Espionnage: brusque coup de froid entre Paris et Washington

Publié le à PARIS (AFP)

L'espionnage de millions de conversations téléphoniques en France par les services secrets américains a entraîné un brusque coup de froid dans les relations entre Paris et Washington, après l'embellie de l'été autour du dossier syrien.

En des termes particulièrement rudes, François Hollande a fait part de sa "profonde réprobation" et de "pratiques inacceptables" entre alliés et amis, à l'issue d'une conversation téléphonique lundi soir avec son homologue américain Barack Obama.

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a cependant recommandé mardi matin d'éviter "l'escalade" avec ce partenaire si particulier de la France.

Selon Le Monde, l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) a effectué 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques de Français pour la seule période comprise entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013.

Depuis Copenhague, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s'était dit "profondément choqué". "Ces pratiques ne sont pas admissibles. Elles devront cesser si elles n'ont pas déjà cessé", a renchéri le ministre des Finances, Pierre Moscovici. Quant au chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, il a convoqué sur le champ l'ambassadeur américain à Paris, Charles Rivkin.

Les pâles explications de Barack Obama assurant François Hollande, selon la Maison Blanche, que "les Etats-Unis avaient commencé à passer en revue la façon dont (ils récupéraient) des données du renseignement" ne sont certainement pas de nature à dissiper l'irritation, sinon la colère de la France.

Pas plus que les protestations d'amitié du chef de la diplomatie américaine, John Kerry, assurant lundi à Paris que la France était "l'un de nos plus vieux alliés" dans le monde.

Le contraste est saisissant avec le pas de deux franco-américain sur le dossier syrien en août, quand la défection britannique avait soudainement propulsé Paris au rang, inédit, de meilleur allié de Washington dans l'hypothèse de frappes militaires contre le régime de Damas.

Barack Obama et François Hollande multipliaient alors les visio-conférences, se confortant mutuellement dans leur détermination à agir.

Ironie de l'histoire, l'épisode était survenu dix ans après les tensions sans précédent entre Washington et Paris, quand la France menait le front du refus contre l'invasion de l'Irak projetée par l'administration Bush.

Quelques semaines après ce rapprochement, François Hollande devait être pris à deux reprises à contre-pied par l'administration démocrate. La première fin août, lorsqu'à la surprise générale Barack Obama - à l'instar du britannique David Cameron - avait décidé de consulter le Congrès américain avant d'éventuelles frappes contre Damas. François Hollande, qui s'était refusé à faire de même, s'était alors retrouvé seul en première ligne.

En dents de scie

La seconde, plus douloureuse encore pour l'allié français, lorsque Washington, renonçant à "punir" immédiatement le régime syrien pour le massacre chimique de centaines de civils commis dans la banlieue de Damas le 21 août, avait laissé Paris sur le bord du chemin, négociant avec Moscou un accord sur la destruction des armes chimiques syriennes.

Illustration de ces relations en dents de scie: début juillet 2013, quand le quotidien britannique The Guardian avait révélé que la France figurait parmi les 38 "cibles" de la NSA aux côtés des institutions europénnes, François Hollande avait déjà tapé du poing sur la table. Paris ne peut "pas accepter ce type de comportement" qui doit cesser "immédiatement", avait-il réagi.

Dans le passé, Washington n'avait pas hésité au contraire à lancer des opérations de charme à l'égard de la France, comme lors du retour de Paris dans le commandement intégré de l'Otan en 2007, voulu par Nicolas Sarkozy. L'armée française et ses succès en Afghanistan étaient alors parés de toutes les vertus.

M. Hollande peut être d'autant plus agacé qu'avant son élection, il avait préparé dans le plus grand secret et les moindres détails avec Washington le retrait anticipé des troupes françaises d'Afghanistan, afin de ne pas embarrasser le président Obama, en quête d'un second mandat.

Cependant, après les protestations de lundi, l'heure semblait déjà à un certain apaisement mardi : "je ne crois pas qu'il faille aller vers une escalade", a dit Mme Vallaud-Belkacem. "C'est quand même une relation très étroite, et toute particulière que nous avons", même si "notre confiance est mise à mal".

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