Droits des femmes: les "premières de corvées" appelées à "la grève de tout"

Publié le à Paris (AFP)

"Quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête!": les femmes, "premières de corvées" dans la crise sanitaire, sont appelées à faire "grève de tout" et à manifester lundi, journée de lutte pour leurs droits, après un week-end déjà marqué par des mobilisations.

Ecarts de salaires, discriminations, violences sexuelles et sexistes renforcées avec la crise du Covid-19 et les confinements... "On arrête toutes lundi", a lancé dimanche à Paris Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes.

Plusieurs centaines voire milliers de personnes, essentiellement des femmes comme à Paris, se sont également mobilisées samedi à Nice, Lille et Strasbourg, et dimanche à Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse ou encore Bastia.

Pour la journée internationale des droits des femmes, date symbolique officialisée en 1977 par l'ONU, une quarantaine d'organisations ont lancé un mouvement unitaire baptisé "Grève féministe" pour "mettre fin aux discriminations et aux violences sexistes et sexuelles" subies par celles qu'elles ont rebaptisées les "premières de corvées".

De nouveaux rassemblements sont prévus dans toute la France. A Paris, une manifestation s'élancera de Port-Royal pour rejoindre la place de la République en début d'après-midi. Des préavis de grève ont été déposés dans l'Education nationale, le rail, l'énergie ou encore à La Poste.

Symboliquement, les militantes appellent les femmes à s'arrêter lundi à 15h40, heure théorique où elles cessent d'être rémunérées compte tenu de l'écart moyen de salaire avec les hommes, tous contrats confondus (environ 25%).

Associations féministes et syndicats, parmi lesquels la FSU, la CGT, Solidaires, Osez le féminisme et le Planning familial, ont appelé à se mettre "en grève avec les femmes du monde entier".

Dans un rare communiqué commun, sept des huit grandes organisations syndicales, dont la CFDT, ont réclamé l'ouverture de négociations pour "revaloriser les salaires des métiers à prédominance féminine".

- "Message universel d'espoir -

Dénonçant une société "faite par les hommes pour les hommes", la ministre déléguée chargée de l'Egalité femmes-hommes s'est dite dimanche favorable à des "quotas" de femmes dans les comités de direction des entreprises.

"Les femmes peuvent être méritantes, talentueuses, mais on ne les laisse pas arriver aux postes qu'elles méritent", a relevé Elisabeth Moreno.

Le sujet devrait être évoqué lors de l'examen de la proposition de loi visant à "accélérer l'égalité économique et professionnelle", déposée lundi par les députés LREM.

Les résultats de l'index de l'égalité femmes/hommes dans les entreprises, publiés lundi, indiquent que cette année, 70% des entreprises de plus de 50 salariés ont publié leur note contre 59% l'année dernière.

Mais si en dépit de la crise, "les entreprises ont été au rendez-vous", cela "progresse insuffisamment", a commenté la ministre du Travail lundi sur RTL. Seulement 2% d'entre elles obtiennent la note de 100. "98% ont des marges de progrès", a souligné Elisabeth Borne, citant "parmi les bons élèves" les enseignes Brioche Dorée, Nicolas et la Française des Jeux, tandis que Monsieur Bricolage, Havas Voyages et Foncia sont parmi les plus mal notés.

Présentant Emmanuel Macron comme le seul président de la Ve République, avec Valéry Giscard d'Estaing, à s'être saisi de la question de l'égalité entre les femmes et les hommes "avec autant de force et de vigueur", Mme Moreno a néanmoins concédé lui avoir reproché de ne pas donner "l'exemple": son cabinet ne compte qu'une femme parmi ses 13 plus proches collaborateurs.

Le président rencontrera lundi à Paris des entrepreneures et dirigeantes d'entreprises à l'Ascenseur, pépinière rassemblant des associations œuvrant en faveur de l'égalité des chances.

Le gouvernement profite aussi de ce 8 mars pour lancer une opération baptisée "1.000 possibles" afin de "donner confiance à toutes les femmes". Ainsi, toutes les petites filles qui naîtront en cette journée - environ un millier naissent chaque jour - devraient recevoir la lettre d'une personnalité féminine "inspirante" pour passer "un message universel d'espoir".

Parmi elles, la créatrice Agnès B, les chanteuses Pomme et Nolwenn Leroy, l'écrivaine Grace Ly, les sportives Mélissa Plaza et Clarisse Agbegnenou, la navigatrice Capucine Trochet ou encore la militante Latifa Ibn Ziaten.

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