En Colombie, des objets pour rappeler l'infamie des enlèvements

Publié le à Cali (Colombie) (AFP)

Une poupée de chiffon, une statuette, un journal intime : un musée virtuel expose les objets qui ont accompagné les victimes des enlèvements par les guérillas en Colombie et les ont aidé à surmonter leur traumatisme.

Entre 1958 et 2018, quelque 37.000 personnes ont été illégalement détenues en Colombie. Plus des deux tiers de ces séquestrations sont attribuées aux différentes guérillas qui utilisaient ces rapts à des fins politiques et pour percevoir des rançons.

L'exposition permanente intitulée "Signes de vie et de liberté" (señalesdevidaylibertad.com) rassemble majoritairement des photographies, des vêtements et des bijoux.

L'initiative en revient à la Commission de la vérité, mise en place à l'issue des accords de paix de 2016 avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Des dissidents de cet accord et des membres de l'Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla active en Colombie, mènent cependant toujours la lutte armée contre le gouvernement.

En 2000, alors que le conflit avec les FARC faisait rage, la police enregistrait une moyenne de 10 rapts quotidiens. En 2019, 88 enlèvements ont encore été enregistrés.

Voici quelques témoignages de victimes qui présentent leurs objets :

- Poupée vivante -

C'est une poupée de chiffon verte. Elle a accompagné le commandant de police Guillermo Solorzano lors de ses près de quatre années de détention (2007-2011) dans la jungle aux mains des FARC. Il l'avait baptisée "Rodolfito".

"C'est un personnage, une poupée que j'ai fabriquée là-bas et qui m'a permis de me sentir vivant, accompagné", raconte-t-il à l'AFP. "Cela m'a permis de sortir de cette profonde dépression dans laquelle je me trouvais".

La Juridiction spéciale pour la paix (JEP), issue de l'accord de paix et chargée de prononcer des sentences, a recensé 21.396 victimes d'enlèvement par les FARC.

Guillermo Solorzano était un de ces otages "échangeables" avec des guérilleros emprisonnés en Colombie ou aux Etats-Unis.

Les anciens commandants des FARC ont récemment reconnu leur responsabilité et demandé pardon devant la JEP pour ces dizaines de milliers d'enlèvements.

- L'écriture comme "thérapie" -

"Je me rends compte que ma vie a complètement changé", a écrit Adriana Tafur dans son journal intime la veille de sa libération après cinq mois et demi de captivité.

L'étudiante avait 20 ans quand elle a été enlevée par l'ELN en mai 1999 alors qu'elle assistait à la messe dominicale dans un quartier aisé de Cali, dans le sud-ouest du pays.

"L'enlèvement (...) c'est comme être mort alors qu'on est encore en vie", dit-elle à l'AFP. L'écriture a été sa "thérapie" pour ne pas perdre la tête.

"Une fois par an, je relis mon journal et je me dis +je suis vraiment passée par ces états-là ?+.

Adriana Tafur enrage que "justice" ne lui ait pas été rendue et aspire à un processus de paix, similaire à celui avec les FARC, qui reconnaisse sa souffrance.

Le président Ivan Duque a rompu les pourparlers de paix entamés avec l'ELN par son prédécesseur après une attaque contre une école militaire à Bogota, en janvier 2019.

- Figurine mémorielle -

Juliana Orozco avait huit ans lorsque son père, un élu local, a été enlevé en 2002 par les FARC et tué cinq ans après en captivité avec dix autres détenus.

Un ancien commandant des FARC a reconnu sa culpabilité devant la JEP et pourrait ainsi voir prononcer contre lui une peine alternative à la prison.

Juliana Orozco tient au creux de ses mains une figurine précolombienne en argile, qui ressemble à un canard. Son père, un politicien "écologiste", avait l'habitude de collectionner ce type d'objet.

Elle estime que la préservation de la mémoire de son père, à travers cette statuette, l'aide, tout comme le processus de paix, à trouver une forme de "réparation".

Si elle a vu "certains verser des larmes" lors de leur comparution devant la JEP, elle regrette que des ex-FARC n'aient pas "montré la moindre compassion".

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