Ethiopie: le chef de l'ONU réclame un accès humanitaire "sans entrave" face à une "immense crise"

Publié le à Nations unies (Etats-Unis) (AFP)

L'Ethiopie connaît une "immense crise humanitaire", a affirmé mercredi au Conseil de sécurité le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, en réclamant pour l'aide internationale un accès "sans entrave" à ce pays, une semaine après sa décision, condamnée à l'unisson par l'Occident, d'expulser sept responsables onusiens.

"Le pays est confronté à une immense crise humanitaire qui exige une attention immédiate" et "cela rend particulièrement inquiétante l'annonce faite jeudi dernier par le gouvernement éthiopien d'expulser sept hauts responsables de l'ONU - pour la plupart des agents humanitaires", a souligné le chef de l'ONU lors de la deuxième réunion en urgence du Conseil de sécurité organisée en moins d'une semaine.

"Cette expulsion sans précédent devrait être un sujet de profonde préoccupation pour nous tous car elle touche au coeur des relations entre l'ONU et les États membres", a-t-il insisté en qualifiant à nouveau cette mesure d'illégale et contraire à la Charte des Nations Unies.

Une semaine après, l'ONU reste en panne d'explications de l'Ethiopie pour justifier la multiple expulsion, qui a provoqué un choc au sein du Conseil de sécurité où des diplomates craignent la création d'un précédent pour d'autres théâtres de conflit.

Selon les Nations Unies, "au moins 5,2 millions de personnes ont besoin d'une assistance humanitaire au Tigré", province éthiopienne en guerre depuis novembre. Il y a aussi des besoins humanitaires dans les provinces d'Amhara et d'Afar, a précisé Antonio Guterres. Il a indiqué au Conseil que le seul corridor pour atteindre le Tigré était dans la province d'Afar "où les mouvements sont très limités par des points de contrôle officiels et non officiels, l'insécurité et d'autres obstacles et défis".

Vendredi, le Conseil de sécurité avait tenu une première réunion à huis clos en urgence sur l'expulsion par l'Ethiopie des sept responsables d'agences de l'ONU, accusés d'"ingérence dans les affaires intérieures" de ce pays et de manipulation politique de l'aide humanitaire.

- "Boule de neige" -

Les six pays ayant demandé une nouvelle réunion mercredi du Conseil de sécurité étaient les Etats-Unis, l'Irlande, l'Estonie, la Norvège, le Royaume-Uni et la France. Vendredi, le Conseil n'avait pu se mettre d'accord sur une déclaration du Conseil proposée par l'Irlande. La Russie et la Chine s'y sont opposées en multipliant pour Moscou les interrogations insidieuses sur le rôle exact joué par les sept responsables onusiens expulsés, selon des diplomates.

Vendredi, le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires humanitaires, Martin Griffiths, dont des déclarations récentes sur le "blocage" de l'aide humanitaire et un risque de famine accru est peut-être à l'origine de la crise avec l'ONU, avait dénoncé "de fausses allégations" venant de l'Ethiopie. "Mais quand on lui a demandé lesquelles, il n’a pas été en mesure de le dire", indique à l'AFP un ambassadeur sous couvert d'anonymat.

Selon un de ses homologues, il y a aussi au sein du Conseil de sécurité "des difficultés avec les membres africains" qui rechignent depuis le début du conflit il y a près d'un an "à une saisie" de la plus haute instance de l'ONU du dossier éthiopien. Au-delà de l'aide humanitaire, "il faudrait passer à une négociation politique" dans la crise éthiopienne, estime cet ambassadeur, en se réjouissant de la nomination récente comme médiateur par l'Union africaine de l'ex-président du Nigeria Olusegun Obasanjo.

Pour plusieurs diplomates, il s'agit désormais "de régler ce problème" de l'expulsion de fonctionnaires de l'ONU, "de stabiliser la situation, de faire revenir la confiance entre le système onusien, la communauté humanitaire et le gouvernement éthiopien".

"Car si on ne clarifie pas la situation en Ethiopie, ça pourrait créer un effet boule de neige" et un précédent pour d'autres situations très délicates comme en Birmanie ou en Afghanistan, explique un ambassadeur, en indiquant que "de très nombreux membres du Conseil ont exprimé ces craintes" ces derniers jours.

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