Eborgné en 2016, un étudiant rennais souhaite l'interdiction du LBD 40, arme "mutilante"

Publié le à Rennes (AFP)

Depuis le 28 avril 2016, rien n'est tout à fait "comme avant" pour Jean-François Martin, 23 ans. Ce jour-là, il a perdu un oeil lors d'une manifestation à Rennes et, depuis, il souhaite que la responsabilité des policiers soit reconnue et que le LBD 40, arme "mutilante", soit interdit.

Ce jour de printemps 2016, lors d'une manifestation contre la loi travail, l'étudiant en géographie reçoit "un choc frontal très brutal". "Une charge de CRS venait de nous rabattre de l'autre côté de la rivière. Il y aurait eu un tir de fusée vers les forces de l'ordre, venant du côté où je me trouvais", raconte le jeune homme à l'AFP.

Selon son avocate, Me Maryvonne Lozachmeur, Jean-François ne faisait pourtant "absolument pas partie de ceux qui ont commis des actes de violence contre les policiers" et ne faisait "qu'exercer son droit de manifester".

Les médecins lui annoncent la nouvelle le lendemain : le jeune homme ne verra plus jamais de son oeil gauche. Après trois opérations, il est soulagé d'avoir "retrouvé un visage normal" grâce à une prothèse qui lui permet de ne plus attirer les regards sur lui. L'enquête établit comme "hypothèse la plus probable" l'impact de balle d'un LBD 40 (lanceur de balles de défense).

Trois ans après, Jean-François est en master 2 de gestion de l'environnement et semble avoir repris sa vie d'avant. Il conduit, fait du sport, voit des amis. Tout juste confie-t-il que poser un verre sur une table avec la main gauche lui demande de la concentration.

Sur le plan psychologique, le jeune Breton assure avoir été "très entouré". "Mes parents se sont occupés de l'aspect judiciaire, des assurances. Moi, je n'avais qu'à vivre", reconnaît-il. "Je le vis bien par moments et moins bien par d’autres. Parfois ça se manifeste par de la paranoïa et de l’angoisse, mais ça reste assez mineur pour ne pas me gâcher la vie".

- "Très peur" de la police -

Pourtant, rien n'est tout à fait "comme avant". Une voiture de police passe dans la rue et il "se cache", avouant avoir "très peur" des forces de l'ordre. S'il est retourné manifester, c'est toujours "accompagné". "La première chose à laquelle je réfléchis en manif, c'est +comment je peux m'enfuir?+".

Le mouvement des "gilets jaunes", qui a donné lieu plus de 9.200 tirs de LBD, aura eu "au moins pour effet positif de montrer que n'importe qui peut être blessé", selon lui.

Le journaliste David Dufresne a recensé 17 personnes éborgnées en trois mois, depuis le début du mouvement. "Cela me rend profondément triste parce que perdre un oeil, même si moi je le vis bien, ça reste pas facile", confie Jean-François Martin, qui a "peur de perdre l'autre oeil".

L'utilisation du LBD lors des manifestations, à l'origine de nombreuses blessures graves, suscite la polémique. Le Conseil d'État a toutefois refusé vendredi de suspendre son usage.

Pour Jean-François Martin, sur le plan judiciaire, l'instruction se termine, mais le parquet n'a pas rendu son réquisitoire définitif. Lui aimerait "voir reconnaître la culpabilité des policiers ou de l'État", mais il ne "s'attend pas à une condamnation, tellement rare dans ce genre d'affaire".

Son avocate ne peut "s'empêcher de faire un parallèle entre la justice +d'abattage+ à l'oeuvre pendant le mouvement des +gilets jaunes+ et le jugement des policiers", même si elle ne conteste pas qu'une information pénale soit "plus longue pour les affaires délicates".

LBD, grenades GLI-F4... aucune de ces armes "mutilantes" ne devrait être utilisée en France au 21e siècle, estime Jean-François. Il trouve "incroyable qu'il n'y ait aucune remise en question du modèle de maintien de l'ordre", malgré les nombreux blessés, et il plaide pour l'usage des matraques au lieu du dogme du "maintien à distance".

"Reconnaître qu'il y a eu des actes condamnables parmi la police est une sorte d'aveu impossible pour le gouvernement", dit-il.

© 2019 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

Betfirst - Livepartners

A lire également

Ailleurs sur le web

Votre horoscope du jour par Serge Ducas

Bélier

Même si cela ne vous enchante pas, vous devez vous plier aux exigences de votre activité.

Taureau

N’hésitez pas à prendre conseil auprès d’un ami avant de prendre une décision.

Gémeaux

Ne vous mêlez pas systématiquement des affaires des autres. Balayez d’abord devant votre porte.

Cancer

Votre activité professionnelle revient au cœur de vos préoccupations. Vous êtes face à un choix.

Lion

Il n’est pas trop tard pour prendre une bonne résolution financière. Ne vous enfoncez pas davantage.

Vierge

L’ambiance familiale est au beau fixe et votre vie de couple harmonieuse. Que demander de plus ?

Balance

De nouveaux contacts vous ouvrent de belles perspectives dans votre cadre de travail. Vous pouvez les saisir sans crainte.

Scorpion

Vous constatez beaucoup de jalousie tout autour de vous. Vous préférez l’ignorer.

Sagittaire

Optimiste comme souvent vous pouvez l’être, vous vivez aujourd’hui l’instant présent sans vous poser de question.

Capricorne

Vous redoublez de vigilance dans votre cadre professionnel. Vous ne voulez pas prendre le risque de perdre un avantage.

Verseau

C’est le volet financier d’un contrat qui vous préoccupe aujourd’hui. Lisez bien entre les lignes.

Poissons

Vous avez une bonne concentration, idéal si vous devez faire preuve de précision, au travail ou dans une activité.

Notre sélection d'annonces