicales ont réclamé l'ouverture de négociations pour "revaloriser les salaires des métiers à prédominance féminine".

- "Inexplicable" -

"Il est absolument anormal, je n'ose dire scandaleux, qu'à travail égal, même si des progrès ont été accomplis, le salaire ne soit pas encore égal. C'est inexplicable", a estimé le Premier ministre Jean Castex, à la remise des prix "1.000 possibles" lundi.

En vertu de cette opération lancée par le gouvernement et qui veut "donner confiance à toutes les femmes", toutes les petites filles nées ce 8 mars devraient recevoir la lettre d'une personnalité féminine "inspirante" (dont la créatrice Agnès B, les chanteuses Pomme et Nolwenn Leroy, la militante Latifa Ibn Ziaten).

Côté monde économique, la ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes Elisabeth Moreno s'est dite favorable à des "quotas" de femmes dans les comités de direction des entreprises.

Le sujet devrait être évoqué lors de l'examen de la proposition de loi visant à "accélérer l'égalité économique et professionnelle", déposée lundi par les députés LREM.

Les résultats de l'index de l'égalité femmes/hommes dans les entreprises, publiés lundi, indiquent que cette année, 70% des entreprises de plus de 50 salariés ont publié leur note contre 59% l'année dernière.

Mais si, en dépit de la crise, "les entreprises ont été au rendez-vous", cela "progresse insuffisamment", a commenté la ministre du Travail lundi sur RTL. Seulement 2% d'entre elles obtiennent la note de 100. "98% ont des marges de progrès", a souligné Élisabeth Borne.

Le ministère de l'Economie et des Finances s'est engagé de son côté lundi "à ne plus participer à des manifestations publiques ou événements médiatiques, en présentiel ou à distance, qui ne compteraient aucune femme parmi les intervenants".

Et la banque publique d'investissement Bpifrance a annoncé avoir conclu un accord avec le gouvernement pour "développer et promouvoir la création et la reprise d'entreprises par des femmes". L'objectif est de faire en sorte que "30% des financements soient attribuées à des start-up féminines, soit un doublement des chiffres actuels", a souligné le président Emmanuel Macron lors d'une rencontre avec des entrepreneuses organisée dans une pépinière d'entreprises à Paris.

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