En Libye, les autorités rivales annoncent un cessez-le-feu, des élections

Publié le à Tripoli (AFP)

Les autorités rivales en Libye ont annoncé séparément vendredi la cessation des hostilités et l'organisation prochaine d'élections dans le pays meurtri par des années de conflits, une initiative saluée par l'ONU et plusieurs pays arabes et occidentaux.

Cette annonce surprise est intervenue après plusieurs visites de responsables étrangers en Libye, pays qui dispose des réserves de pétrole les plus abondantes d'Afrique, et est devenu une plaque tournante du trafic de migrants vers l'Europe ces dernières années.

Elle apparaît comme la première entente proclamée par deux entités politiques depuis l'accord de Skhirat au Maroc en 2015 en vertu duquel a été créé le Gouvernement d'union nationale (GNA). Même si les propositions des rivaux libyens ne sont pas identiques.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi après un une révolte populaire en 2011, le pays est en proie à des luttes d'influence. Aujourd'hui deux autorités se disputent le pouvoir: le GNA de Fayez al-Sarraj basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, et un pouvoir incarné par Khalifa Haftar, homme fort de l'Est soutenu par une partie du Parlement élu et son président, Aguila Saleh.

Dans un communiqué, Fayez al-Sarraj, également chef du Conseil présidentiel qui chapeaute le gouvernement, a appelé à la tenue d'"élections présidentielle et parlementaires en mars prochain (...)".

Il a aussi "ordonné un cessez-le-feu immédiat et l’arrêt des opérations sur tout le territoire", ce qui permettra selon lui, de créer des zones démilitarisées dans la région de Syrte (nord) et celle de Joufra, plus au sud, toutes deux sous contrôle des pro-Haftar.

- Production pétrolière -

Dans son communiqué, Aguila Saleh, qui dirige le premier Parlement élu en Libye depuis 2011, a annoncé des élections, mais sans avancer de date, et appelé "toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat".

M. Saleh ne mentionne pas une démilitarisation de Syrte et Joufra. Il propose la formation, sans doute après des élections, d'un nouveau Conseil présidentiel qui serait basé à Syrte, ville natale de Mouammar Kadhafi puis bastion du groupe jihadiste Etat islamique jusqu'en 2016.

Dans leurs communiqués, MM. Sarraj et Saleh ont en outre jugé "nécessaire" la reprise de la production et des exportations dans les champs et terminaux pétroliers.

Celles-ci sont bloquées depuis janvier par les factions fidèles à M. Haftar. Les autorités de l'Est réclament une répartition équitable des revenus du pétrole gérés par le GNA dans un pays qui dépend entièrement de la manne pétrolière pour son économie, très fragilisée.

La compagnie nationale de pétrole (NOC) a salué l'appel de MM. Saleh et Sarraj mais appelé de nouveau "à ce que toutes les installations pétrolières soient libérées de toute présence militaire", pour qu'elle soit en mesure de reprendre les exportations.

Reste à savoir si les annonces des rivaux libyens seront mises en application, alors que plusieurs appels ou accords pour un cessez-le-feu durable sont restés lettres mortes.

Pour Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut Clingendael de La Haye, il serait difficile d'organiser des élections "pluralistes". "Selon toute vraisemblance, la mise en oeuvre (des annonces libyennes) sera difficile."

- "Etape importante" -

Les ingérences étrangères avaient alimenté le conflit en Libye, où le GNA est soutenu par la Turquie, et M. Haftar par l'Egypte, les Emirats arabes unis et la Russie.

En juin, le GNA, aidé militairement par l'allié turc, a réussi à repousser une offensive du maréchal Haftar lancée en avril 2019 pour s'emparer de Tripoli. Le GNA contrôle désormais l'ensemble du nord-ouest du pays.

Après leur échec, les pro-Haftar se sont repliés vers Syrte (450 km à l’est de Tripoli), verrou ouvrant la voie vers les principaux sites pétroliers et la base aérienne d'al-Joufra et marquant une ligne de front à mi-chemin entre Tripoli et Benghazi (est), autre bastion de M. Haftar.

Pour l'heure, les combats ont cessé, mais la libre circulation d'armes et de mercenaires continue.

Quoi qu'il en soit, la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) a accueilli "chaleureusement l'entente, appelant à la reprise du processus politique".

A l'étranger, l'Egypte, qui a envisagé un temps de déployer des troupes en Libye voisine, l'a aussi saluée. La Ligue arabe a souhaité un "accord global" qui mettrait fin à la présence des "mercenaires et des forces étrangères en Libye".

L'Allemagne a parlé d'une "étape importante vers la paix" et l'Italie d'une "étape courageuse pour la relance du processus politique".

Les Occidentaux craignent une poursuite du chaos en Libye, devenue, faute d'un pouvoir central structuré, une plaque tournante du trafic de migrants et un repaire pour des groupes jihadistes.

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