En Côte d'Ivoire, une deuxième vie pour des avions au rebut

Publié le à Songon (Côte d'Ivoire) (AFP)

"Ca c'est un DC-10, à côté vous avez un Fokker 28, là-bas des Boeing 737..." Près d'Abidjan, entre forêt verdoyante et lagune, Aziz Alibhai présente son étonnante collection d'épaves d'avions qu'il rêve un jour de transformer en attraction touristique atypique.

M. Alibhai, septuagénaire affable, n'aime pas qu'on parle de "cimetière" pour désigner la dizaine d'avions qui parsème son imposante propriété de Songon, à une trentaine de kilomètres d'Abidjan.

Après la crise post-électorale de 2010-2011 qui a fait quelque 3.000 morts en Côte d'Ivoire, l'homme d'affaires se met en tête de racheter des avions abandonnés à l'aéroport d'Abidjan.

"Ca m'a coûté bonbon mais j'étais tellement excité", raconte-t-il, préférant ne "pas se souvenir" du prix global.

Onze carlingues arrivent donc sur le gigantesque site de son entreprise de location de machines de travaux, qui héberge aussi les installations d'Ivoire Académie, un club de football de troisième division ivoirienne qui forme de jeunes talents, dont Aziz Alibhai est le président.

Huit d'entre elles sont alignées sur la piste d'atterrissage du complexe, longue de 800 mètres qui débouche sur la paisible lagune.

"Il a fallu couper certains avions en deux ou trois morceaux pour pouvoir les transporter sans bloquer toute la route", se souvient-il.

Né à Dar-es-Salam en Tanzanie au début des années 1950, Aziz Alibhai est arrivé en Côte d'Ivoire en 1968, pour ne plus en repartir.

La tête toujours pleine de projets, il veut aujourd'hui donner une seconde vie à ces appareils destinés au rebut et partager sa passion avec des touristes curieux.

- "Recycleurs" -

"J'aimerais en faire des salles de conférence, un restaurant et pourquoi pas des chambres de luxe", explique-t-il à l'AFP, détaillant son projet.

"On peut modifier facilement, les carlingues sont isolées et avec un minimum de climatisation ça peut très bien fonctionner", ajoute t-il.

La pluie, le soleil, la poussière ont fatigué les couleurs originelles des carcasses.

Et à l'intérieur du DC-10, le cockpit est comme figé dans les années 2000.

Une épaisse couche de poussière recouvre les multiples boutons et quelques oiseaux ont fait leurs nids dans les compartiments bagages.

Des inscriptions en alphabet grec viennent rappeler qu'il appartenait à l'éphémère compagnie hellène Electra Airlines.

Plus loin, un Antonov-12, avion soviétique, coupé en deux borde un terrain de foot.

Aziz Alibhai imagine une terrasse reliant les deux morceaux pour que les visiteurs puissent "boire un verre" sur l'appareil.

Les sièges ont été enlevés dans la plupart des avions et sont réutilisés pour asseoir les spectateurs dans les tribunes des terrains d'Ivoire Académie.

Certains sièges de première classe ont atterri sur sa terrasse pour recevoir les visiteurs à l'apéritif.

"On est très recycleur", rigole Aziz Alibhai en listant les innombrables réalisations à base d'objets de récupération - escaliers en accoudoirs de bulldozers, hangars en châssis de camions... - qui constituent les multiples bâtiments de sa propriété.

"Récupérer les pièces mécaniques, qui ne sont pas visibles, les exposer avec des étiquettes pour montrer les pièces les plus sophistiquées des avions dans une sorte de musée, ça me plairait aussi", rêve le collectionneur.

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