En Moldavie, une élection présidentielle sous l'oeil de Moscou

Publié le à Chisinau (AFP)

Les Moldaves ont commencé à voter dimanche lors d'une élection présidentielle clé, sous l'oeil attentif de Moscou qui souhaite voir le chef de l'Etat sortant réélu face aux candidats pro-européens, sur fond d'inquiétude liée aux mouvements de contestation secouant l'espace ex-soviétique.

La Moldavie, une ancienne république soviétique de 3,5 millions d'habitants nichée entre la Roumanie et l'Ukraine, a été secouée ces dernières années par des crises politiques à répétition et par une gigantesque fraude bancaire portant sur un milliard de dollars, soit 15% de son produit intérieur brut.

Les forces favorables à un rapprochement avec la Russie et les partisans d'une intégration dans l'Union européenne se sont alternés au pouvoir, sans toutefois jouir d'une majorité claire.

A la présidence depuis 2016, Igor Dodon, 45 ans, promet "la poursuite d'une coopération bénéfique avec la Russie" et l'apprentissage obligatoire du russe à l'école, dans un pays majoritairement roumanophone.

Son homologue Vladimir Poutine l'a ainsi soutenu ouvertement, saluant les "efforts déployés" par M. Dodon pour de meilleures relations avec Moscou.

Sa principale concurrente, Maia Sandu, 48 ans, candidate de l'opposition de centre droit, a elle été brièvement Première ministre en 2019.

Elle a promis un rapprochement de la Moldavie vers l'UE et la création d'emplois pour endiguer l'exode massif de la population à l'étranger.

Au total, huit candidats sont en lice et un second tour semble probable le 15 novembre.

- Tiraillement Russie/UE -

"Ces élections ont valeur de référendum sur le mandat de M. Dodon", estime Valeriu Pacha, du groupe de réflexion WatchDog Moldavie.

Selon lui, les Moldaves pourront choisir entre la voie d'une "intégration européenne plus intense – un domaine où la Moldavie enregistre de nombreux retards" et le maintien du régime actuel, "totalement subordonné au Kremlin".

Interviewé par l'AFP dans la capitale Chisinau, Ion Enache, 62 ans, s'oppose au président Dodon, estimant qu'il ne pourra pas "mettre fin à la pauvreté."

De son côté, Ekaterina Radetskaïa, 69 ans, juge que le chef d'Etat est "une bonne personne" ayant besoin de plus de temps pour appliquer son programme.

Considérée comme l'un des pays les plus pauvres d'Europe, la Moldavie est connue pour son industrie viticole et un conflit gelé avec des séparatistes pro-russes, en Transnistrie, qui ont fait sécession en 1992 après une guerre éclair. Moscou y déploie depuis des troupes.

En 2014, Chisinau avait signé un accord d'association avec l'Union européenne, entraînant la colère de la Russie. En réponse, le Kremlin avait imposé un embargo sur les exportations de produits agricoles moldaves, un coup dur pour l'économie locale.

Six ans plus tard, malgré une levée progressive de ces sanctions, l'Union européenne a détrôné la Russie en tant que premier partenaire commercial de la Moldavie.

Ces dernières années, d'importants scandales de corruption au sein des élites moldaves ont toutefois mis en péril l'aide financière vitale des Occidentaux.

"Nous voulons de meilleures conditions de vie, des écoles pour les enfants, et surtout la paix, on ne veut plus de querelles entre les politiques", dit Marin Ioan, un retraité de Soroca (nord).

Avant le scrutin, des experts ont évoqué la possibilité d'un "scénario" Bélarus, où la réélection contestée en août du président Alexandre Loukachenko, soutenu par Moscou, suscite un mouvement de contestation historique.

Alors qu'une crise politique agite également l'ex-république soviétique du Kirghizstan, le patron du renseignement extérieur russe (SVR), Sergueï Narychkine, a accusé la semaine dernière Washington de fomenter "un scénario révolutionnaire" avant la présidentielle en Moldavie.

Pour sa part, la délégation de l'UE à Chisinau a appelé à des élections "transparentes" et exhorté les autorités à "éviter les pratiques contraires aux normes internationales, telles que l'achat de voix".

Quelque 2.200 observateurs, dont une trentaine envoyés par l'OSCE – une "mission limitée" en raison de la pandémie de coronavirus -, seront déployés à travers le pays.

Les restrictions mises en place par différents pays pour contrôler la propagation du virus risquent d'ailleurs d'empêcher de voter bon nombre des quelque 1 million de Moldaves qui travallent à l'étranger.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (05H00 GMT) et fermeront à 21H00. Les premiers résultats devraient être connus dans la nuit.

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